Pic épeichette

Publié le jeudi 28 février 2008


Pic épeichette Dendrocopos minor

Angl : Lesser Spotted Woodpecker
All. : Kleinspecht
It. : Picchio rosso minore

Pic épeichette, mâle, photo France DUMAS © 2008
Pic épeichette (M), photo France DUMAS

Commun dans la moitié nord du Paléarctique, le Pic épeichette est présent dans la majorité de l’Europe, ponctuellement nicheur en Algérie et en Tunisie. Sa répartition est très limitée en Espagne et au Portugal et il est absent des îles (Irlande, Sardaigne, Sicile, Corse) à l’exception de la partie méridionale de la Grande-Bretagne. En France continentale, il est très largement réparti mais ne s’élève que ponctuellement en altitude. Ainsi, sa répartition rhônalpine traduit-elle sa quasi absence des zones montagnardes les plus élevées (Alpes, Préalpes, Jura).

L’espèce n’est que faiblement présente dans les régions insuffisamment boisées, en Ardèche et dans la Drôme par exemple. En Rhône-Alpes, l’espèce ne dépasse guère 1 000 m ; elle atteint 1 100 m dans les adrets de Tarentaise (73) et deux observations à 1 200 m (le 4 décembre 1976 à Mizon - 38 puis à La Valette - 38) sont tout à fait exceptionnelles. En comparaison, l’Epeichette a été noté à 900 m dans le massif de l’Aigoual (C.O. Gard 1983), à 1 600 m dans le Vaucluse (Salvan in [N]) mais seulement à 600 m dans le département du Jura (G.O.J. 1993) et à 500-600 m en Franche-Comté (G.N.F.C. 1984). La vaste répartition de l’espèce ne signifie pas qu’elle soit abondante car elle semble généralement moins commune que le Pic épeiche qu’elle côtoie fréquemment. Une densité maximale de 2 à 4 couples par km² à la Tour de Salvagny (69) en 1986 illustre cette relative faiblesse.

Pic épeichette, femelle, photo France DUMAS © 2008
Pic épeichette (F), photo France DUMAS

L’Epeichette habite une grande variété de boisements. Il fréquente ainsi les vieilles chênaies de Bresse (où il côtoie le cortège des pics de plaine : Epeiche, Mar, Cendré et Noir), les peupleraies, les vieux parcs, les ripisylves, les bosquets. Il adopte dans le sud de notre région les vallons les plus frais. Affectionnant manifestement la présence de vieux arbres "dégradés", de troncs pourris, de branches mortes ou de bois tendres (aulne ...), le Pic épeichette évite les zones exclusivement peuplées de conifères. L’espèce recherche pour y nicher des feuillus d’essences très diverses (chênes, aulnes, pommiers, peupliers, tilleuls ...). Cet éclectisme est illustré par le fait que l’Epeichette peut se reproduire à proximité immédiate des habitations humaines comme l’attestent la mention d’un oiseau noté le 26 mai 1981 dans le parc de l’hôpital Desgenette de Lyon (69) ou la découverte le 26 mai 1985 d’un nid creusé dans l’un des tilleuls du parvis de l’église de Coligny (01).

Réputé sédentaire, l’Epeichette a été noté chanteur en Rhône-Alpes toutes les décades de l’année avec 2 maximums très nets, à la mi-mars et au début de septembre. Plus directement liés à l’activité nuptiale, les tambourinages sont exceptionnels hors de la période courant de la mi-janvier (dates précoces : 11 janvier 1963 et 11 janvier 1983 au Grand-Lemps - 38, et à Saint Chamond - 42) au début de juin. Ceux-ci culminent au début de mars puis à nouveau au début de mai. Les parades nuptiales leur succèdent (premières le 3 février 1988 à Grignan - 26) et leur intensité culmine de mars à mai. Typiques par leur rythme et leur durée, les tambourinages permettent de repérer cette espèce discrète tant en raison de sa petite taille que de son habitude de fréquenter la partie sommitale des arbres. En avril, lorsque la défense des territoires atteint son paroxysme, l’espèce se montre parfois si agressive qu’elle peut alors répondre par son chant et ses manifestations à l’imitation du chant d’autres pics beaucoup plus grands qu’elle, tels le Pic cendré ou le Pic noir. Nous ne possédons aucune donnée sur la taille des pontes ou des familles en Rhône-Alpes.

Les jeunes se dispersent au terme d’une période d’émancipation apparemment assez brève (1 adulte et 2 juvéniles volant à peine furent ainsi notés le 20 juin 1985 à Pierre Châtel - 38) et l’espèce devient alors particulièrement discrète. Toutefois, la reprise de chants estivaux puis automnaux, voire celle de tambourinages (par exemple le 11 septembre 1990 à Dardilly - 69) permet de garder le contact avec l’espèce. L’hiver venant, l’Epeichette accomplit, bien qu’il soit réputé sédentaire, des déplacements erratiques pouvant l’amener à s’approcher des habitations et à fréquenter les jardins. L’apparente sensibilité de l’espèce aux hivers les plus rudes fut évoquée pour expliquer la raréfaction des données consécutives aux grands froids de l’hiver 1962-1963 ([R]) mais ce phénomène ne fut pas clairement mis en évidence lors de vagues de froid plus récentes.

Pic épeichette, femelle, photo France DUMAS © 2008
Pic épeichette (F), photo France DUMAS

L’analyse des données historiques aux plans national (Mayaud 1936, Yeatman 1976, [N]), départemental (Bernard 1909) ou péri-régional (Ogérien 1863) évoque une apparente progression à long terme de l’espèce, celle-ci pouvant cependant ne traduire en réalité que l’amélioration des connaissances ornithologiques. Comme la plupart des pics, l’Epeichette ne subit sans doute plus de destructions directes. Sa préservation passe donc par la sauvegarde des habitats qu’il affectionne : les boisements ponctués de vieux arbres, de troncs ou de branches mortes, trop souvent précocement coupés pour des "raisons sanitaires", le long des cours d’eau, des routes, dans les parcs ou les forêts.

Texte : Pierre Crouzier
Photo : France DUMAS