Pigeon biset

Publié le jeudi 28 février 2008


Pigeon biset Columba livia

Pigeon domestique Columba livia forme domesticus

Angl. : Rock Dove
All. : Strassentaube
It. : Piccione selvatico / semidomestico

Originaire des îles rocheuses et falaises de l’ouest du Paléarctique, la forme sauvage du Pigeon biset présente une distribution dont les limites restent encore aujourd’hui incertaines, bien que l’on sache avec certitude qu’elle s’étend sur les continents européen et asiatique entre 7 et 62° de latitude nord ([E]). En Europe, les populations naturelles sont situées au nord des Iles britanniques, ainsi que dans les Balkans, en Italie, dans la Péninsule ibérique et les Iles méditerranéennes. En France, cet ancêtre du pigeon voyageur, qui a la particularité de nicher exclusivement en milieu rupestre, ne se reproduit plus à l’intérieur des terres et ses derniers bastions sont la Corse et Belle-Île (56). L’estimation des effectifs européens actuels, peu fiable, les situe entre 800 et 2 000 couples (Rocamora et Yeatman-Berthelot 1999). Cette espèce rare est à l’origine des différentes variétés de Pigeon domestique (Columba livia forme domesticus), très communes aussi bien en milieu rural qu’au sein des grandes agglomérations, et dont les effectifs à l’échelle européenne sont compris entre 500 000 et 600 000 couples ([E]).

En Rhône-Alpes, la forme sauvage du Pigeon biset était sans doute encore un nicheur localisé dans certaines falaises des Alpes au siècle dernier. Ces pigeons existaient en colonies rupestres au XIXième siècle en Savoie, dans les Bauges, au bord du Rhône et à St Saturnin (73, Bailly 1853, 1854). Dès le début du XXième siècle, le statut de cette espèce, toujours considérée comme un gibier de choix, avait sans doute évolué. Ainsi Lavauden (1911) la citait comme assez rare au passage, mais régulière, faisant vraisemblablement référence à des individus sauvages. Sa raréfaction s’est encore accentuée à partir de la grande guerre et dès la fin des années 1970, la nidification de la forme sauvage en Rhône-Alpes était anecdotique (Yeatman 1971, 1976), à tel point qu’il n’a même pas fait l’objet d’une monographie dans le premier atlas régional ([R]). La seule mention de nidification probable d’une forme sauvage en Rhône-Alpes date des années 1970, dans les gorges de l’Ardèche. Une seconde donnée, n’apportant pas de preuve de nidification, concerne un individu observé dans un trou de falaise dans la Basse Vallée du Rhône le 2 mai 1982. Vansteenwegen (1998) considère cette forme comme éteinte dans les Alpes, en accord avec les observations réalisées en Isère, où un seul individu probablement sauvage est cité le 13 mars 1977 à Roissard. Malgré plusieurs tentatives de réintroduction dans des massifs favorables comme le Vercors, le Pigeon biset sauvage ne niche certainement plus en Rhône-Alpes. Dans la partie méridionale de la région (07 et 26), comme dans le Midi, on peut penser qu’il n’existe plus de bisets issus de souches sauvages depuis une quarantaine d’années (Olioso 1996, [N]). Il est plus que vraisemblable que dans l’ensemble de notre région les oiseaux qui s’installent dans des milieux naturels rupestres sont issus de populations de pigeons domestiques. Pendant la période de l’enquête, toutes les mentions de nidification certaine de Pigeon biset (n = 61), y compris celle de juin 1997 dans les gorges de l’Ardèche, doivent être attribuées à la forme domestique. Ceci est d’autant plus vrai qu’en milieu rural, des oiseaux domestiques ayant un plumage identique à la forme sauvage peuvent nicher dans des parois rocheuses, certains pouvant alors ressembler à s’y méprendre, y compris en termes de comportement, à la forme sauvage. La reproduction des oiseaux observés en Rhône-Alpes est très étalée, de la mi-janvier à août, correspondant sans doute à plusieurs nichées successives, alors que Thibault et al. (1990) ont mis en évidence que la période de reproduction de la forme sauvage en Corse est majoritairement comprise entre avril et septembre et qu’une seule couvée est élevée, rarement deux. Bien qu’aucun suivi régulier des colonies rupestres rhônalpines de cette espèce ne soit réalisé, il apparaît certain, comme dans d’autres régions, que le métissage avec des pigeons domestiques, aggravé par la chasse, soit le facteur qui ait empêché la forme sauvage de se maintenir ([N]).

L’essentiel de la problématique Pigeon biset en Rhône-Alpes concerne donc, comme ailleurs en France et en Europe, la gestion des populations urbaines et périurbaines de la forme domestique. Celle-ci est présente dans toutes les agglomérations, bourgs, villages et hameaux d’altitude moyenne. L’altitude record de nidification rhônalpine ressemblant à une forme sauvage est atteinte à Issarlès (07) à 1135 m le 31 mai 1997. Dans les grandes villes, comme Lyon, Grenoble, Chambéry ou Saint-Etienne, cette présence n’est pas sans poser quelques désagréments et dégradations, mais rares sont les collectivités qui ont mis en place des programmes sérieux et efficaces pour y remédier. Il est certain que le choix d’une méthode est délicat. L’éradication d’un nombre important d’oiseaux est coûteuse et souvent remise en cause par des personnes qui aiment nourrir les oiseaux, ce qui conduit à un cercle vicieux : concentration liée au nourrissage, plainte des habitants pour dégradations liées à la reproduction ou craignant des risques sanitaires, captures pour éradication que les colombophiles refusent systématiquement (Loose 1997). L’agglomération de Grenoble (38) s’est ainsi lancée depuis 1976 dans un programme de captures qui a concerné au total plus de 68 000 pigeons soit plus de 3 000 par an, mais sans grand succès (Loose 1997). La gestion de la forme domestique du Biset en milieu urbain et péri-urbain semble davantage liée à un aspect social qu’à un réel problème d’origine biologique. Loose (1997) souligne que la maîtrise des ressources alimentaires, ainsi que l’unité spatiale d’intervention (habitation, quartier, commune, agglomération), sont au cœur de la réflexion à conduire pour arriver à réduire ces populations.

La forme sauvage du Pigeon biset a donc connu une extinction probable, voire certaine en Rhône-Alpes. Tandis qu’une réflexion globale sur la mise au point d’une méthode de suivi des populations domestiques devrait commencer pour assurer leur gestion, un recensement des colonies de nidification rupestres présentes dans la région serait la bienvenue, afin de dresser un état des lieux fiable des effectifs nichant encore en milieu naturel.

Olivier Iborra / CORA