Cochevis huppé

Publié le mercredi 27 février 2008


Cochevis huppé Galerida cristata

Angl. : Crested Lark
All. : Haubenlerche
It. : Cappellaccia

L’aire de reproduction du Cochevis huppé recouvre toute l’Europe et l’Asie au sud du 58e parallèle, mais l’espèce est absente des Iles britanniques ; elle manque aussi dans la quasi totalité des îles méditerranéennes à l’exception notable de la Sicile et de la Crète. La population européenne est comprise dans une très large fourchette, entre 2 100 000 et 14 000 000 d’individus (Tucker et Heath 1994). En France, cette espèce ne se se reproduit qu’à basse altitude ; elle est absente des régions élevées s’étendant du sud du Massif Central aux Vosges, du massif alpin et des Pyrénées et de leurs piémonts. La Cochevis huppé manque aussi dans la plus grande partie de la Bretagne (Garoche in [N]). La population française compte moins de 10 000 couples (Yeatman 1976).

En Rhône-Alpes, le seul département réellement occupé est la Drôme, essentiellement le Tricastin, district dont la population peut être évaluée à une cinquantaine de couples. Le Cochevis n’avait pas été signalé dans cette région dans l’atlas de 1977. Il ne s’agit très certainement pas d’une extension de l’aire de répartition mais d’une meilleure prospection des zones agricoles de ce district à l’occasion des atlas départementaux de Vaucluse (Olioso 1996) et de la Drôme (C.O.R.A. 26 en préparation). La répartition de l’espèce y est d’ailleurs plus étendue que celle figurant sur la carte de l’Atlas car le Cochevis huppé est également présent dans l’enclave de Valréas (Olioso 1996). Durant l’enquête atlas, des oiseaux ont également été observés en période de reproduction dans le nord de la Drôme et le sud de l’Ain où un chanteur nocturne a été entendu le 19 mars 1995 sur la commune de Beynost. Au vu des effectifs drômois, il nous semble que la population rhônalpine doit se situer aux environs de la centaine de couples.

Espèce des milieux ouverts, cette grosse alouette recherche avant tout des sols secs et manque dans les régions céréalières à sol profond et lourd. Elle fréquente des milieux d’aspects aussi différents que les vignes du Tricastin, les sablières, les remblais caillouteux des bords du Rhône et même les zones industrielles ou les agglomérations et les toits en terrasse !

Le fichier du C.O.R.A. ne contient malheureusement aucune information précise sur la reproduction de cette espèce. Tout au plus pouvons nous dire que la période de chant commence très tôt en saison, les premiers étant signalés dès la mi février. Il semble bien que les Cochevis huppés rhônalpins soient sédentaires. En tout cas, un certain nombre d’entre eux au moins sont présents toute l’année sur les sites de reproduction du Tricastin. Cependant, des oiseaux sont parfois observés dans des lieux où ils ne se reproduisent pas, ce qui pourrait indiquer une dispersion des jeunes.

En hiver, comme les alouettes des champs, les cochevis huppés fréquentent les chaumes. Cependant, nos observations montrent que les deux espèces ne se mêlent pas. Plutôt que de se nourrir en plein champ, les cochevis se tiennent sur les bordures, peut-être parce que les petites graines y sont plus abondantes. Durant la mauvaise saison, ils ont une forte tendance à se rapprocher du bord des routes et des chemins où il n’est pas rare de les voir picorer.

Durant l’enquête atlas la plus grande partie des observations ont été faites dans le sud de la Drôme mais le dépouillement des chroniques ornithologiques Rhône-Alpes a montré que de petites populations isolées avaient été trouvées çà et là auparavant. C’est ainsi que des oiseaux sont plus ou moins régulièrement observés à Valence (26) où un couple construisait un nid le 18 juin 1985. Le Cochevis huppé a été signalé nicheur à la Valbonne (01) en mai - juin 1972, l’espèce étant revue sur ce site en avril 1976. Des oiseaux ont également été observés en période de reproduction en d’autres sites de la région, le plus souvent une seule fois : Dombes, 21 avril 1962, Vénissieux (69) le 5 juillet 1962, Verclause (26) le 13 mai 1973 et Saint-Uze (26) le 14 mai 1974, Colombe (38) le 21 avril 1985, Chassiers (Basse Ardèche) au printemps 1986, Sablons (38) le 29 avril 1994. Toutes ces observations ont été faites à basse altitude comme durant l’enquête atlas ou 7 des 10 données recueillies ont été réalisées en dessous de 400 m. Cependant, cet oiseau de plaine a parfois été vu en altitude : 15 mai 1972 à Font d’Urle, 1 480 m (Vercors, 26).

L’espèce semble avoir disparu de quelques-unes de ces stations (Dombes et plaine de l’Ain par exemple). Il n’est pas certain que cela soit vrai partout et une prospection poussée s’impose si on veut avoir une réelle connaissance de la répartition du Cochevis huppé en Rhône-Alpes. En effet, les populations étant très lâches, les couples isolés se manifestent peu par le chant et passent facilement inaperçus. Une petite population vient d’être découverte dans l’extrême sud de l’Ardèche à St Sauveur de Cruzières, dans un milieu où alternent cultures céréalières et pelouses sèches.

Quoi qu’il en soit, l’espèce est signalée en diminution dans tous les pays européens où elle se reproduit, diminution attribuée à l’intensification de l’agriculture (mécanisation, pesticides) et à la reforestation des milieux abandonnés par l’agriculture. Le maintien de la population de Cochevis huppé de notre région passe donc par des pratiques agricoles plus douces et la conservation des milieux ouverts dans les régions où l’espèce subsiste.

Georges Olioso