Hirondelle de rivage

Publié le mercredi 27 février 2008


Hirondelle de rivage Riparia riparia

Angl. : Sand Martin
All. : Uferschwalbe
It. : Topino

Hirondelle de rivage, photo Rémi RUFER © 2008

Espèce holarctique, l’Hirondelle de rivage est répandue dans pratiquement toute l’Eurasie et l’Amérique du Nord (3 sous-espèces). La distribution ouest-européenne est irrégulière (Cramp 1988). La population française, estimée à 10 000-100 000 couples dans l’atlas de 1976 (Yeatman 1976), ne semble pas avoir subi de bouleversements majeurs, même si la régression de l’espèce a été signalée ça et là ([N]). Sa distribution reste lacunaire, essentiellement liée à la plaine ; elle est absente de la plupart des massifs montagneux, même si on note une colonie à 1 000 m dans le Doubs (Ornithologues du G.N.F.C. 1984).

La répartition en Rhône-Alpes correspond parfaitement à celle évoquée ci-dessus. Absente de la majeure partie des régions montagneuses, l’Hirondelle de rivage est observée dans les plaines alluviales et les colonies sont en général proches de l’eau. Le complexe Basse Vallée de l’Ain - Vallée du Rhône en amont de Lyon et le cours de la Loire sont les zones où la densité des colonies semble la plus élevée. La majeure partie des observations de l’Atlas (87 %) ayant été faites en dessous de 600 m, les quelques observations à des altitudes supérieures à 1 000 m doivent probablement être attribuées à des migrateurs ou à des individus erratiques. Les colonies, essentiellement liées à l’existence de sites favorables, peuvent compter de quelques couloirs à plusieurs centaines (1350 couloirs en 1981 à St Romains de Jalionas - 38) (Aulagnier 1981). Les printemps pluvieux accompagnés de crues sont la principale raison de l’échec de la nidification, la destruction par les carriers ou d’autres personnes, par malveillance ou ignorance étant la seconde.

En saison de nidification, cet oiseau recherche des terrains meubles en talus ou falaises, de sorte qu’il est souvent localisé aux berges des cours d’eaux ou dans les sites d’extractions de granulats. Les biotopes qu’il fréquente ont souvent une existence éphémère, soit par l’affouillement naturel dû aux cours d’eaux, soit par le fait que les carrières, qu’elles soient en activité ou abandonnées deviennent rapidement impropres à l’implantation d’une colonie par disparition de la couche utilisable ou l’écroulement des falaises (Ulmer 1997). Les colonies s’installent rapidement sur des talus à forte pente présentant une couche meuble de granulométrie moyenne à très fine, l’épaisseur de cette couche pouvant être inférieure à une vingtaine de centimètres à condition qu’elle ne soit pas superficielle. La hauteur des talus peut être très variable, inférieure à un mètre ou avoisinant la dizaine de mètres, voire plus. Si certaines colonies arrivent à se maintenir pendant plusieurs années sur le même site, la nature meuble du matériau contraint tôt ou tard les hirondelles à rechercher un nouvel emplacement. Malgré tout ceci, on note une relative fidélité des oiseaux, sinon au site du moins à leur région de naissance. Toutefois, certains individus peuvent effectuer de longs déplacements (par exemple de la Seine et Marne à l’Ain ou du Loiret à l’Isère) ; dans ces deux cas, il s’agissait d’individus bagués comme juvéniles l’année précédente.

