Monticole de roche

Publié le jeudi 28 février 2008


Monticole de roche Monticola saxatilis

Synonymes : Merle de roche, Monticole merle-de-roche

Angl. : Rock Thrush
All. : Steinrötel
It. :Codirossone

Essentiellement paléarctique, l’aire de répartition du Merle de roche s’étend de l’Espagne à la Chine, du lac Baïkal à l’Iran ; il niche aussi, très ponctuellement, au Maroc et dans le nord de l’Algérie. Dans cette zone immense, ce passereau ne fréquente cependant que des secteurs limités, bien ensoleillés, rocheux, parfois désertiques et fréquemment montagnards.

La répartition européenne de l’espèce reflète ces exigences : le Merle de roche occupe la plupart des régions méditerranéennes, de l’Espagne à la Turquie, mais atteint aussi à la faveur des régions montagnardes l’Autriche, la Slovaquie, la Roumanie et le sud de l’Ukraine. En France, l’espèce se reproduit à la fois dans les Pyrénées et dans le quart sud-est du pays (du littoral méditerranéen au Jura et au Massif Central) ainsi qu’en un tout petit secteur des Vosges (Dronneau et Stuber 1992).

Le Merle de roche occupe donc dans notre région d’une part Alpes, PréAlpes et marginalement Haut Jura méridional et d’autre part l’est de l’Ardèche et quelques sites du sud du département de la Loire (Monts du Forez notamment). Cette répartition traduit là encore sa prédilection pour les milieux ensoleillés, ouverts, ponctués de rochers. Généralement situés en altitude (entre 800 et 1 500 m dans la plupart des cas), les sites de nidification dérogent parfois à cette règle puisqu’un couple nicheur fut observé le 12 mai 1980 aux Vans (07) à seulement 300 m d’altitude. A l’inverse, une dizaine de couples occupe la fraction ardéchoise du massif du Mézenc et y niche jusqu’à 1 630 m (Joubert 1994), un mâle chanteur fut noté le 12 juillet 1989 à Valloire, en Maurienne, à 2 350 m et une nidification fut même rapportée en juillet 1996 à Bessans (73), à 2 600 m (Lebreton et Martinot 1998). Même en milieu favorable, l’espèce semble rarement abondante. La présence de 29 couples décomptés (en 1978) sur les 9 km reliant Argentières à Vallorcine en Haute-Savoie et, à moindre titre, celle de 4 mâles et de 2 femelles cantonnés sur un km de crête à Chézery-Forens (01), le 23 juin 1991, constituent des exemples de densité régionale tout à fait inhabituels.

Migrateurs intégraux, les merles de roche reviennent généralement de leurs quartiers d’hiver d’Afrique équatoriale à la fin du mois d’avril ; l’observation de 14 mâles présents le 27 avril 1979 à Péage de Roussillon (38) dans les enrochements bordant le Rhône illustre à la fois la date de ces retours printaniers et un vraisemblable phénomène de blocage météorologique. La donnée régionale la plus précoce concerne un mâle noté le 16 mars 1987 au col de l’Escrinet (07). En mai, parfois plus tard en cas d’enneigement tardif, débutent le chant, les parades aériennes, les poursuites territoriales. Il devient alors possible de repérer plus aisément cette espèce colorée mais néanmoins étonnamment discrète.

Le nid est installé dans un pierrier ou sous un rocher et 4 à 6 œufs y sont pondus. Les nourrissages sont essentiellement notés durant la seconde quinzaine de juin. A titre d’exemple un nid de 5 œufs découvert le 9 juin 1996 à Borée (07) vit quatre poussins éclore fin juin et fut déserté le 15 juillet. Une fois capables de voler les jeunes continuent pendant quelque temps d’accompagner les adultes puis l’espèce devient de moins en moins visible. Les derniers nourrissages ont été notés en Vanoise un 4 août, certains chants se poursuivant au delà (par exemple le 14 août 1988 à Samoëns et le 17 août 1973 à Tignes - 74) (Lebreton et Martinot 1998). Par la suite, l’espèce disparaît progressivement de nos contrées. Deux oiseaux notés le 2 octobre 1981 en Diois et le 9 octobre 1971 en Oisans ([R]) constituent sans doute les mentions rhônalpines les plus tardives, une donnée du 5 décembre 1993 à 1400 m à Bourg Saint Maurice (74) étant qualifiée de douteuse (Lebreton et Martinot 1998).

Ayant connu un déclin important, le Merle de roche ne niche plus de nos jours comme il le faisait au XIXième siècle dans le Jura (Crouzier in G.O.J. 1993), en Bourgogne, dans le Beaujolais ou dans la vallée du Rhin (Dejaifve in [N]). S’étant apparemment limitée à ses fiefs d’altitude, l’espèce semble aujourd’hui y avoir stabilisé des effectifs. Ceux-ci ne subsisteront cependant à long terme que si les milieux adoptés par l’espèce, nécessairement ouverts et ensoleillés, sont eux-mêmes préservés, ce que risque fort de remettre en question la déprise agricole et le déclin du pastoralisme (Dejaifve [N]). A ce titre, l’écobuage pratiqué par certains bergers des Cévennes ardéchoises (qui maintiennent des zones de pâturage en incendiant les landes à Genêt purgatif) contribue certainement au maintien de zones favorables au Merle de roche (Ladet 1987).

Pierre Crouzier
Alain Ladet