Tarier des prés

Publié le jeudi 28 février 2008


Tarier des prés Saxicola rubetra

Synonyme : Traquet tarier

Angl. : Whinchat
All. : Braunkehlchen
It. : Stiaccino

Tarier des prés, photo Rémi RUFER © 2008

D’origine européenne, le Tarier des prés est un migrateur transsaharien polymorphique, présent dans l’ensemble des régions tempérées et boréales au nord du 45ème parallèle et entre les 5ème (ligne Marseille - Bergen) et 60ème (Oural) méridiens ([E], [N]). Selon les auteurs, les estimations d’effectifs varient entre 2,3 et 3,7 millions de couples (Tucker et Heath 1994, [E]) ; hors populations russe et turque, l’effectif européen minimal est évalué à 2 millions de couples. Mayaud (1936) citait l’espèce nicheuse dans toute la France, y compris en Corse. En 1976, Yeatman déclarait le Tarier des prés nicheur sur moins de 50 % de la surface du pays, avec une fréquence plus élevée au dessus de 500 m d’altitude. La dernière enquête nationale ([N]) a mis en évidence une progression de plus de 10 % de son aire de répartition par rapport à 1976, avancée résultant davantage d’une meilleure prospection que d’une réelle expansion. Le Tarier des prés est "contacté partout à l’est d’une ligne Lille - Menton" ([N]). Ailleurs sa répartition est plus sporadique : il est présent dans le Massif central, les Pyrénées, l’Anjou et les pays de Loire, mais il évite le littoral méditerranéen. Cette large répartition masque en réalité une baisse sensible des effectifs, constatée en maintes régions. La régression est estimée entre 20 et 50 % depuis la fin des années 1970. Les populations françaises seraient actuellement comprises entre 10 000 et 100 000 couples ([N]), l’estimation la plus récente avançant environ 50 000 couples ([E]).

En Rhône-Alpes la répartition n’a guère évolué depuis la fin des années 1970 et cet oiseau ne semble avoir disparu que du district du Chablais (74). Les principaux noyaux de population sont situés dans les départements savoyards, dans le Jura méridional et sur la bordure orientale du Massif central (42 et 07). Sa nidification reste à prouver dans les parties méridionales de la région (Tricastin, Diois et Baronnies) ainsi que dans l’Est Lyonnais (69) et dans l’Ile Crémieu (38). Comme ailleurs en France, cette relative stabilité de la distribution cache en réalité des baisses locales des effectifs, sensibles à sévères. Le Tarier des prés est parmi les trente espèces dont l’abondance a le plus diminué en Rhône-Alpes. Ses effectifs ont fortement chuté dans les monts de la Madeleine et le Pilat (42), le Haut-Vivarais et la Haute-Ardèche (07), le Trièves et le Dévoluy (38) et dans divers districts de basse et moyenne altitude. Pendant la période de l’enquête, les effectifs régionaux sont compris entre 2 000 et 9 000 couples, soit moins de 20 % de la population française. Lebreton (in [R]) situe dans la région l’optimum écologique du Tarier des prés "aux étages montagnard et subalpin". Si l’altitude moyenne de reproduction est située aux alentours de 850 m (n = 30), l’espèce niche entre 100 m et plus de 2 000 m. Dans les Alpes internes (Massif de la Vanoise - 73), Lebreton et Martinot (1998) donnent une cote moyenne de 1 390 m et un record à 2 630 m sur la crête des Inversens à Bellentre (73). La plupart des nidifications sont cependant situées entre 1 700 et 1 800 m. Dans l’ensemble des régions françaises, le Tarier des prés a subi une forte régression en plaine mais reste désormais plus commun semble-t-il en altitude ([N]). En Rhône-Alpes cette diminution s’est avérée tout à fait significative, sauf peut-être en Val de Saône (01).