L’Hirondelle de rivage revient chez nous à la fin de mars (date moyenne : 23 mars) mais a été observée à des dates plus précoces (2 février 1990 à Méximieux - 01, 2 mars 1980 à Gigors - 26), le passage pouvant se prolonger jusqu’en mai (27 mai 1962 en Dombes). La migration postnuptiale est sensible dès la fin de juillet pour se prolonger jusqu’à la fin de septembre avec un maximum à la fin d’août. Les rassemblements en dortoir dans les roselières avant le départ peuvent atteindre 2 500 à 3 000 individus (3 septembre 1967, Dombes). Les derniers individus sont notés en moyenne vers le 1er octobre (dates tardives : 23 octobre 1988 à Grenoble - 38, 14 novembre 1981, Plaine du Forez - 42). La migration semble effectuer une boucle autour de la Mediterranée occidentale comme cela est évoqué pour les populations ouest-européennes. Les mouvements d’automne s’effectuent le long de la côte languedocienne (juvéniles bagués en Camargue - 13 et à Gruissan - 11 et repris l’année suivante dans l’Ain et l’Isère) et ceux de printemps par la Corse (un individu bagué le 11 mai 1987 à Barcaggio - 20A et contrôlé le 31 mai 1987 à Port-Galland, commune de St Maurice de Gourdans - 01). Les colonies s’installent rapidement dès qu’un certain nombre de nicheurs potentiels est atteint (une femelle contrôlée avec une plaque incubatrice le 15 avril 1985 dans une colonie du parc de Miribel-Jonage - 69) ; la profondeur du boyau varie de 50 cm à 1 m au fond duquel se trouve la chambre de nidification. Les tailles de ponte observées sont de 5 et 6 œufs, découverts à la suite de l’écroulement d’une falaise. Deux couvées sont déposées en mai et en juillet, en général dans le même nid (juvénile à l’envol le plus tôt 10 juin 1989, le plus tard 10 août 1985, ce qui correspond à des dates de ponte entre le 2 et le 13 mai pour le premier et entre le 2 et le 13 juillet pour le second). Deux pontes peuvent se succéder en l’espace d’un mois (en 1984, des juvéniles à l’envol le 29 juin et le 21 juillet sur une colonie). Une étude (présence d’un œuf dans l’oviducte, 3 visites à une ou deux semaines d’intervalle) de la colonie de Port-Galland a permis de mettre en évidence une évolution centripète à partir du centre originel de la colonie, avec un décalage des pontes de l’ordre de la semaine. 40 à 60 % des couloirs sont occupés dans les grandes colonies (Aulagnier 1981) (maximum de 80 % à Port Galland en 1978). Le succès de reproduction semble bon et il n’est pas rare d’observer au mois de juillet, 4 voire 5 jeunes se bousculant à l’extrémité du boyau lorsque les parents viennent nourrir la nichée. Sans être fréquents, les échanges d’adultes nicheurs entre colonies au cours de la même saison de reproduction ne sont pas exceptionnels dans un rayon de 20 à 30 km (distance maximale : 200 km de Cabannes - 13, en mai 1988 au Parc de Miribel-Jonage - 69, en juillet 1988). La longévité peut être supérieure à 6 ans (femelle baguée adulte nicheur en 1983 et contrôlée chaque année à Port-Galland jusqu’en 1988), le record mondial étant actuellement de 9 ans (Cramp 1988).

Les populations de cette espèce sont soumises à de brusques fluctuations, principalement à la suite de sécheresses sévissant dans leur zone d’hivernage, mais aussi en raison de la disparition des zones propices à l’implantation des colonies. Les effectifs se sont effondrés après la sécheresse sahélienne de 1972-73 et fluctuent depuis, parfois de manière importante mais semblent stables ou légèrement en déclin (Cramp 1988). La survie de l’Hirondelle de rivage en Rhône-Alpes ne paraît pas menacée et sa répartition par rapport au précédent atlas n’a pas connu de modifications majeures ([R]). Toutefois, il paraît difficile d’estimer les effectifs rhônalpins. Si elle semble facile, la prospection des lieux de nidification peut s’avérer ardue, en particulier dans les zones où se trouvent des carrières qui échappent au regard, et seule une prospection systématique année après année des sites pourrait permettre une connaissance plus précise. Deliry (1996) juge l’espèce en régression dans le département de l’Isère (-20 % pour les dix dernières années) où elle est classée en catégorie “ vulnérable ” ; elle a disparu du département de la Savoie. L’information du public amené à fréquenter les berges et les plages des cours d’eau (Ain) et des carriers a déjà donné de bons résultats par le passé (Est lyonnais), la collaboration de ces derniers pouvant parfois aller jusqu’à l’arrêt d’exploitation de la portion de carrière utilisée par les hirondelles. Le maintien ou le rafraîchissement de certains talus suffirait pour que nombre de sites propices à la nidification soient toujours disponibles. Il serait possible de prévoir des mesures de ce type lors des réhabilitation des sites d’extraction de granulats.

Texe : Jean-Charles Paucod, André Ulmer
Photo : Rémi RUFER