Epervier d’Europe

Publié le mercredi 27 février 2008


Epervier d’Europe Accipiter nisus

Angl. : Eurasian Sparrowhawk
All. : Sperber
It. : Sparviere

Epervier d'Europe, mâle, prédation d'oiseau, photo France DUMAS © 2008
Epervier d’Europe, mâle, photo France DUMAS

Espèce paléarctique polytypique, l’Epervier (race nominale) est répandu dans toute l’Europe (exception faite de l’Islande et de la toundra sibérienne), ainsi qu’en Asie. La sous-espèce A. n. wolsterstorffi est endémique en Corse et en Sardaigne. En France, l’Epervier est présent partout mais ne niche guère au dessus de 1 500 m d’altitude. Ses meilleures densités sont rencontrées dans les bocages de l’ouest (Bretagne, Normandie) ; la population nationale est estimée entre 15 000 et 20 000 couples ([N]).

L’Epervier est présent sur l’ensemble de la région Rhône-Alpes, de manière relativement homogène. La population nicheuse est estimée entre 2 000 et 7 000 couples (10 à 46 % de la population française), avec une progression de plus de 20 % des effectifs et de l’aire occupée depuis le premier Atlas ([R]). Cet oiseau semble préférer les secteurs collinéens aux secteurs montagnards comme le montrent les lacunes de distribution dans l’arc alpin ; En Vanoise, sa cote moyenne de nidification est située à 1 430 m et l’altitude maximale a été enregistrée à 2 300 m à Aussois (Haute Maurienne - 73) le 20 juillet 1979 (Lebreton et Martinot 1998). En montagne, l’espèce préfère les milieux bocagers ou semi-ouverts plutôt que les vastes secteurs forestiers ou d’alpage, qui accueillent des peuplements aviens moins diversifiés. En plaine, ce rapace n’est jamais rare et peut être localement commun comme dans la vallée du Rhône, les secteurs de moyenne montagne (notamment le Bugey - 01) ou les zones encore bocagères comme l’Ile Crémieu (38), où il semble avoir très sensiblement progressé. Dans la région de Cruseilles (74), la densité oscille entre 2,2 et 2,6 couples (moyenne à 2,5 couples) pour 10 km2 selon les années (Deliry et al. en prep.).

Epervier d'Europe, juvénile, prédation d'oiseau, photo France DUMAS © 2008
Epervier d’Europe, juvénile, photo France DUMAS

L’Epervier préfère l’alternance d’espaces dégagés (zone de chasse) et de bois de conifères ou de feuillus (zone de nidification). C’est donc une espèce relativement peu exigeante et que l’on peut trouver dans différents types de paysage. On l’observe ainsi en Drôme provençale dans les peuplements de chênes pubescents ou de pins sylvestres, tout comme dans les pessières subalpines. L’oiseau fréquente assidûment les formations forestières proches des cours d’eau ; il niche ainsi dans les forêts alluviales des plaines rhodaniennes, où le peuplier semble être le support préféré du nid. On le trouve aussi sur les affluents du Rhône, en Isère et dans la Drôme, par exemple. Ces milieux lui procurent tranquillité (forêts peu exploitées) et abondance de proies (forte densité de passereaux nicheurs). Il est à noter qu’il ne craint guère la présence de l’homme et peut habiter près des grandes villes pour peu que qu’y subsistent des espaces verts (parcs urbains, vastes propriétés) ; ainsi le trouve t-on à Lyon, dans le 5ème arrondissement principalement.

Epervier d'Europe, mâle, prédation d'oiseau, photo France DUMAS © 2008
Epervier d’Europe, mâle, photo France DUMAS

Bien que l’Epervier paraisse en grande partie sédentaire en Rhône-Alpes, où il est observé toute l’année (Bournaud 1986), une proportion des oiseaux observés en Rhône-Alpes correspond à des migrateurs. Les mouvements de retour sont sensibles dès la fin de février : 16 individus notés au passage, dans la région de Cruseilles (74), du 20 février au 28 mars 1978, 6 individus le 26 mars 1995 sur la Balme les Grottes (38). Dans l’Ile Crémieu (38), la période de migration prénuptiale s’étale sur un mois jusqu’à la dernière décade d’avril. Les sédentaires se font moins discrets vers la fin de février. Les parades ont lieu généralement en mars-avril, période où les oiseaux sont facilement décelables ; leurs activités deviennent ensuite discrètes. Le nid est installé de préférence dans un résineux, généralement peu âgé (20 à 45 ans). L’espèce apprécie la proximité d’une lisière ou un décrochement du relief (ruisseaux dans une forêt avec berges abruptes). La hauteur des nids, le plus souvent placés sur une branche latérale, est généralement comprise entre 10-11 et 14-15 m (Deliry et al. en prep.). L’Epervier construit une aire chaque année (très identifiable par sa configuration allongée et plate, composée de rameaux fins), aussi est-il fréquent de trouver de vieux nids proches les uns des autres dans un même territoire. Certains couples sont d’une fidélité assidue à leur site de reproduction : dans le région de Cruseilles (74), un couple s’est reproduit 8 années consécutives dans 8 nids différents (Deliry et al. en prep.).

Epervier d'Europe, femelle, photo France DUMAS © 2008
Epervier d’Europe, femelle, photo France DUMAS

L’automne apporte son contingent d’oiseaux migrateurs (mouvements décelables de la fin d’août à novembre). Les effectifs semblent assez élevés : 320 entre le 1er septembre et le 8 novembre 1990 à Ceyzériat (01, 1051 au Fort l’Ecluse (01-74) en 1994, 1696 en 1996, 983 entre le 5 septembre et le 1er décembre 1998, en particulier d’origine allemande ou russe d’après les reprises de bagues. Le record régional d’altitude est l’observation le 3 septembre 1995 d’un individu en migration à 3 300 m sur Bramans (73). Les départs des nicheurs rhônalpins se situent entre septembre et la fin de novembre avec un pic de passage observé au début de ce mois. Dans les années 1950 à 1970, l’Epervier était considéré comme peu commun voire rare, en reproduction comme en hivernage ; il était alors confiné aux secteurs boisés les plus vastes. Bien que la pression d’observation beaucoup plus faible à cette époque ait pu biaiser la réalité, on peut affirmer que ce rapace (comme beaucoup d’autres) a souffert autrefois de persécutions directes (braconnage) ou indirectes (insecticides). Actuellement, ses effectifs paraissent avoir trouvé un niveau acceptable, si l’on considère que ce rapace n’est pas un super prédateur mais un consommateur secondaire, soumis de ce fait à la prédation d’autres rapaces tels que le Grand duc d’Europe (Bubo bubo) ou l’Aigle royal (Aquila chrysaetos). L’Epervier peut s’avérer "utile" pour limiter le développement d’espèces abondantes comme l’Etourneau (Sturnus vulgaris). Il ne paraît guère menacé d’autant plus que ses exigences écologiques sont peu marquées. Il n’y a guère que le non-respect des éléments fixes dans un paysage (bosquets, haies) lors d’un remembrement qui pourrait localement mettre à mal une population. Sa position dans les chaînes alimentaires fait de l’Epervier un bon indicateur biologique, son absence pouvant traduire un déséquilibre méritant de retenir l’attention (Newton 1989).

Texte : Pascal Rochas
Photos France DUMAS


Epervier d'Europe, mâle, photo France DUMAS © 2008
Epervier d’Europe, mâle, photo France DUMAS