Martinet à ventre blanc

Publié le mercredi 27 février 2008


Martinet à ventre blanc Apus melba

Synonyme : Martinet alpin

Angl. : Alpine Swift
All. : Alpensegler
It. : Rondone maggiore

Le Martinet à ventre blanc, de catégorie indo-africaine, se reproduit, en Europe, sur le pourtour méditerranéen et dans l’ensemble des chaînes issues du plissement alpin, de la Cordillère cantabrique aux Hellénides. En France, l’espèce niche dans le grand sud, des Pyrénées à l’Alsace, dans le Massif central et, depuis peu, en Bourgogne où la reproduction est effective depuis 1992 (Nicoleau-Guillaumet in [N]).

La région Rhône-Alpes s’inscrit donc entièrement dans cet espace. La répartition de l’espèce englobe le sud calcaire de l’Ardèche, le Massif central cristallin avec de nombreux sites urbains comme le Cheylard, Lamastre, Désaignes, Annonay et, depuis peu, Tournon (07). Dans le département de la Loire, l’espèce niche à Bourg-Argental et dans plusieurs sites de l’agglomération stéphanoise (Balluet 1993). Dans le Rhône, Lyon est occupée depuis 1991. Dans le massif alpin, le Martinet à ventre blanc occupe largement les chaînes subalpines, des Baronnies jusqu’au massif du Haut Giffre, en passant par le Vercors, la Chartreuse et les Bauges. Le Chablais l’héberge aussi. Par contre, dans les Alpes internes, il est beaucoup plus localisée et Laferrère, en 1954, indique déjà pour les Alpes : “ il est rare en effet de rencontrer cet oiseau en nombre appréciable au voisinage de hauts massifs et des chaînes centrales ”. Le massif jurassien rhônalpin et les préalpes sont régulièrement occupés.

Les effectifs français du Martinet à ventre blanc sont estimés à environ 4 000 couples et la région Rhône-Alpes pourrait héberger un bon tiers des nicheurs. Il est probable que les effectifs nationaux soient sous-estimés, une fourchette de 1 000 à 5 000 couples pouvant être avancée pour la seule région Rhône-Alpes. Nous disposons cependant de peu de données chiffrées suffisamment fiables. Ainsi, dans la réserve des gorges de l’Ardèche et le site classé du Pont d’Arc, la population est estimée de 200 à 300 couples, répartis en une cinquantaine de petites colonies comptant chacune de 1 à 15 couples (Mure 1993). En ville, des comptages donnent un maximum de 18 individus à Lyon au printemps 1992 et, à Saint-Étienne, un minimum de 30 couples occupent au moins 10 sites différents en 1997. Souvent, les petites colonies regroupent 3 ou 4 paires. Des rassemblements sont parfois notés à proximité des sites de nidification : 50 le 19 juillet 1982 dans le cirque de Chauzon (07) et 60 le 5 septembre 1983 à l’entrée des gorges de l’Ardèche (Ladet 1992 a et b), plus de 100 le 9 août 1998 à Hières-sur-Amby (38). Le record est de 500 individus, en 1983 sur Moirans (38).

Les falaises constituent le milieu d’élection du Martinet à ventre blanc. La barre calcaire urgonienne, qui marque les paysages des gorges de l’Ardèche jusqu’au Haut-Giffre, en passant par le défilé de Donzère et le nord du Vercors, héberge probablement les plus gros effectifs et sa présence explique une bonne part de la répartition. Les surplombs permettent de protéger l’oiseau contre les intempéries et les températures élevées, notamment en adret ; dans les falaises calcaires présentant une stratification marquée, les nids sont disposés dans les interlits des couches sédimentaires (Cochet 1983 b).

Dans les gorges de l’Ardèche, Mure (1993) note que les ubacs sont préférés et que la présence de fissures, surplombs et voûtes conditionne largement l’installation des oiseaux. L’espèce peut également occuper les falaises formées à la faveur de coulées de basalte, comme à Montpezat et à Jaujac en Ardèche (Cochet 1983 a). Dans ce cas, les nids sont disposés entre les prismes de lave. Cette situation reste très ponctuelle et ne se retrouve en France qu’en Haute-Loire à Prades (Cochet 1978). La nidification sur substrat artificiel est de plus en plus fréquente et occupe soit des bâtiments anciens (églises, châteaux …) soit des immeubles récents à des hauteurs variant entre 8 et 20 m. L’altitude est variable puisque le Martinet à ventre blanc niche de 100 m dans le sud de notre région jusqu’à 1 250 m en Aussois (Lebreton et Martinot 1998), en chasse, il a été observé jusqu’à 2 825 m en Maurienne. Dans la partie de Haute Loire proche de l’Ardèche, un nid a été découvert à 1 000 m au Chambon sur Lignon, ce qui constitue le point le plus haut pour le Massif central.
Les premiers martinets à ventre blanc arrivent fin mars, bien qu’il existe des données très précoces, logiquement dans le sud de la région Rhône-Alpes : le 18 mars 1989 à Donzère (26) et même le 9 mars 1986 dans les gorges de l’Ardèche (07). Cependant, pour la majorité des cas l’installation sur les sites a lieu durant la première quinzaine d’avril et le passage se poursuit jusqu’au début de mai. Le départ s’effectue fin septembre et en octobre : à Ceyzériat, 116 migrateurs sont observés du 3 août 1992 au 16 octobre 1992 avec un pic de 56 individus le 22 septembre, un groupe de 140 individus est noté le 19 septembre 1994 sur Courtenay (38). Des sujets tardifs sont cependant notés jusqu’à fin octobre, exceptionnellement en novembre, avec une observation le 20 à Veureys (38) en 1982. Le Martinet à ventre blanc reste donc sous nos latitudes environ sept mois.

A cause de la difficulté d’accéder au nid de cet oiseau, nous ne possédons que très peu de données sur la reproduction. Début juin 1948, Laferrere (1954) observe trois nids au voisinage des grottes de la Balme, en Isère, et note des “ jeunes déjà forts ”. En Ardèche, un nourrissage au nid est encore observé le 27 août 1969. Les quelques données sur le nombre de jeunes à l’envol proviennent des sites urbains : à Saint-Etienne, 3 couples ont donné 6 jeunes à l’envol en 1989, 8 en 1990 et 6 en 1991 ; à Saint-Chamond, un couple a donné 3 jeunes en 1989 (Balluet 1993).

Incontestablement, le Martinet à ventre blanc effectue une poussée vers le nord dans notre région (Cochet 1982, Balluet 1993). Cette évolution semble se limiter à de nouvelles installations citadines, mais son apparition récente dans les falaises de Bourgogne montre que le milieu naturel est aussi attractif. Il est par contre difficile d’évaluer une éventuelle variation d’effectifs des populations déjà en place en milieu rupestre. Seuls des recensements, comme ceux esquissés dans la réserve des Gorges de l’Ardèche, pourront nous renseigner dans le futur. L’installation des nichoirs ou des contacts avec les architectes lors de la conception ou de réfections de nouveaux bâtiments favorisent la nidification de l’espèce.

Gilbert Cochet