Pipit farlouse

Publié le jeudi 28 février 2008


Pipit farlouse Anthus pratensis

Synonyme : Pipit des prés

Angl. : Meadow Pipit
All. : Wiesenpieper
It. : Pispola

Pipit farlouse, photo Rémi RUFER © 2008

De catégorie faunistique européenne, le Pipit farlouse est un nicheur commun des milieux ouverts du centre et du nord de l’Europe. Sa répartition s’étend de l’est du Groenland à l’ouest jusqu’à l’Oural à l’est. Des populations isolées habitent le sud de l’Europe (Cramp 1988 ; [E]). L’aire principale atteint en France sa limite méridionale ; on le trouve surtout au nord d’une ligne Poitou-Vosges et dans le Massif Central ([N]).

En Rhône-Alpes, la carte de l’atlas montre que le Pipit farlouse est présent essentiellement sur les reliefs du Massif central, dans les départements de la Loire (Monts de la Madeleine, du Forez et massif du Pilat) et de l’Ardèche (plateau de Saint-Agrève, Plateau ardéchois et Hautes Cévennes). Une nidification certaine est cependant signalée en Haute-Savoie, à Copponex, en 1997 et deux indices probables sont recueillis en Isère. Dans ce dernier département, le Pipit farlouse a niché à Nantes en Ratier (Trièves - 38) en 1984 (Le Fur 1985) sur un marais où l’espèce avait déjà été notée chanteuse le 27 mai 1973. Cette répartition est conforme à celle du précédent atlas [R] à l’exception des populations isolées. Les évaluations sont toutefois à revoir à la hausse, au moins pour la Haute-Ardèche où le Pipit farlouse est bien répandu dans les milieux favorables. Par contre, Rimbert (1999) estime que ce pipit est un nicheur rare dans la Loire, mais les milieux favorables de ce département n’ont peut-être pas été assez prospectés. Les effectifs rhônalpins atteignent probablement le millier de couples, installés dans leur grande majorité sur les reliefs du rebord oriental du Massif central. La population française a été évaluée par Yeatman (1976) à quelques centaines de milliers de couples mais n’a plus été estimée globalement depuis cette date ([N]).

Dans le nord de l’Europe, le Pipit farlouse niche dans tous les types de milieux ouverts, mais dans le sud de son aire de répartition il est nettement plus spécialisé. Ainsi, dans le sud-est du Massif central, il occupe uniquement les prairies humides, les landes sommitales ou marécageuses et les tourbières comportant des zones ouvertes. En principe, il ne niche qu’au dessus de 850 m d’altitude dans la Loire (Rimbert 1999) et de 1 000 m en Ardèche. Son optimum en Rhône-Alpes semble se situer entre 1 100 et 1 300 m. Les densités en période de nidification sont mal connues ; Lebreton ([R]) donne une moyenne de 1,2 couple / 10 ha dans les tourbières des Monts de la Madeleine. Sur le Plateau ardéchois, des informations sont disponibles sur quelques sites : par exemple, 5 couples cantonnés à Sagne Redonde (environ 15 ha de zones humides), commune de Lanarce, le 8 juillet 1995.
Le Pipit farlouse n’hiverne régulièrement que dans une partie de la région Rhône-Alpes, essentiellement dans le sud et dans les districts de plaine. Plus au nord, les premiers retours sont généralement signalés au début du mois de mars. Les comptages réalisés en migration prénuptiale au col de l’Escrinet, permettent d’avoir une bonne idée de la chronologie et de l’ampleur des flux migratoires. Les premiers farlouses sont notés dès le premier jour de suivi (en général vers mi-février), mais le passage ne devient vraiment important que vers le 10 mars et culmine à la fin de ce mois ou au début d’avril. Quelques individus sont encore notés jusqu’à fin avril ou début mai : dernier le 5 mai 1995. Les effectifs dénombrés sur ce col varient entre 1 000 et 5 000 (maximum de 4 983 en 1990).

