Fauvette pitchou

Publié le mercredi 27 février 2008


Fauvette pitchou Sylvia undata

Angl. : Dartford Warbler
All. : Provencegrasmücke
It. : Magnanina

Cette fauvette est totalement protégée en France. Elle est également considérée comme menacée au niveau européen par Tucker et Heath (1994).

La Fauvette pitchou est de catégorie faunistique méditerranéenne. Sa répartition mondiale se limite à la périphérie du bassin méditerranéen occidental, jusqu’au sud de l’Italie, à une grande partie de la péninsule ibérique et au long de la façade atlantique, du Portugal au sud de l’Angleterre (Cramp 1992 ; Purroy 1997 ; [E]).

En France, cette fauvette est répandue sur l’ensemble de la zone méditerranéenne (Corse comprise). En région atlantique, elle remonte jusqu’au Cotentin et occupe une zone de largeur variable à l’intérieur des terres. Elle est présente ponctuellement jusqu’en région parisienne ou dans l’Allier, sa limite orientale correspondant à l’isotherme des températures moyennes de 3°C en janvier (Bost 1994).

En Rhône-Alpes, la carte atlas montre que la Fauvette pitchou est présente essentiellement dans le sud de l’Ardèche (Basse-Ardèche, Cévennes et Boutières) et de la Drôme (Baronnies et Diois), avec des indices possibles dans l’Isère. La répartition de cette fauvette se limite ainsi à la zone méditerranéenne. Elle est connue sur les coteaux ardéchois de la vallée du Rhône jusqu’au niveau d’Arras, au nord de Tournon (Cochet 1980). Lebreton (1980) signale des citations anciennes au nord de Lyon et près de Genève. Dans le département de la Loire, après une observation d’un chanteur dans le Pilat, à Ste-Croix-en-Jarez, le 13 avril 1976 et surtout un hivernage du 27 décembre 1976 au 17 février 1977, à Grangent, la première et seule preuve de nidification est apportée en 1977 dans les Gorges de la Loire à Chamblas (Cochet 1977) ; l’espèce n’a pas été observée depuis (Rimbert 1999). En Haute-Savoie, la Fauvette pitchou a été observée le 24 mars 1973 au Vuache et, en Isère, un mâle est noté dans le Trièves le 25 juin 1977. Dans l’Ain, en décembre 1936, un individu est tué à la Valbonne (Berthet 1937) et 2 individus sont observés en juin 1981 près de Villebois dans le Bas-Bugey. Ces observations laissent supposer des nidifications septentrionales dispersées dans le temps et l’espace.

Dans son aire actuelle de répartition, la Fauvette pitchou occupe les garrigues à Genêt scorpion (Genista scorpius) ou à Buis (Buxus sempervirens) et, à plus haute altitude, les landes à Genêt purgatif (Genista purgans) bien exposées. En Cévennes ardéchoises, elle est assez fréquente jusqu’à 1000 m d’altitude et peut localement atteindre 1400 m. En Drôme, elle a été observée à 1120 m au col de Maluegne et même à 1420 m au col de Soubrand. La Fauvette pitchou semble par contre éviter les grandes plaines agricoles.
Les effectifs rhônalpins, évalués entre 1000 et 4000 couples, ne représentent qu’une petite partie de la population nationale, estimée entre 60000 et 120000 couples (ROCAMORA et YEATMAN-BERTHELOT, 1999).

Les informations sur les densités dans les différents milieux sont rares. Gilbert Duc donne 6 chanteurs pour 30 ha de garrigues en Basse-Ardèche en 1984, soit 2 couples/10 ha. Mure (1995) donne des indices d’abondance obtenus par la méthode des points d’écoute sur la Forêt Domaniale de Bois Sauvage (Basse-Ardèche) ; l’IPA moyen est de 0,83 dans les "landes" (garrigues fermées) et de 2,25 dans les "landes sur pelouses" (garrigues ouvertes). Dans ce dernier type de milieu, la pitchou est l’espèce la plus fréquente.

D’une manière générale, le milieu typique comprend des buissons de moins d’un mètre de haut, relativement espacés, sur une pente bien exposée. Les densités peuvent varier suivant les années, en fonction de la rigueur des hivers. Ainsi, sur une zone échantillon de 27 ha de garrigues suivie pendant 3 années consécutives, la densité est passée de 0,7 couple/10 ha en 1986, à 0,5 en 1987 puis 1,4 en 1988 (Ladet 1986 et données inédites). Les chiffres les plus faibles sont obtenus après une série d’hivers rigoureux (de 1984-85 à 1986-87) ; la densité a augmenté à la suite d’un hiver doux.
Cette sensibilité de la Fauvette pitchou à la rigueur de l’hiver avait également été mise en évidence par Blondel (1969) dans une garrigue provençale. Elle est liée à la sédentarité de l’espèce ; la majorité des effectifs semble rester sur les sites de nidification en période hivernale, y compris en altitude. Toutefois, l’apparition de la Fauvette pitchou dans des zones de plaine où elle ne niche pas révèle l’existence de quelques mouvements altitudinaux et d’une migration à courte distance [E].

En Basse-Ardèche, les premiers vols nuptiaux sont observés dès la mi-janvier, à l’occasion des belles journées. En Cévennes, ils commencent dès le début du mois de février. Les chants sont ensuite réguliers jusqu’à la fin juin ; ils peuvent être entendus occasionnellement en fin d’été et en automne.

La construction des nids débute généralement dans la première quinzaine d’avril, mais l’observation d’un transport de sac fécal le 2 avril 1986 à Lanas (07) indique une ponte vers mi-mars. Des transports de nourriture sont notés jusqu’en juin. Les données sur la taille des pontes et des familles sont rares ; un nid avec 4 oeufs a été trouvé à Chomérac (07) le 22 avril 1996 et 5 jeunes nourris hors du nid sont signalés dans la Drôme le 1er mai 1997. Un couple avec 3 jeunes est noté à Toulaud (07) le 19 juin 1979.
En Europe, la Fauvette pitchou est menacée par la destruction de son habitat par l’intensification de l’agriculture, les plantations forestières et le développement urbain (Cantos in Tucker et Heath 1994). Elle ne semble actuellement pas directement menacée en Rhône-Alpes. Toutefois, beaucoup de milieux où elle niche sont d’anciennes zones de pâturage en cours d’évolution. Si la fermeture de ces secteurs devient trop importante, la pitchou peut être localement menacée de disparition d’ici quelques dizaines d’années. Le maintien d’un pâturage extensif dans les landes et garrigues ouvertes ne peut que favoriser cette espèce.

Alain LADET et Gilbert COCHET