Echasse blanche

Publié le mercredi 27 février 2008


Echasse blanche Himantopus himantopus

Angl. : Black-winged Stilt
All. : Stelzenläufer
It. : Cavaliere d’Italia

Echasse blanche, photo Rémi RUFER © 2008

Avec cinq sous-espèces, l’Echasse blanche possède une répartition cosmopolite, essentiellement dans les zones inter-tropicales d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et d’Amérique (Hayman et al. 1986).

En Europe, l’espèce est irrégulièrement répartie dans le sud de la péninsule ibérique, le pourtour méditerranéen, les mers Noire et Caspienne et pénètre assez profondément à l’intérieur du continent en Russie (Beaman et Madge 1998).

En France, elle n’est bien répandue que sur les côtes méditerranéennes, des Pyrénées Orientales aux Bouches du Rhône et, sur le littoral atlantique, de la Charente Maritime au Morbihan. Plus au nord, des nidifications sporadiques sont observées jusqu’au Pas de Calais. Loin des zones maritimes, seule la Brenne - 36, et la Dombes - 01, constituent des sites de reproduction réguliers (Delaporte, Dubois et Robreau in [N]).

En Rhône-Alpes, ce limicole ne niche donc régulièrement qu’en Dombes. Ailleurs, la reproduction réussie de deux couples a été constatée à Lescheroux (Bresse - 01) en 1995. Dans la plaine du Forez (42) où l’espèce est observée tous les printemps, seuls trois cas de nidification sont connus : un nid à Boisset les Montrond en 1991 et 1992 (échec dans les deux cas), une reproduction réussie au domaine de Biterne en 1993. Depuis, aucun indice de nidification n’a plus été recueilli dans ce district.

Au printemps, les premiers oiseaux observés en Rhône-Alpes arrivent à la date moyenne du 5 avril (n = 33 , entre 1960 et 1998), mais celle-ci varie énormément d’une année à l’autre puisque les dates extrêmes sont les 21 mars 1964 et 1990, le 25 mars 1985, mais seulement le 27 avril 1969 et même le 30 avril 1980, toujours en Dombes. A cette époque, une phase d’erratisme (recherche de sites favorables pour une future nidification ?) peut être observée un peu partout dans les régions de plaine, principalement le long du sillon rhôdanien jusqu’au bassin lémanique. Ces erratiques peuvent même défendre un territoire très momentanément (par exemple le 20 avril 1995 à Pérouges - plaine de l’Ain) puis disparaître brusquement.

Echasse blanche, photo Rémi RUFER © 2008

Pour se reproduire, les échasses rhônalpines choisissent des rives d’étangs très plats, plus rarement des cuvettes d’étangs en création ou provisoirement asséchés. La végétation herbacée y est à peine tolérée, à condition qu’elle soit très courte. Très souvent, les nids baignent dans l’eau. Si la nidification d’un couple isolé n’est pas rare en Dombes, le cas le plus fréquent est l’existence de colonies regroupant de 2 à une vingtaine de couples. Les nids peuvent être très proches les uns des autres mais la densité de 7 nids sur 150 m² (Vaucher 1955) demeure exceptionnelle pour notre pays. Le voisinage d’autres espèces (vanneaux, barges, mouettes) est bien toléré et semble même favorable à l’implantation d’une colonie. Le nombre d’oiseaux venant s’installer dans notre région, comme d’ailleurs partout en France (Dubois et Maheo 1986), est très variable sans que les raisons en apparaissent très nettement. La sécheresse des quartiers de reproduction nord-africains et ibériques pourrait inciter ces oiseaux à se replier vers notre pays. Certaines années (1954, 1965, 1984, 1996, 2000) voient affluer de nombreuses échasses alors que d’autres (1963, 1969, 1972 , 1975) sont très médiocres. Depuis 1982, les effectifs printaniers en Dombes ont oscillé entre 8 (1985) et 115 individus (2000). Les pontes sont le plus souvent déposées en mai et au début de juin, mais les dates extrêmes montrent une grande amplitude. Ainsi, une ponte complète (4 œufs) a été notée un 17 avril (Vaucher 1955) alors que l’observation de 4 juvéniles volant à peine le 8 septembre 1984 indique une ponte déposée entre le 10 et le 16 juillet. La plupart des pontes trouvées étaient de 3 ou 4 œufs, mais des nids groupant les pontes de plusieurs femelles (jusqu’à 8 œufs) ont été signalés. La réussite de la reproduction semble liée aux conditions météorologiques. De fortes pluies peuvent entraîner la montée du niveau des étangs et submerger les nids. Des périodes froides occasionnent la mortalité des poussins. Sur la période 1982-1998, le nombre de jeunes élevés a varié de 0 en 1985 à 47 en 1998 (moyenne = 14) et l’indice de reproduction (nombre de jeunes à l’envol / nombre d’adultes cantonnés) de 0 (1985) à 1,7 (1983) pour une moyenne de 0,7. L’effectif dombiste ne représente qu’un faible pourcentage (de 1 à 5%) des populations françaises estimées à près d’un millier de couples ([N]).

Après la reproduction, les échasses dombistes se rassemblent sur quelques étangs en vasière, parfois sur un seul. Des troupes importantes peuvent alors être observées : 52 le 26 juillet 1997 au Plantay - 01, 103 le 4 juillet 1954 et même 150-160 oiseaux le 15 août 1954 en Dombes. Le départ vers les sites d’hivernage se produit très tôt. La date moyenne des dernières mentions est le 6 septembre (n = 22 années, entre 1961 et 1997). Les observations sont exceptionnelles durant la dernière décade de ce mois (date tardive : 1 à Loriol - 26 - le 26 septembre 1982) rendant d’autant plus surprenante la mention de 3 oiseaux à Lapeyrouse - 01 - le 20 octobre 1984. Un oiseau bagué au nid en Dombes le 22 juin 1967 et repris à Minorque (Baléares) le 9 décembre 1969 (Broyer 1983) n’était peut-être pas encore parvenu sur ses quartiers d’hivernage.

L’implantation de l’espèce en Rhône-Alpes semble être relativement récente. Bernard (1909) considère l’espèce comme “ rare ” dans l’Ain et indique 3 communes dombistes où des nids ont été découverts. Depuis 1942, la nidification y est devenue régulière quoiqu’en effectifs très variables. Dans la plaine du Forez (42), aucune donnée certaine de reproduction n’a été relevée avant 1993 (cf. supra), ce qui infirme l’affirmation contraire par Géroudet (1982 b).

L’avenir de l’Echasse dans notre région passe par le maintien d’étangs aux berges très plates et de zones de transition à la végétation rase entre les plans d’eau et les cultures environnantes. La maîtrise du niveau de l’eau sur les zones de reproduction peut être un atout supplémentaire.

Texte : Alain Bernard
Photo : Rémi RUFER