Moineau cisalpin

Publié le jeudi 28 février 2008


Moineau cisalpin Passer hispaniolensis x P. domesticus

Angl. : Italian Sparro
All. : Italien Sperling
It. : Passera d’Italia

La position systématique du Moineau cisalpin est encore l’objet de débats entre les différents spécialistes mais la plupart le reconnaissent comme un hybride entre le Moineau domestique Passer domesticus et le Moineau espagnol Passer hispaniolensis qui, selon Johnston (1969), serait devenu stable.

La distribution européenne de cette espèce paléarctique est limitée au territoire italien d’où elle irradie vers les régions limitrophes, dont la bordure orientale des Alpes françaises : de la Savoie à la Méditerranée ([E]). On la rencontre aussi en Sicile, à Malte et en Crète ainsi qu’en Corse (Thibault 1983). Les limites sud de son aire de répartition restent cependant incertaines ([E]).

En région Rhône-Alpes, la carte de répartition, très peu fournie, rend compte de sa localisation essentiellement dans deux vallées intra-alpines. La petite population notée à Chamonix (74) par François Catzeflis dans les années 1970 ([N]), encore présente et assez nombreuse en 1985, semble avoir actuellement disparu. En effet, aucun des 180 mâles observés en période nuptiale dans le Val Montjoie et la vallée chamoniarde entre 1992 et 1997 ne présentait de caractères évidents du Cisalpin, en particulier la calotte rousse. L’espèce est encore bien présente en Savoie (Lebreton et Martinot 1998, Lebreton et al. 2000) où les premières données remontent à 1936 (Meylan 1937) et sa répartition actuelle intéresse les vallées de l’Isère et de l’Arc en amont de Moutiers et de St Jean de Maurienne. Contrairement à ce qu’observe Lockley (1992) dans les Alpes du sud, le Cisalpin n’y paraît pas aujourd’hui en expansion et reste globalement minoritaire. En Isère, une prospection approfondie, par exemple dans la vallée de la Romanche, permettrait peut-être de détecter une éventuelle colonisation, car l’espèce a niché de manière certaine à l’Alpe d’Huez (Bronner 1978) et a été signalée en période de nidification en 1977 dans le massif de Belledonne (un oiseau au nid à Uriage les Bains le 4 mai 1985). Le Moineau cisalpin a été observé dans les Grandes Rousses en période de nidification en 1978, et à Mizoen (38) les 17 août et 8 septembre 1979. A noter une observation isolée le 10 avril 1986 sur St Maurice de Rothereins dans les Monts du Chat (73), alors que, dans le même district, les moineaux domestiques du village d’Aiguebelette le Lac présentent quelques caractéristiques de cisalpin et qu’un hybride est signalé dans le Bas Bugey, à Brégnier Cordon (01) le 22 mars 1999.

Faute d’études précises en Rhône-Alpes, on ne peut affirmer que la biologie et l’écologie d’italiae soient totalement identiques à celles de son parent domesticus, bien que de nombreux points communs existent. Le Moineau cisalpin atteint sa limite altitudinale à Bonneval sur Arc (1 830 m) et Tignes (2 100 m, Tarentaise - 73 ; Tournier et Lebreton 1973). Si l’hivernage en altitude de petits effectifs du Moineau domestique est attesté en Haute-Maurienne (Bonneval sur Arc, 1 830 m ; Lebreton et Tournier 1972) et en Tarentaise (Val-Thorens, 2 330 m), celui du cisalpin reste encore à quantifier. Une trentaine d’individus sont observés à Bonneval sur Arc, le 27 octobre 1999, mêlés à des moineaux domestiques. Le plumage hivernal rend les identifications délicates, ce qui peut expliquer le manque de données sur le stationnement hivernal ; celui-ci doit néanmoins exister car des observations régulières sont réalisées dans les Hautes-Alpes où il peut être présent localement toute l’année (Carriat in Coulomy 1999). Il est aussi possible que cette espèce connue pour son nomadisme passe la mauvaise saison dans des contrées plus hospitalières ; des déplacements de 50 à 300 kilomètres sont ainsi connus en Italie ([E]).

La pérennité de la population savoyarde du Moineau cisalpin dépend sans doute de l’apport plus ou moins régulier d’oiseaux en provenance d’Italie. Nous ignorons le seuil d’effectif nécessaire au maintien d’une population viable, c’est-à-dire sans risque d’absorption par domesticus car des signes d’introgression, à divers degrés, sont fréquemment observés. Lockley (1992) évoque la possibilité de transit par certains cols alpins de juvéniles erratiques ou d’adultes migrateurs. La Savoie pourrait, par exemple, être alimentée par l’intermédiaire des cols du petit Saint-Bernard ou du Mont-Cenis, à environ 2 000 m d’altitude, alors que la haute barrière du massif du Mont-Blanc rendrait plus aléatoire un tel passage, justifiant peut-être la disparition du Cisalpin dans le Haut-Faucigny. L’hypothèse du transport par trafic routier ou ferroviaire reste quant à elle à démontrer mais pourrait expliquer l’apparition d’individus isolés comme celui remarqué à Genève en 1966 (Géroudet et al. 1983). Enfin, soulignons que Crespon (1844), qui décrit parfaitement le Cisalpin, dit dans sa Faune méridionale qu’il : "... est de passage dans nos contrées dans le mois de septembre, et se mêle souvent aux troupes de Moineaux."

Les nombreuses lacunes entourant la connaissance de la répartition et de la biologie du Moineau cisalpin en Rhône-Alpes devraient inciter les ornithologues à s’intéresser davantage à cet immigré transalpin. Aussi le Comité d’Homologation Régional a-t-il décidé en 1999 de récolter les observations de cette "espèce" un peu particulière, de manière à améliorer nos connaissances.

Philippe Lebrun