Râle des genêts

Publié le jeudi 28 février 2008


Râle des genêts Crex crex

Synonyme : Râle des prés

Angl. : Corncrake
All. : Wachtelkönig
It. : Re di quaglie

Espèce essentiellement européenne, le Râle des genêts est réparti des Iles Britanniques à la Sibérie et de la Norvège à la Mer Noire (Cramp et Simmons 1980). Les états baltes, la Biélorussie et la Russie représentent 75 à 89% de la population mondiale estimée à 100 000 - 200 000 couples (Horvath et Schaffer in [E]). En France, l’estimation la plus récente (Deceuninck in Seriot 1999) fait état de 1 249 à 1 370 mâles chanteurs. Les populations les plus importantes sont surtout implantées dans la moitié ouest de notre pays (380-411 chanteurs pour les seules basses vallées angevines en 1997) et dans la vallée de la Saône à l’est.

Durant l’enquête de l’Atlas, seules les prairies fraîches de ce dernier secteur ont été occupées par des nicheurs certains en Rhône-Alpes. Prolongeant les populations bourguignonnes et franc-comtoises, celle du département de l’Ain s’étend jusqu’à Thoissey vers le sud, à une altitude moyenne de 170 m. Les effectifs, compris entre 100 et 120 chanteurs en 1995 et 1996, ont baissé à 58 en 1997 à la suite d’une sécheresse exceptionnelle en avril-mai qui a bloqué la croissance de l’herbe (Broyer 1998).

Heureusement, en 1998, l’effectif a dépassé 120 chanteurs, ce qui fait de cette année la meilleure de la décennie 1990 (Broyer comm. pers). Sur ce site, les biotopes fréquentés sont les prairies de fauche hautes et denses au caractère assez nettement hygrophile. Des milieux similaires étaient autrefois occupés en altitude (jusqu’à 1 520 m en Haute-Savoie - Géroudet 1978). Toutefois, la disparition de l’espèce de ces biotopes d’altitude ne semble pas totale. Ainsi, le Râle des genêts, signalé en 1975 à la Mure (38), a été retrouvé en 1990 sur un secteur voisin du Trièves (Prunière - 38) et il faut mentionner les contacts répétés de mai à juillet 1996 à Lans en Vercors (38) ainsi qu’à Vif (38) fin juin - début juillet de la même année. Çà et là, cet oiseau habitait aussi des franges de marais présentant une végétation différente. Ainsi, le marais de Lavours (01) lui offrait des cariçaies pures ou mélangées, des formations à Flouve odorante (Anthoxanthum odoratum) et Molinie bleue (Molinia caerulea), mais aussi des cladiaies. Au marais des Echets (01), on trouvait les râles dans les prairies à Baldingère (Phalaris arundinacea) et Calamagrostide (Calamagrostis lanceolata). Tant à Lavours qu’en Chautagne (73), les zones de Roseau phragmite (Phragmites australis) n’étaient pas dédaignées à condition que sa densité soit faible. Quelques citations récentes en Isère font état de la fréquentation temporaire de champs de Luzerne (Medicago sativa). Buissons ou haies, même lorsque ces dernières transforment le paysage en bocage (vallée du Solnan - 01 - par exemple) ne sont pas évités. Par contre, le bétail pâturant les prairies ne semble aucunement toléré (Broyer 1985).
Nous ne connaissons des densités que pour le Val de Saône. 72 mâles chanteurs sur 400 ha près de Pont de Vaux (01) le 19 juin 1982 indiquent une valeur maximale de 18 chanteurs / 100 ha, mais les données les plus récentes (Broyer 1998) font état de moyennes atteignant seulement 0,5 à 4 chanteurs / 100 ha.
Les premiers oiseaux printaniers (ou plus exactement, le plus souvent, les premiers chants) sont notés à la date moyenne du 21 avril (n = 21, entre 1949 et 1996) mais bon nombre d’individus doivent ,sans doute, revenir avant celle-ci. Les mentions les plus précoces sont le 27 mars 1949 à Bouligneux, le 31 mars 1979 à Sainte Olive, le 11 avril 1991 dans le Val de Saône (01). D’après de rares observations, le passage prénuptial semble culminer de la fin avril à la mi-mai et se prolonger jusque durant la dernière décade de ce mois (un oiseau à Jarrie - Grésivaudan - 38 - le 22 mai 1984). Des chants ont été entendus entre un 11 avril (1991 - date exceptionnelle du 27 mars 1949) et un 18 juillet (1989) dans le Val de Saône. Ceux-ci atteignent leur intensité maximale de la mi-mai à la fin de juin.

