Geai des chênes

Publié le mercredi 27 février 2008


Geai des chênes Garrulus glandarius

Angl. : Eurasian Jay
All. : Eichelhäher
It. : Ghiandaia

Corvidé paléarctique, le Geai des chênes est considéré comme gibier et susceptible d’être classé nuisible selon les départements (Ain, Loire et Rhône en Rhône-Alpes). Sous trente-trois sous-espèces, cette espèce possède une très vaste répartition depuis la péninsule ibérique jusqu’au Pacifique. Si l’espèce est présente au Maghreb, elle manque au nord du 60ème parallèle et en Asie centrale. Elle habite toute l’Europe, exceptées les régions froides de l’Europe du nord (Islande, nord de la Scandinavie et de l’Ecosse) et l’ile de Malte (Madge et Burn 1994). En France, le Geai occupe l’ensemble du territoire et se situe au 9ème rang des espèces les plus répandues (le 17ème en Rhône-Alpes).

Cet oiseau est présent dans tous les départements de notre région, s’accommodant aussi bien des grandes forêts, que des bois et même des parcs péri-urbains voire urbains, pour peu qu’il y bénéficie d’un couvert suffisant. Il est par contre absent des lieux densément urbanisés ou trop ouverts (zones de cultures intensives, digues du Rhône, etc.). Très lié aux milieux boisés d’où il tire sa nourriture, le Geai fréquente les bois feuillus, mixtes, voire même des conifères, souvent avec une préférence pour les zones plus ouvertes (clairières, bocage). L’espèce ne manifeste pas de préférence altitudinale et niche des plaines jusqu’à l’étage subalpin. Des oiseaux ont ainsi été notés jusqu’à 1 800 m à Megève et à Praz-sur-Arly (74) en 1989. Le Geai semble toutefois plus abondant à faible altitude (jusqu’à 600 m) alors qu’il semble plutôt rare au dessus de 1 000-1 200 m, où le biotope est plus favorable au Cassenoix moucheté (Nucifraga caryocatactes). En Vanoise (73), Lebreton et Martinot (1988) indiquent une cote moyenne de 1 200 m pour la présence de l’espèce.
Les couples semblent formés dès la fin de l’hiver, mais la reproduction ne paraît débuter qu’en avril-mai : des pontes ont été notées de la dernière semaine d’avril (comme le suggère l’observation de 6 juvéniles au nid à Lépin le lac - 73 - le 13 mai 1967) au début de juin (nid contenant 3 œufs à Arras - 07 - le 1er juin 1979). Dix nids rhônalpins observés contenaient une moyenne de 4,4 œufs ou poussins (extrêmes : 2 à 6). Ces nids étaient pour la plupart construits “ classiquement ” dans des arbres ou des buissons, mais trois situations aberrantes ont été signalées : nid avec 6 jeunes dans un grenier à Lépin le lac le 13 mai 1967, nid avec 6 œufs sous la terrasse d’une maison à St Galmier (42) le 1er mai 1976, nid sur une gouttière d’un bâtiment à la Tour de Salvagny (69) le 15 mai 1985.

En automne, parfois dès les premiers jours de septembre, se produisent des mouvements de geais qui ne sont souvent que des transhumances d’oiseaux descendant des montagnes pour venir hiverner en plaine. Certaines années, ces mouvements prennent l’allure de véritables migrations, voire même comme en 1947, 1959, 1964, 1972, 1977, 1988 et 1991, d’invasions. Ces irruptions irrégulières peuvent rassembler de nombreux oiseaux, parfois sur un petit périmètre. Ainsi, plusieurs milliers d’oiseaux ont été notés au pied du Jura gessien (01) le 20 octobre 1977. Leur origine est au moins suggérée par 36 reprises d’oiseaux étrangers : 34 provenaient de Suisse (mais 25 ont été bagués en automne et pouvaient venir de plus loin) et ont été repris, essentiellement à la chasse, en Savoie (6), Haute-Savoie (8), dans l’Isère (14), la Drôme (4), l’Ain et la Loire (1 dans les deux cas) ; les deux autres oiseaux provenaient de Belgique et d’Allemagne et ont tous deux été repris dans l’Isère. Six des 9 oiseaux rhônalpins repris avaient été marqués au col de la Golèze (74) et ont été retrouvés en Savoie (3), Haute-Savoie (1), Isère (1) et Suisse (1). Deux autres oiseaux haut-savoyards ont été repris respectivement en Savoie et dans le Jura ; un individu de l’Ain a été retrouvé dans l’Isère. En hiver, il semblerait qu’une partie de nos oiseaux quitte notre région. Au printemps, des mouvements de retour, moins marqués que ceux d’automne, sont perceptibles dès le mois de février (par exemple le 20 février 1987 dans la région de Bellegarde et Culoz - 01) , culminent en mars et se prolongent parfois jusqu’à fin avril.
L’évolution des populations de cette espèce est peu connue. En Rhône-Alpes, le Geai semble coloniser depuis une dizaine d’années des zones péri-urbaines tels des parcs et jardins dans des lotissements. Encore grandement tributaire des milieux boisés, le Geai joue en rôle important pour la dissémination des graines et son statut local de nuisible ne semble pas justifié.

Jean-Pierre Chenevat