Pigeon ramier

Publié le jeudi 28 février 2008


Pigeon ramier Columba palumbus

Angl. : Wood Pigeon
All. : Ringeltaube
It. : Colombaccio

Pigeon ramier, photo France DUMAS © 2008
Pigeon ramier, photo France DUMAS

De catégorie faunistique euro-turkmène, Le Pigeon ramier a le statut de gibier et figure sur la liste des animaux pouvant être classés nuisibles, par arrêté préfectoral annuel. Sa commercialisation est autorisée en période de chasse. Il occupe une vaste aire de répartition, des contrées maritimes et méditerranéennes d’Europe à l’Irak et la Sibérie occidentale. Les populations d’Iran et d’Asie centrale forment deux autres sous-espèces C. p. iranica et C. p. casiotis. En Europe, les pigeons ramiers se reproduisent jusqu’aux Orcades et aux Féroé, atteignant 68° de latitude en Scandinavie et la mer Blanche et l’Oural moyen. Au sud, ils occupent l’ensemble des îles méditerranéennes.
En France, trois populations de ramiers peuvent être distinguées : les "palombes" migratrices passant l’hiver en Espagne, les pigeons sédentaires et les semi-sédentaires. L’expansion de l’espèce mise en évidence par la carte ne concerne que la population sédentaire, moins sensible à la chasse, qui accentue sa pression sur le pourtour méditerranéen et dans le Sud-Ouest. Cette population consolide ainsi ses effectifs grâce, notamment, à la généralisation de la culture du maïs, dont les oiseaux glanent des épis ou des grains perdus lors de la récolte. Leur caractère sédentaire met ces oiseaux partiellement à l’abri de la pression de chasse que subissent les ramiers migrateurs transpyrénéens (Alain 1996).

En Rhône-Alpes, seule l’altitude semble constituer un obstacle pour le Pigeon ramier, puisque 86 % des citations se situent au-dessous de 1 400 m. Espèce forestière, le Ramier a su s’adapter au milieu bocager et se reproduit depuis les ripisylves du Rhône jusqu’à l’étage montagnard. Les premiers chanteurs furent notés dès le 15 janvier 1989 dans les Monts du Lyonnais (69), le 24 janvier 1996 dans l’Ile Crémieu (38), le 7 février 1982 dans le Diois (26), le 19 février 1986 en Drôme provençale (date moyenne : 8 février, n = 7 années). La saison de reproduction s’étale de la fin de mars (2 œufs le 28 mars 1961 en Dombes) à la fin de juillet (2 œufs le 19 juillet 1996 au marais de Creys Mépieu en Isère), alors que des chanteurs sont encore notés le 13 septembre 1998 à Château-Gaillard (01) et le 20 septembre 1998 à Chalamont (01). Des nids ont été trouvés sur des essences diverses (aulne, mélèze, cerisier) généralement recouvertes de Lierre. Le couple produit une à deux nichées de deux œufs. Les destructions fréquentes (intempéries, prédateurs) provoquent parfois une troisième nichée.
A la fin de l’été, commencent des rassemblements postnuptiaux de quelques dizaines d’individus, excédant rarement la centaine. Une migration se marque alors, les nicheurs de l’étage montagnard rejoignant ceux des plaines. Parallèlement à ce mouvement, notre région est traversée par des vols importants de migrateurs venus du centre et de l’est de l’Europe, qui convergent vers la péninsule ibérique : 147 688 individus du 3 août au 30 octobre 1990 au col de Baracuchet dans les Monts du Forez ; 221 000 à l’automne 1993 ; 97 658 du 2 septembre au 13 novembre 1994 et 63 915 du 14 septembre au 12 novembre 1995 à Fort l’Ecluse (01-74). Ce mouvement culmine à la mi-octobre (7 179 individus au passage le 11 octobre 1990 dans le Revermont, 30 000 le 13 octobre 1988 et 23 505 le 11 octobre 1994 à Fort l’Ecluse) et n’est plus perceptible après la première décade de novembre (date moyenne des derniers migrateurs : 10 novembre, n = 8 années). Deux reprises de bagues confirment l’origine de ces migrateurs : un ramier bagué au nid en Tchécoslovaquie en juin 1984 est trouvé mort le 7 octobre 1984 à Vougy (42), et un oiseau bagué le 11 septembre 1982 à Cracovie (Pologne) est abattu le 11 mars 1986 au col de l’Escrinet (07).

Pigeon ramier (j), photo France DUMAS © 2008
Pigeon ramier j., photo France DUMAS

A la mauvaise saison, les ramiers sédentaires errent en groupes peu importants dans les cultures et les boisements. Un hivernage, modeste pour l’instant, semble se développer dans les peuplements de chênes verts (Quercus ilex) et pubescents (Q. pubescens) du Vivarais, de la Basse Ardèche et de la Drôme provençale où la production de glands, alliée à un faible enneigement, offre des possibilités alimentaires et une protection importantes.

Dans la première décade de février les mouvements de retour des migrateurs sont perceptibles (date moyenne : 7 février, n = 16 années). Ceux-ci connaissent leur apogée en mars, pour s’estomper rapidement après le 15 avril (Duc et Lloret 1988). Ce passage donne lieu à des actes de braconnage de grande ampleur sur les cols ardéchois et les effectifs de ces migrateurs, issus des populations fennoscandienne et centro/est-européenne en plein effondrement, ne sont plus que le pâle reflet de ce que furent naguère les grands vols bleus des palombes. “ Là où Jaubert et Barthélémy - Lapommeraye (1859) voyaient des “ vols à obscurcir le ciel ”, on compte modestement 50 palombes ” (Salvan 1983). Hugues écrivait en 1937 qu’ils passaient en bandes immenses en Camargue. Les migrateurs transpyrénéens seraient passé de 40 millions en 1956 à 3 millions en 1984 (Sagot et Tangui Le Gac 1985). Le 1er mars 1964, 25 000 ramiers franchissaient entre 14 et 16 heures le col de l’Escrinet ; en 1986, 12 252 sont comptabilisés sur ce même site en 103 jours de suivis. Matérac et ses collaborateurs observent, de 1966 à 1975, à Fort l’Ecluse (01-74) une moyenne annuelle de 471 200 pigeons migrateurs. Cette valeur chute à 102 633 pour la période de 1992 à 1997. Entre le maximum de 1974 où 800 000 ramiers étaient comptabilisés, dont 620 000 pour la seule journée du 13 octobre, et les 47 000 observés en 1997, le déclin est de plus de 90%. En d’autres sites de l’Ain, en Dombes en particulier, des vols qui comptaient fréquemment plusieurs milliers d’oiseaux étaient notés en mars jusqu’à la fin des années 1980 environ. Aujourd’hui ils n’atteignent que rarement la centaine d’individus, exceptionnellement 4 à 500.

Pigeon ramier, juvénile et adulte, photo France DUMAS © 2008
Pigeon ramier, juvénile et adulte, photo France DUMAS

Si l’évolution du paysage agricole français avait réellement modifié les habitudes des pigeons ramiers migrateurs en les sédentarisant, nous serions en droit d’espérer retrouver en hiver d’immenses bandes d’oiseaux sur le territoire national, ce qui n’est pas le cas. En tant qu’espèce, le Pigeon ramier n’est pas menacé, mais si les prélèvements cynégétiques ne faiblissent pas, et notamment les chasses de printemps, les populations migratrices continueront inexorablement leur déclin. L’exemple funeste du Pigeon migrateur américain (Ectopistes migratorius) doit toujours inciter à la prudence en matière de démographie des espèces grégaires.

Texte : Gilbert Duc
Photos : France DUMAS