Le calendrier de reproduction est maintenant assez bien connu grâce aux données recueillies dans le Val de Saône (Broyer 1985, 1988, 1997, 1998). Les éclosions ont lieu des premiers jours de juin à la fin juillet, ce qui indique des pontes du 10-15 mai à la mi-juillet. Schématiquement, les éclosions entre le 1er juin et le 20 juin correspondent aux premières nidifications, celles notées entre le 20 juin et le 5 juillet à des pontes de remplacement et les poussins des secondes pontes apparaissent ensuite. La proportion des pontes de remplacement et des secondes nidifications reste difficile à préciser mais paraît importante. Après la reproduction, les "rois de caille" semblent se disperser rapidement (un oiseau à Villars les Dombes le 29 juillet 1978). La migration intervient en août-septembre et quelques oiseaux sont encore vus en octobre (dates tardives : mi-octobre 1982 à Bonneville - 73, 15 octobre 1966 et 22 octobre 1961 en Dombes).
L’histoire récente du Râle des genêts en Rhône-Alpes est une longue série de disparitions qui paraissent bien liées à des causes locales. L’espèce a survécu tant que les pratiques agricoles lui offraient des biotopes adéquats et le temps de se reproduire. L’assèchement ou le drainage des marais, leur mise en culture, l’abandon de la fauchaison qui conduit à la fermeture du milieu ont entraîné sa disparition de nombreux sites rhônalpins : Tarentaise (73) en 1984, marais de Lavours en 1985, Bugey (01) en 1987, pour ne citer que les cas les plus récents.

Même dans le Val de Saône, la situation de l’espèce paraissait bien compromise. De 251 en 1982, le nombre de mâles chanteurs a chuté à 176 en 1984, 60 en 1991. Pour empêcher la disparition de cet oiseau de son dernier bastion régional, des mesures agri-environnementales devenaient indispensables. Depuis 1993, celles-ci consistent en une absence de fertilisation pour ne pas modifier la composition floristique et en l’adoption de dates de fauchaisons (pas avant le 1er juillet ou le 15 juillet selon la nature des prairies) appropriées au cycle de reproduction de l’espèce. Plus récemment, la pratique de la fenaison centrifuge et la création de bandes-abris provisoires ont été proposées aux agriculteurs locaux. La méthode habituelle de fauchaison commençant par les bords de la parcelle amène en effet les jeunes râles encore incapables de voler à se diriger vers le centre de celle-ci où ils sont tués lors du dernier passage. La méthode centrifuge (fauchaison commençant au centre de la parcelle) les conduit au contraire à se réfugier dans les parcelles voisines, d’autant plus lorsqu’existent sur leurs côtés des bandes-abris fauchées ultérieurement et où les oiseaux sont aussi à l’abri des prédateurs. Ce changement de pratique s’avère très efficace. Naguère, la mortalité des jeunes s’élevait à 86 %. Elle n’est plus maintenant que de 17,5 %. Toutes ces mesures ont au moins permis de stabiliser la population locale autour de 100-120 chanteurs entre 1992 et 1996 et l’augmentation de cet effectif notée en 1998 est très prometteuse. Leur impact sur les autres espèces prairiales, au calendrier de reproduction globalement plus précoce, est également très positif.

Alain Bernard