Petit-duc scops

Publié le jeudi 28 février 2008


Petit-duc scops Otus scops

Synonyme : Hibou petit-duc

Angl. : Eurasian Scops Owl
All. : Zwergohreule
It. : Assiolo

Originaire de la région méditerranéenne, le Petit-duc scops présente une large distribution qui s’étend au-delà de l’Europe, du Portugal à l’ouest, jusqu’au centre de l’Asie et de la Sibérie à l’est et au Maghreb au sud (Cramp 1985, Manez in Tucker et Heath 1994 [E]). La taille exacte des populations européennes reste mal connue et leur estimation varie sensiblement d’un auteur à l’autre. Les évaluations les plus récentes des effectifs strictement européens, hors Russie et Turquie, estiment la population entre 77 500 et 96 400 couples (Manez in Tucker et Heath 1994 [E]). En France, Mayaud (1936, 1953) considérait l’espèce comme reproductrice sur l’ensemble du territoire à l’exception des départements bretons, normands et du Nord. Confirmant cette distribution, Yeatman (1976) estimait les effectifs nationaux entre 1 000 et 10 000 couples. Enfin, Bavoux et al. (in [E]) évaluent la population française à un peu moins de 5 000 couples, avec une répartition semblant se recentrer vers le sud.

Au XIXième siècle, Olphe-Gaillard (1855) le dit assez commun dans la région lyonnaise et en Savoie. Bailly (1853-54) le trouve commun dans les environs de Chambéry et ce jusque dans le centre de la ville. Il était alors plus rare en Haute-Maurienne, en Tarentaise, dans le Genevois (vers Annecy). Il nichait en outre dans les îles d’Arve au pied du Salève (Pittard 1899). Au début du XXième siècle, le Petit duc était commun, régulier au passage, il nichait parfois selon Lavauden (1911). Sa régression est flagrante depuis, sa répartition est relictuelle dans la plaine des Marches (très rare par ailleurs en Haute-Savoie), un phénomène similaire est connu en Suisse où l’espèce s’est repliée dans le Valais.

Ce léger retrait spatial vers le sud s’observe également en Rhône-Alpes. La présente carte montre que l’espèce niche dans tous les départements rhônalpins, elle a cependant disparu de trois districts, dans la Loire et la Haute-Savoie, depuis 1977 ([R]). Le noyau principal de la population rhônalpine est méridional, localisé au sud des départements de l’Ardèche et de la Drôme (Basse Ardèche, Vivarais, Baronnies, Val de Drôme et Diois), dans des secteurs à influence bioclimatique méditerranéenne prépondérante. Au nord de Valence, la répartition apparaît plus sporadique, voire ponctuelle. La Savoie accueille une population en diminution par rapport à 1977. Dans l’Isère, l’Ain et la Loire, la présence est ponctuelle alors que, dans le Rhône, de nouveaux sites de nidification certaine ont été découverts récemment sur le Mornantais, dans les Monts du Lyonnais et dans le Beaujolais, ce qui modifie sensiblement son statut départemental. Il n’existe que peu de données sur la répartition altitudinale du Petit-duc. S’il est présent en Corse jusqu’à 1 800 m. (Thibault 1983), il semble que cette limite soit bien inférieure sur le continent. En Rhône-Alpes, l’altitude moyenne est de 640 m (n = 11). Il a été entendu à 1 300 m sur le plateau du Sornin, dans le nord du Vercors (38) le 13 mai 1973, mais n’a pas été trouvé pendant plusieurs nuits d’écoute consécutives, en juin de la même année, dans la réserve des hauts plateaux. En Vanoise, Lebreton et Martinot (1998) donnent comme altitude moyenne 1 040 m., citant des reproductions certaines entre 1 220 m en Maurienne en 1964 et 1 300 m. en Tarentaise en 1986. A Chamrousse, une observation d’altitude exceptionnellement élevée du 11 juin 1989 citée par Deliry (1997 b) atteste que des individus non nicheurs, sans doute à la recherche d’insectes abondants dans ces secteurs en été, peuvent se déplacer en altitude sans y rester. Ces observations réalisées au dessus de 1 000 m correspondent également à celles mises en évidence au sud de la région Rhône-Alpes, aux alentours de 1300 m par Olioso (1996). Dans le canton de Vaud (Suisse), Ravussin (in Sermet et Ravussin 1995) ne mentionne qu’un nicheur à 780 m. Même si sa présence ponctuelle jusqu’à la limite supérieure de l’étage montagnard est avérée, l’espèce apparaît essentiellement inféodée aux milieux semi-ouverts des étages planitiaire et collinéen.

