Roitelet huppé

Publié le jeudi 28 février 2008


Roitelet huppé Regulus regulus

Angl. : Goldcrest
All. : Wintergoldhähnchen
It. : Regolo

Roitelet huppé, photo France DUMAS © 2008
Roitelet huppé, photo France DUMAS

Le Roitelet huppé est une espèce paléarctique présente de l’Europe au Japon. En France, l’espèce occupe la majeure partie du pays, mais elle est rare ou absente en Aquitaine, dans la forêt des Landes et dans les départements méditerranéens ; on la trouve cependant en Corse. Depuis plusieurs dizaines d’années, une tendance à l’expansion a été remarquée, surtout due à l’enrésinement (Vansteenwegen 1998).

En Rhône-Alpes, la répartition du Roitelet huppé n’a guère évolué depuis la précédente enquête ; l’espèce suit la répartition des deux principales essences auxquelles elle est étroitement inféodée : l’Épicéa Picea excelsa et le Sapin pectiné Abies alba. Elle est donc quasiment absente des plaines, en dessous de 300 à 600 m : Val de Saône, Bresse, Dombes, Plaine de l’Ain (01), vallée du Rhône, plaines de l’Est-Lyonnais (69), Ile Crémieu (38), plaines de Bièvre et du Dauphiné (38), plaine du Forez (42), bassin du Léman (74), ainsi que de la partie méridionale de la région (Drôme provençale, Basse Ardèche et Vivarais - 07). Cependant, le Roitelet huppé peut parfois s’accommoder d’un bosquet de conifères dans un parc ou un jardin à basse altitude.

Le Roitelet huppé est un nicheur commun, entre 600 et 1 600 m pour l’essentiel ; l’altitude maximale enregistrée se situe à 2 300 m en Vanoise (73). Sa préférence pour la montagne par rapport à Regulus ignicapillus est avant tout conditionnée par le choix des essences dont il dépend. Forestier, le Roitelet huppé se trouve dans les peuplements purs ou mixtes de sapins pectinés et d’épicéas, où il occupe préférentiellement la futaie dense et ombragée ; il évite les lisières, clairières et autres secteurs ensoleillés. D’autres essences lui conviennent dans une moindre mesure : Mélèze Larix decidua , pins Pinus sp. et même les cyprès Chamaecyparis sp. et le Douglas Pseudotsuga menziesii. Le Roitelet huppé habite aussi bien les massifs forestiers que les parcs et jardins. Le précédent atlas ([R]) fournit plusieurs densités, reprises ci-après : les plus fortes sont obtenues en hêtraie-pessière d’Arve-Giffre (74) : 12,4 couples / 10 ha, en sapinière du Pilat (42) : 10,4 couples / 10 ha, et en pessière subalpine du Chablais (74) : 9,2 couples / 10 ha (et 4 chanteurs pour 3,5 ha en 1984). La pinède sylvestre, la cembraie, la pessière humide retiennent environ 4,5 couples / 10 ha en Maurienne (73). Certaines formations présentent des valeurs assez basses : 0,4 couple / 10 ha en pinède à crochets et en mélézein de Maurienne (73) ; d’autres boisements, comme le mélézein clairiéré, ignorent le Roitelet huppé.
Les oiseaux peuvent commencer à chanter en décembre, à la faveur de journées clémentes, mais les premiers chanteurs sont plus fréquemment notés au début de mars. Dès février-mars en effet, les couples se cantonnent sur les sites de nidification et émettent leurs strophes suraiguës, si typiques du paysage sonore des forêts de résineux. L’espèce effectue deux pontes annuelles de 8 à 10 oeufs (mais une nichée de 7 juvéniles prit son envol le 26 juillet 1989 aux Houches - 74). La femelle couve durant environ 16 jours. Les jeunes restent au nid 2 à 3 semaines environ. Dès la mi-août, ils s’associent aux rondes de Paridés.

Les mouvements des populations rhônalpines ne sont pas très clairs. Celles-ci sont probablement essentiellement sédentaires, mais il est difficile de préciser si les mouvements notés à l’automne en plaine concernent une véritable migration ou de simples mouvements altitudinaux. Plusieurs reprises démontrent pourtant que des oiseaux d’Europe septentrionale viennent hiverner en France comme cette femelle baguée le 7 octobre 1990 à Pape (Lituanie) qui fut trouvée morte le 26 octobre 1990 à Montagny (69) ; elle avait ainsi parcouru 1 620 km en 24 jours. Un mâle immature bagué le 5 octobre 1974 à Bukowo (Pologne) fut contrôlé le 22 janvier 1976 à Desaignes (07). Au col de la Golèze (74), il a été constaté que les invasions de mésanges noires Parus ater provoquent un avancement des dates de migration du Roitelet huppé, qui passe alors en septembre et précède de près de quinze jours ces dernières ; ces années là, les conditions physiologiques des roitelets sont moins favorables (faible adiposité) que les autres années où ils franchissent le col au début d’octobre (Frelin et Cornillon 1974). En plaine, un arrivage d’oiseaux est remarqué autour du 20 septembre. Le passage est important en octobre avec un pic à la fin de ce mois ; il s’achève en novembre. A Ceyzériat (01), le passage est assez étalé dans le temps, d’un 6 septembre (1987) à un 29 novembre (1992), avec des dates centrales extrêmes d’un 9 octobre (1994) à un 10 novembre (1991), ce qui donne un maximum au 25 octobre (P. Crouzier comm. pers.). A Dardilly (69), le passage est remarqué d’un 20 septembre à un 15 novembre, avec un barycentre au 26 octobre, de 1986 à 1989 (Mandrillon 1989). La migration est d’intensité inégale d’une année sur l’autre semble-t-il : un passage remarquable de 612 oiseaux a ainsi été remarqué à l’aube entre le 19 et le 29 octobre 1990 au col de Maleval (69). L’espèce s’observe partout lors de ses migrations : parcs urbains, vignobles, bosquets de feuillus, ripisylves... L’hivernage est noté de façon assez homogène dans toute la région, jusqu’à 1 700 m ; à de telles altitudes, le Roitelet huppé est l’hivernant dominant avec la Mésange noire. La migration prénuptiale est moins documentée ; elle démarre aux derniers jours de février. Au col de l’Escrinet (07), 120 migrateurs sont passés du 25 mars au 14 avril 1984. En plaine, les derniers hivernants partent en avril (date tardive : 22 avril 1990 à Dardilly - 69).

Le Roitelet huppé est une espèce commune dans les milieux favorables et ses populations paraissent stables en Rhône-Alpes.

texte : Alexandre Renaudier
Photo : France DUMAS