Mésange nonnette

Publié le mercredi 27 février 2008


Mésange nonnette Parus palustris

Angl. : Marsh Tit
All. : Sumpfmeise
It. : Cincia bigia

Mésange nonnette, photo France DUMAS© 2008
Mésange nonnette, photo France DUMAS

Espèce paléarctique, la Mésange nonnette connaît deux noyaux de population isolés : l’un en Europe tempérée, l’autre en Chine et en Mongolie où la race asiatique hypermelaena pourrait prochainement être considérée comme une espèce à part entière.

La Nonnette habite l’Europe, des Pyrénées à la Russie, en évitant la péninsule ibérique - exceptée la chaîne cantabrico-pyrénéenne - le Péloponnèse et les îles méditerranéennes. Au nord, elle est absente d’Irlande et d’Ecosse et ne s’aventure guère au delà du 62°N.

En France, l’espèce est présente partout à l’exception de la Gironde, des Landes et du littoral méditerranéen, Corse comprise. On rencontre la sous-espèce dresseri dans le nord-ouest de notre pays, la sous-espèce italicus dans les Alpes ; la race type occupe le reste du territoire. Commune mais discrète, la Mésange nonnette fait partie de ces espèces négligées des observateurs ; de ce fait, les informations sur sa distribution et les paramètres l’influençant font souvent défaut. L’enquête 1995-97 fait ressortir peu de changements importants dans sa répartition régionale. Son absence dans la majeure partie du nord de l’Ardèche, en particulier dans le Haut Vivarais, dénote probablement un défaut de prospection plus qu’une absence réelle de l’espèce ; d’ailleurs, en Haute-Loire voisine, Joubert (1992) la note "présente partout". D’autre part, la densité des indices de nidification "certains" dans les Savoie ne doit pas faire illusion : l’espèce y est très rare à absente au dessus de 800 à 1 000 m.

Nous disposons au moins de deux calculs de densités : 4 couples / 20 ha de taillis à Limonest (69), en 1979 et 2,8 couples / 10 ha au Roc de Chère - lac d’Annecy (74) (Sonnerat, comm. pers.). Ces densités sont comparables à celles obtenues en Bourgogne (soit 2 à 3 couples / 10 ha - Ferry et Frochot 1970). La Mésange nonnette se rencontre partout où il y a des feuillus : vergers, parcs, grosses haies boisées, bosquets et forêts et autres milieux similaires. Les densités les plus élevées se trouvent dans les forêts caducifoliées claires, à sous-bois pas trop fournis, et si possible morcelées de clairières. Les forêts mixtes sont aussi occupées par l’espèce qui, cependant, est presque totalement absente des bois de résineux (Löhrl 1976 a). Comme l’indique son nom scientifique, elle manifeste une préférence pour les endroits frais et humides, sans pour autant y être autant inféodée que la Mésange boréale Parus montanus, mais elle se trouve aussi dans des milieux assez secs. Contrairement à cette dernière, elle est remarquablement rare en Dombes (01) et dans une moindre mesure en Val de Saône ; pourtant, dans le nord de la plaine de l’Ain, elle est présente dans tous les types de boisements de feuillus alors que la Boréale est confinée aux endroits les plus frais. En Europe, c’est avant tout une espèce de plaine. Dans le Jura elle "se raréfie à partir de 800 m" (Berne in Joveniaux et G.O.J 1993). En Rhône-Alpes, la plus haute altitude obtenue pour l’espèce se situe à 1 700 m à Aussois (73) en forêt mixte (août 1980). Notons encore une observation à 1 500 m à Saint Gervais (74). Des preuves de nidification mériteraient d’être apportées car ces observations constituent des maximums altitudinaux pour l’ouest paléarctique (selon Harrap et Quinn 1996).

L’espèce est réputée pour sa très forte sédentarité ; l’examen des 7 reprises de bagues du fichier C.R.B.P.O. le confirme. Territoriale et très peu grégaire, elle reste solitaire ou en couple tout au long de l’année. En octobre et novembre, il n’est pas rare d’entendre quelques chants. Puis, dès la période de Noël, les premiers chants nuptiaux retentissent, sporadiques, mais c’est surtout de février jusqu’en mai qu’ils atteignent leur paroxysme. En février et en mars, le couple recherche une cavité pour l’installation du nid (construction active déjà le 5 février 1975 à Vercheny - 26). La Nonnette ne creuse pas elle-même la cavité mais en agrandit une préexistante (souvent précédemment occupée par la Boréale) et l’arrange à sa façon. Cet emplacement pour le nid est très rarement à plus de 10 m de haut. L’incubation a lieu dès les premiers jours d’avril en plaine : les 6 et 4 avril respectivement en 1979 et 1981 à Limonest (69), ce qui indique une ponte au tout début du mois puisque l’incubation dure 13 à 17 jours (contra Joachim in [N]) . Le fichier CORA ne fait état que d’un unique cas de seconde nichée (mais peut-être s’agissait-il d’une ponte de remplacement ?) : nid en construction le 21 juin 1985 à la Tour de Salvagny (69).

Mésange nonnette, photo France DUMAS© 2008
Mésange nonnette, photo France DUMAS
Les pontes les plus importantes ont été découvertes dans le département du Rhône : 10 poussins, le 15 avril 1967 à Vaux en Beaujolais (v. supra) ; une ponte de 10 oeufs découverte à Limonest (v. supra) ne produisit que 5 poussins car le mâle disparut durant l’incubation. La nichée la moins nombreuse comprenait 6 juvéniles (mai 1987, Hauteville - 01). Prévost (1994-98) met en évidence un faible taux d’occupation des nichoirs par l’espèce : sur plus de 800 nichoirs installés en Haute-Savoie, seuls 4 à 8 semblent régulièrement occupés. Est-ce la concurrence trop importante des autres Paridés ? Ces mêmes pontes ont produit, de 1995 à 1998, une moyenne de 6 juvéniles à l’envol (n = 20 nichées) ; la date moyenne d’envol se situe le 23 mai, ce qui porte la ponte autour du 20 avril. Les jeunes se dispersent peu et se cantonnent rapidement. La plupart des nouveaux couples se forment en février-mars et restent probablement unis à vie (Harrap et Quinn 1996). Deux cas d’hybridation sont connus avec la Mésange boréale : un couple mixte mâle Nonnette x femelle Boréale fut constaté en Belgique deux années successives (Dhondt et Huble 1969). Citons aussi un cas d’hybridation probable avec la Mésange charbonnière Parus major, constaté dans la Loire en 1993 ; l’hybride fut capturé et photographié dans un secteur où les deux espèces sont présentes, à 400 m d’altitude sur les rives de la Loire (Duquet 1995).

La Mésange nonnette présente une population stable en région Rhône-Alpes. Les reboisements en feuillus devraient même plutôt favoriser l’espèce.

Texte : Alexandre Renaudier
Photos : France DUMAS