Le Petit-duc apprécie les espaces semi-ouverts, comme le bocage et les vergers. Dans la partie méridionale de Rhône-Alpes, il préfère le pourtour des zones agricoles où subsistent des cavités dans les arbres creux tels que mûriers, amandiers, saules ou platanes, ou dans les murs de pierres sèches. Les vieilles oliveraies et amanderaies sont fréquemment utilisées et Lebreton observait que l’espèce était "régulière et relativement commune dans l’aire du Chêne vert" ([R]). Ailleurs dans la région, le Petit-duc opte pour des milieux bien exposés, ruraux ou semi-urbains. Les alentours des villages sont fréquemment habités, comme observé dans d’autres départements tels que le Jura (Crouzier in G.O.J 1993) ou le Gard (Jay in C.O GARD 1993). Les effectifs rhônalpins sont estimés entre 150 et 400 couples pour la période 1993-1997, répartis comme suit du nord au sud : 0 à 2 couples en Haute-Savoie (semble disparu), 10 à 20 couples en Savoie (stable, peut-être régression de la distribution), 2 à 10 couples dans l’Ain (en régression), 0 à 5 couples dans la Loire (fluctuant), 5 à 10 couples dans le Rhône, 50 à 100 (?) couples en Ardèche (stable ?), 100 à 200 couples dans la Drôme (en régression), 8 à 10 couples en Isère (en progression). Dans le Rhône la présence du Petit-duc résulte soit de la découverte récente d’une petite population longtemps ignorée, soit d’un retour qui pourrait être éventuellement lié au réchauffement climatique. Hormis des éléments de tendance générale sur l’évolution des populations, il n’existe pas de données quantitatives permettant d’affiner plus précisément la densité ou l’abondance de l’espèce dans notre région.

La présence hivernale du Petit-duc est régulière en Corse et en Espagne, moins fréquente en Provence (Thibault 1983, Thibault et Patrimonio in [H], Bavoux in [N]). En Rhône-Alpes, l’observation d’un oiseau du 14 février au 28 mars 1954 en Dombes ([R], in Lebreton et al. 1991) atteste de sa présence exceptionnelle lors de la période hivernale. Son statut de migrateur précoce est confirmé par Bournaud (1986). Migrateurs au long cours, les premiers mâles sont de retour à la fin du mois de mars ; dès leur arrivée, ils se mettent à chanter. Olioso (1996) note à juste titre que “sans la note cristalline (du chant) inlassablement répétée dès la tombée de la nuit cet oiseau serait impossible à repérer”. Le chant le plus précoce a été entendu le 7 mars 1976 à Chélieu (38), mais la date moyenne du premier chant est le 29 mars (n = 12) ; elle est donc beaucoup plus tardive que celle du 5 mars mentionnée par Lebreton il y aune trentaine d’années ([R]). Les données fragmentaires sur la reproduction montrent que celle-ci est particulièrement tardive, la plupart des oiseaux ne s’installant pas avant le mois de mai, voire en juin. Etant données les modalités de reproduction, en cavité ou dans un nid de Corvidé (Pie bavarde) bien souvent inaccessible, nous n’avons pas d’informations locales sur le nombre moyen d’œufs. Les premiers jeunes sont observés à la date moyenne du 5 juillet, avec des extrêmes allant du 1er juin au 9 août (n = 10). La faible taille moyenne des familles (1,4 jeunes émancipés par couple, n = 7), prouve cependant une mortalité juvénile importante, explicable par le caractère nidifuge des poussins (Mikkola 1983). Des observations tardives de jeunes aux alentours du nid sont possibles jusque dans la première décade d’août. Le chant le plus tardif a été entendu le 9 septembre 1987 à Grignan (26). Le dernier migrateur a été capturé le 15 septembre 1974 à Orgnac (07).

Sur le plan européen, le plus petit des Strigidés est vulnérable (Manez in Tucker et Heath 1994). En Rhône-Alpes, une baisse significative des effectifs de plus de 20 % est constatée par rapport aux résultats du précédent atlas ([R]). La distribution et les effectifs sont fluctuants. Ces éléments expliquent qu’elle est parmi les 30 espèces ayant le plus régressé dans la région depuis le précédent atlas et confirment à notre échelle la vulnérabilité de son statut. Ce phénomène est autant dû à des modifications et destructions de biotopes de reproduction qu’à l’utilisation intensive de pesticides. Utilisés à la fois en Europe et dans les quartiers d’hiver africains, ceux-ci ont entraîné une raréfaction de ses proies favorites (Manez in Tucker et Heath 1994). Dans notre région, le maintien de populations stables passe par la conservation des milieux semi-ouverts avec des arbres offrant des cavités et par le maintien d’une activité agricole traditionnelle. Localement, la pose de nichoirs pourrait être envisagée pour renforcer les populations.

Olivier Iborra / CORA