Pipit farlouse, photo Rémi RUFER © 2008

D’une manière plus générale, en dehors des sites de nidification, les derniers Pipits farlouses sont observés vers mi-avril dans le sud de la région et vers fin avril ou début mai dans le nord : derniers le 8 mai 1991 à Dardilly. Sur les sites de reproduction, les premiers oiseaux sont cantonnés dès la deuxième décade d’avril : couple cantonné à Lanarce (07) le 13 avril 1996. La période de chant commence dès l’arrivée - premier chant le 17 avril 1997 au Cros-de-Géorand (07) - et se poursuit jusqu’à début juillet : chant sur plusieurs sites du Plateau ardéchois le 9 juillet 1997. Bien que les données sur la taille des pontes et des familles manquent totalement, la chronologie de reproduction est assez bien connue. La période d’élevage des jeunes semble également très étalée ; des transports de nourriture sont signalés entre début juin et mi-août. Dates extrêmes : 4 juin 1997 et 14 août 1997. Un juvénile non volant est également observé le 3 août 1994 à Sainte-Eulalie (07). Des troupes relativement importantes se forment sur les sites de reproduction dès le mois d’août : une vingtaine à Sainte-Eulalie le 3 août 1994 ou à Lachamp-Raphaël (07) le 6 août 1998, environ 40 à Mazan-l’Abbaye (07) le 14 août 1997.

Dans les secteurs où niche le Pipit farlouse, l’existence de ces groupes masque l’arrivée des premiers migrateurs postnuptiaux. Ceux-ci sont généralement notés vers la deuxième quinzaine de septembre, quelquefois un peu plus tôt. Dates précoces : le 12 septembre 1968 à Valence (26) ou le 14 septembre 1990 à Dardilly (69). En altitude le passage mal connu de petits groupes de migrateurs est beaucoup plus précoce. Dans les années 1980 des oiseaux sont observé en Vanoise à plus de 2 000 m d’altitude dès le début du mois d’août. Des observations réalisées le 12 août 1982 sur Salette Falavaux (38) et lors de l’été 1999 en Oisans (38) viennent corroborer cette opinion ; toutefois en plaine en général le passage n’a pas lieu avant octobre. Ces données n’indiqueraient-elles pas l’existence d’une petite population nicheuse qui serait passée inaperçue, bien que Lebreton et Martinot (1998) ne citent l’espèce "migratrice exceptionnelle" qu’en avril ? Le passage postnuptial culmine en octobre et se poursuit jusqu’à fin novembre. Les effectifs dénombrés à Ceyzeriat (01) dépassent généralement le millier d’individus (maximum de 8362 en 1991).
Dans le sud de la région, les itinéraires-échantillons réalisés dans la plaine de l’Ardèche montrent que les hivernants s’installent à la fin du mois d’octobre et que les effectifs atteignent leur maximum en novembre et décembre. Les derniers oiseaux sont notés vers fin mars ou début avril (Ladet 1992 a et b). Les hivernants rhônalpins sont originaires, au moins en partie, des pays scandinaves. Deux oiseaux bagués en Finlande ont été repris respectivement en Isère en octobre 1966 et le 15 novembre 1970 à Saint Didier sous Aubenas (07). En Rhône-Alpes, les troupes les plus importantes sont observées en période de migration, avec 200 ensemble le 28 octobre 1988 à Dardilly. En hiver, le Pipit farlouse forme le plus souvent de petits groupes de 5 à 15 individus, mais des rassemblements plus conséquents sont signalés : une centaine à Haute-Jarrie (38) le 5 décembre 1978, 50 à Ruoms (07) le 3 décembre 1983.

Le Pipit farlouse ne semble pas menacé, tant au niveau européen qu’au niveau national. En Rhône-Alpes, la comparaison de la répartition actuelle avec celle du précédent atlas [R] montre que le Pipit farlouse est en extension. Toutefois, cette espèce étant liée à des milieux particuliers et relictuels (zones humides d’altitude essentiellement), son statut peut rapidement évoluer de manière défavorable. C’est pourquoi l’évolution des populations, et parallèlement celle des zones humides, demandent à être suivies régulièrement.

texte : Alain Ladet
Photo : Rémi RUFER