Tarier des prés, photo Rémi RUFER © 2008

En plaine, le Tarier des prés est l’habitant caractéristique des prairies de fauches et des landes marécageuses ; il apprécie également les talus enherbés et les bordures de chemin. En montagne, il s’installe volontiers dans la végétation dense d’orties, de rumex et de rhododendrons de la "zone de combat", au-dessus de la limite des arbres ; il affectionne également les pâturages faiblement clairsemés de buissons et de Gentiane jaune (Géroudet 1998a). Les densités rhônalpines sont équivalentes d’un site à l’autre : 5 couples pour 10 ha en Chautagne (73) à la fin des années 1970, environ 4 couples pour 10 ha dans les Monts de la Madeleine (42) à la même époque. En 1986, 4 mâles chanteurs sur 50 ha sont signalés dans le massif des Bornes-Aravis, au Bouchet (74), tandis qu’au printemps 1983 dans les monts du Chat, à Chirens (73), 6 mâles chanteurs sont cantonnés sur 10 ha. En 1988, sur un site échantillon du Val de Saône (01) divisé en deux zones - l’une de 116 ha, la seconde de 76 ha - Broyer a mis en évidence des densités respectives de 0,4 à 2,3 couples pour 10 ha. Grâce aux effets positifs des mesures agri-environnementales, notamment une fauche plus tardive, réalisée au début de juillet, ces densités, mesurées de nouveau sur les mêmes sites entre 1993 et 1996, ont évolué atteignant jusqu’à 1 couple pour 6 ha dans la seconde zone (Broyer 1998). En Rhône-Alpes, le Tarier des prés est un migrateur nicheur arrivant en avril (Bournaud 1986). Si l’essentiel des retours a bien lieu en avril, la date moyenne est le 29 mars (n = 29) ; les plus précoces sont enregistrés au début de ce mois : le 3 mars 1990 à St Hilaire de la Côte (38). A basse altitude, le passage se prolonge de manière assez sensible jusqu’au début de mai (Deliry 1995 a), ce qui ne facilite pas la distinction entre nicheurs potentiels et migrateurs. Dès leur arrivée sur les sites de nidification, les mâles se cantonnent et défendent leur territoire. La ponte a lieu dans le courant du mois de mai et comprend généralement 5 à 6 œufs (Géroudet 1998a). Le nid, aménagé exclusivement par la femelle, est bien caché ce qui explique en partie l’absence de données régionales sur la taille moyenne des pontes. Les pertes au nid sont sévères avec en moyenne 3,1 jeunes par couple (n = 13). La date moyenne d’envol des nichées est située le 13 juillet (n = 13, Broyer 1991). En année sèche en Val de Saône, la croissance des jeunes au nid n’étant pas perturbée ou interrompue par une inondation, la majorité des nichées s’envole à la fin du mois de juin ; les années où le printemps est pluvieux, 80% des nichées ne sont prêtes à l’envol qu’à la mi-juillet (Broyer 1991). La fenaison est également un facteur de mortalité important, aussi bien en plaine qu’en montagne (Broyer 1991). Si la ponte ou la nichée est détruite, une ponte de remplacement est immédiatement effectuée. Les secondes nichées sont très rares en cas de succès de la première. Après l’envol, dans la deuxième partie du mois de juillet, les jeunes s’éloignent rapidement du site de nidification. Les départs les plus précoces sont constatés au début du mois d’août : le 9 août 1990 à Dardilly (69). Le passage bat son plein entre le 27 août (n = 12 / mois) et le 8 octobre (n = 21 / mois), des individus tardifs sont observés jusqu’en novembre : 17 novembre 1986 au Cheylard dans le Vivarais (07), 19 novembre 1972 à Chirens (38).
Les citations d’hivernants sont rares (4 en Rhône-Alpes depuis 1977) et à prendre avec beaucoup de prudence, le Tarier des prés en plumage d’éclipse pouvant être très facilement confondu avec les formes orientales du Tarier pâtre (S. torquata maura ou stenegeri), dont les dates d’incursion en Europe de l’Ouest correspondent aux dates tardives de passage du Tarier des prés (Harris et al. 1990).

Le Tarier des prés est une espèce à suivre particulièrement dans la décennie qui s’amorce. Ses effectifs ont subi de plein fouet les modifications de l’agriculture au cours des trente dernières années. Victime de l’agriculture intensive ou des méthodes modernes de récolte, cette espèce sensible subit également des atteintes sur ses quartiers d’hivernage au Sahel (Marchant et al. 1990). Cette régression des effectifs est pour l’instant masquée par une distribution qui apparaît stable à l’échelle régionale. La régression de ses effectifs, évaluée globalement en Rhône-Alpes entre 20 et 50 %, peut parfois atteindre plus de 50 % ainsi que cela est avancé pour la Haute-Savoie. Des mesures de conservation et de gestion de l’espèce et de ses habitats doivent être prises. A ce titre il faut rappeler qu’en plaine, les mesures agri-environnementales sont un outil assez bien adapté pour gérer les problèmes de dates de fauche (Broyer 1988, 1991). Le Tarier des prés profite ainsi de l’application d’un plan de gestion mis en place pour assurer la conservation d’autres espèces en grandes difficultés utilisant le même habitat : Râle des genêts, Caille des blés, busards, Courlis cendré.

Texte : Olivier Iborra / CORA
Photo : Rémi RUFER