Goéland cendré

Publié le mercredi 27 février 2008


Goéland cendré Larus canus

Angl. : Common Gull
All. : Sturmöwe
It. : Gavina

De catégorie faunistique paléarctique, le Goéland cendré est largement répandu en Europe du Nord et de l’Est ; il est absent de l’Europe du Sud et du Sud-est. Sa répartition suit les côtes, les grandes vallées fluviales, les zones humides. On le trouve également dans des sites artificiels : gravières, toits d’immeubles. La population européenne est comprise entre 420 000 et 670 000 couples (Tucker et Heath 1994). La population française, évaluée à 35 couples, se répartit en petites populations distinctes : côte de la Manche et sites continentaux du nord de la France, réserve naturelle du delta de la Dranse (74), Centre, Lorraine et Alsace (Sueur et Dupuich 1998, Géroudet et al. in [N]). Les colonies françaises sont marginales (à l’extrême sud de l’aire de répartition européenne) et récentes ; seule la station lémanique est plus ancienne. L’ espèce a niché pour la première fois en Rhône-Alpes et en France en 1966, dans le delta de la Dranse (Pricam 1969), bien que Bailly (1853-54) lui donne au siècle dernier un statut similaire à celui observé aujourd’hui. Dans le premier Atlas des oiseaux nicheurs de Rhône-Alpes ([R]), c’était toujours la seule colonie dans la région : 3 couples en 1972. La création de la réserve naturelle du delta de la Dranse a permis à 5-8 couples de s’intaller à partir de 1981 (Géroudet 1995). La petite colonie, forte de six couples, soit environ 20% de la population française, constitue toujours le seul site de reproduction en Rhône-Alpes de ce nicheur très rare. Ce site de nidification est aussi actuellement le plus méridional d’Europe.

Le Goéland cendré est un hivernant assez abondant dans toute la France, en bordure maritime et sur les grands plans d’eau : 73 000 en 1996 (Créau et Dubois 1997) dont plus d’une centaine en Haute-Savoie. Sur le lac Léman, la population hivernante varie entre 100 et 200 individus dans le secteur français pour environ 1 500 individus sur l’ensemble du plan d’eau. Comme le suppose Géroudet (1995), c’est probablement à partir de ces oiseaux ou de la remontée en février-mars des hivernants méditerranéens qu’a eu lieu le recrutement des couples nicheurs. La plupart des hivernants du Léman sont d’origine russe ou balte ; néanmoins une reprise de bague atteste une étonnante origine irlandaise (Géroudet 1987 b). L’effectif maximal est observé au cours de la remontée printanière avec environ 3 500 individus, mais l’espèce est présente toute l’année. Ailleurs en Rhône-Alpes, le Goéland cendré est un hivernant irrégulier. Il s’agit souvent d’immatures, localisés sur le Rhône (toute la vallée), le lac de Paladru et l’Isère. Il semble migrer en automne avec des groupes de mouettes rieuses. Sur le site de la Dranse, les couples nicheurs s’installent tardivement, souvent pas avant le début d’avril. La plupart des couples sont souvent assez inactifs bien que formés. Depuis le début des années 1990, la petite colonie lâche s’est repliée sur l’île de Saint-Disdille au milieu d’un petit étang creusé pour protéger une marina. Les oiseaux partagent le site avec une toute nouvelle colonie de mouettes rieuses d’environ 70 couples ; ils occupent si possible les secteurs dominant les nids de mouettes. Depuis 1996, un couple s’est installé sur le minuscule radeau à sternes et cela a favorisé sa nidification en le mettant à l’abri des crues : 2 juvéniles en 1996 et 1997, 4 juvéniles en 1998. L’habitat naturel de l’espèce est constitué d’îlots plus ou moins envahis par la végétation, dans le lit d’une rivière ou au milieu d’un étang, avec des souches d’arbres. La ponte a lieu tardivement, vers la mi-mai ou plus tard ; les premiers juvéniles sont observés vers la mi-juin, parfois au début d’août. Géroudet (1987 b) signale une éclosion le 22 juillet 1984. Le nombre d’œufs pondus n’a jamais été vérifié, mais le nombre de jeunes par couples (quand la nidification va à son terme) est souvent de 1 jeune, parfois 2. D’une manière générale, la productivité totale pour l’ensemble de la colonie est très faible : 0,1 jeune/couple/ an (n = 6 couples). Cette micro-colonie, la plus ancienne de France, se maintient malgré ce faible taux de jeunes depuis plus de 30 ans. A l’évidence, le recrutement des couples se fait à partir des individus hivernant sur le lac Léman, peut-être par l’attraction exercée par un ancien couple installé dans un site assez calme et favorable, très à l’écart (plusieurs centaines de kilomètres) des zones denses de peuplement. La plupart des couples sont peu actifs : couvent-ils vraiment ? S’agit-il de couples immatures ou peu stimulés par la petitesse de la colonie comme le suggère Géroudet (1995) ? Cette marginalité reste la grande faiblesse du site.

Malgré l’isolement de la colonie, un certain dérangement, l’envahissement par la végétation et le manque de sites dominants peuvent gêner son développement. L’installation sur une plate-forme montre l’adaptation possible du Goéland cendré à des nichoirs artificiels simples (caissettes sur tas de pierres, sur pilotis). Ce type d’aide est une voie à exploiter pour l’avenir dans d’autres sites, surtout quand il permet d’éviter la submersion des nids. Le plan de gestion de la réserve du delta de la Dranse en cours d’élaboration doit agir dans ce sens pour permettre la conservation de l’espèce et un meilleur dynamisme. La formation possible de colonies mixtes avec la Mouette rieuse et avec la Sterne pierregarin (Sterna hirundo) est également un facteur de protection contre les prédateurs vu l’agressivité de ces deux espèces. L’unique colonie rhônalpine de goélands cendrés mérite une attention très particulière visant à assurer sa protection et à maintenir une reproduction très localisée, caractérisée par de très faibles effectifs.

Hugues Dupuich