Mésange bleue

Publié le mercredi 27 février 2008


Mésange bleue Parus caeruleus

Angl. : Blue Tit
All. : Blaumeise
It. : Cinciarella

Mésange bleue, photo Nicolas Dupieux, 2008 ©
Mésange bleue, photo Nicolas DUPIEUX

La Mésange bleue, espèce paléarctique, a une répartition s’étendant du sud de la Scandinavie jusqu’aux îles Canaries et au nord de l’Afrique, de la façade atlantique à l’Oural. Commune en France, elle est abondante et bien répandue en Rhône-Alpes, jusqu’à l’altitude de 1 500 m. Il arrive d’observer des groupes familiaux jusqu’à la limite des arbres, en fin de période de nidification. Les cavités de chênaie de plaine forment son habitat de prédilection, mais elle fréquente aussi les parcs et jardins, ainsi que les forêts mixtes et rarement les forêts de résineux. Par exemple, un nid a été observé en hêtraie-sapinière dans un trou de Pic noir, dans le Diois (26), à 1 000 m d’altitude. Les densités sont assez variables selon le milieu fréquenté ; elles dépendent des essences présentes dans les forêts, mais aussi du stade de développement de celles-ci, avec des valeurs plus élevées dans les vieilles forêts que dans les jeunes peuplements (Frochot 1979). Une étude publiée par Sonnerat (1994) dénombre, dans une forêt mixte située à environ 500 m d’altitude dans la réserve de Roc de Chère (74), 9,3 couples/10 ha. L’altitude semble affecter cette densité. En Haute-Savoie, un suivi de nichoirs par l’O.N.F. durant 3 ans (Prévost 1995, 1996, 1997), sur deux zones d’étude, l’une située entre 300 et 600 m (bord du Rhône, lac d’Annecy, Sémine, Albanais et Chablais) et l’autre entre 700 et 1 100 m (Cruseilles, Les Gets, Chaumont) l’a confirmé. Les nichoirs sont placés tous les 100 m le long de transects dans les deux zones. En tenant compte du taux de fréquentation des nichoirs et en faisant l’hypothèse qu’il n’y ait pas de différences entre les deux sites pour la disponibilité en cavités naturelles, une occupation 3 fois moindre des nichoirs de la seconde zone a été constatée invariablement sur les 3 années, rendant loisible l’hypothèse d’une densité 3 fois plus faible en altitude.

La Mésange bleue est sédentaire (ou transhumante) sur toute son aire de répartition, mais des populations nordiques et orientales établissent leurs quartiers d’hivers en Rhône-Alpes certaines années. Lors de déplacements migratoires importants, le passage postnuptial s’étale, en Rhône-Alpes, de la fin d’août au début de novembre avec un maximum fin septembre / début octobre en Ardèche (Ladet 1992 a et b) et à la fin d’octobre en Haute-Savoie (col de Bretolet). Les mouvements de printemps débutent dès février et s’étalent parfois jusqu’en avril.
Bien étudiée depuis de nombreuses années, la biologie de reproduction des mésanges bleues montre une importante variabilité dans son aire de répartition (Isenmann 1987) et dépend fortement de composantes environnementale (Blondel et al. 1991) et génétique (Blondel et al. 1990). Quelles variations peut-on observer à l’échelle de la région Rhône-Alpes ? D’après Ladet (1992 a et b), les pontes commencent dans le courant du mois d’avril dans la vallée de l’Ardèche, pour le sud de la région, alors que dans le nord, en Haute-Savoie, elles débutent dans le courant du mois de mai (Prévost 1995, 1996, 1997). Par contre, nous manquons d’informations sur d’éventuelles variations de taille de ponte selon la latitude en Rhône-Alpes. L’étude effectuée par Prévost (1995, 1996, 1997) sur deux zones de Haute-Savoie apporte des indications sur des variations selon l’altitude. 638 nichoirs ont été suivis sur la zone I de basse altitude, où les chênes dominent, et 583 sur la zone II de montagne en forêts mixtes et résineuses.

Ainsi, on remarque une date de ponte moyenne à la fin d’avril en plaine (environ 14 jours d’incubation et 20 jours d’élevage des poussins), plus tardive de 10 jours en zone de montagne. Cependant, il faut noter que l’année 1997, caractérisée par un printemps chaud et sec (mars et avril) a entraîné une date de ponte précoce (13 jours plus tôt que lors des deux années précédentes) sur les deux sites. La taille des nichées de la première ponte, représentée par le nombre de poussins à l’envol, est en moyenne plus élevée dans la zone I (9,5 jeunes) de 1,5 poussins par rapport à la zone II (8 jeunes). Assez peu des sites suivis ont montré des échecs de nichées. Les différences qu’il peut y avoir entre les zones montagnardes et planitiaires sont négligeables en regard d’un "effet année". Lors de la nidification précoce de 1997, les conditions atmosphériques particulièrement mauvaises des mois de mai et juin, sont sans doute à l’origine d’un taux d’échec de l’ordre de 10 à 15 %, alors que pratiquement aucune perte n’avait pu être observée les années précédentes. Les secondes pontes sont relativement rares chez les mésanges bleues, et ce, aussi bien en plaine qu’en montagne.

Vraisemblablement moins de 10 % des couples entreprennent une deuxième nichée. Pour celles-ci, il faut noter que l’écart de date de ponte de 10 jours entre ces deux zones est conservé. Les trop faibles effectifs ne permettent pas d’observer de différences sensibles des tailles des nichées pour ces deuxièmes pontes entre la plaine et la montagne. Sur ces deux sites d’étude, une compétition relativement importante pour l’accès au nid est observée entre la Mésange bleue et la Mésange charbonnière en plaine, mais aussi avec la Mésange noire en montagne. Parmi les nichoirs des sites de plaine, 7 présentaient des nichées mixtes de mésanges bleues et charbonnières (5 furent élevées par des mésanges charbonnières, 2 par des mésanges bleues).
La Mésange bleue reste très commune dans la région Rhône-Alpes et aucun indice ne permet d’évaluer une fluctuation de ses populations. De plus, l’accroissement des activités humaines et l’extension des centres urbains en Rhône-Alpes font apparaître de nombreux cas de nidifications dans des cavités insolites ("regards" de poteaux électriques, caissons de volets métalliques, etc.) éventuellement favorables au développement de l’espèce.

Christian Prévost
Christophe Reboud