Cassenoix moucheté

Publié le mercredi 27 février 2008


Cassenoix moucheté Nucifraga caryocatactes

Angl. : Nutcracker
All : Tannenhäher
It : Nocciolaia

Cet oiseau paléarctique des forêts résineuses occupe une vaste répartition en Asie (du Kamchatka au Tibet et à travers la Sibérie), pour se localiser en Europe de l’Ouest au sud de la Scandinavie et aux massifs montagneux : des Balkans et Carpates aux Vosges, Jura et Alpes ; le Massif central n’est pas occupé ([N]).

En Rhône-Alpes, l’ensemble des districts alpins et préalpins est occupé, de même que le Jura et, de manière beaucoup plus marginale, le Bugey et l’Annecy-Genevois. Le Vercors marque la limite occidentale de l’aire mondiale du Cassenoix et la limite méridionale de sa répartition rhônalpine. Celle-ci est continue, du nord de la Haute Savoie au sud de l’Isère et de la Savoie, n’étant interrompue que par les basses vallées et l’étage alpin. On l’observe jusqu’à la limite supérieure des forêts, voire au-delà (soit 2 000 m en Haute-Savoie, 2 200 à 2 400 m en Savoie), la recherche de nourriture le conduisant toujours plus haut dans les dernières barres rocheuses souvent au-dessus de la forêt en place. L’importance réelle de la partie basse des massifs, où l’espèce fait des apparitions régulières (dispersion, alimentation, reproductions sporadiques), est plus complexe à appréhender ; la zone constamment occupée par l’espèce s’étendrait au-delà de 900 à 1 200 m selon les massifs. La population n’est guère aisée à recenser ; à Taninges, la densité en sapinière est estimée entre 1 et 2 couples aux 10 ha, mais la présence de 2 couples sur une pessière pure de 3,5 ha a été aussi rapportée ; de telles "concentrations" sont possibles ponctuellement selon la configuration et la qualité de l’habitat, mais un espacement moyen des nids de 300 m constitue déjà une assez bonne densité (Croq 1990).

Le Cassenoix moucheté est un oiseau des forêts mûres et plutôt froides de conifères. Deux arbres producteurs de grosses graines, dont le stockage constitue une contrainte vitale pour l’hivernage de l’espèce, sont déterminants pour sa présence : le Pin cembro et le Noisetier. Si le premier constitue un habitat permanent de l’oiseau dans l’étage subalpin, le second est surtout abondant en dessous de 1 200 m, en marge de l’aire permanente de l’oiseau et n’est donc fréquent qu’à l’occasion d’aller-retours limités au transport automnal de noisettes (des caches contenant à la fois des "pignes" d’arolle et des noisettes à 2 200 m d’altitude sont observées en Tarentaise). Ainsi des peuplements purs d’Epicéa, Sapin, Mélèze ou Pin sylvestre et à crochet, dont les cônes fournissent pourtant des graines consommées par le Cassenoix, ne sauraient accueillir l’espèce en l’absence de noisetiers ou arolles dans un rayon pouvant aller jusqu’à quelques kilomètres. Le stockage de ces graines conduit souvent les oiseaux à hiverner aux abords de points topographiques remarquables et peu enneigés.

Dépendant de la fructification des cônes de résineux et de l’accessibilité des caches (donc de l’enneigement), la reproduction du Cassenoix peut être fortement étalée selon les années (extrêmes connues pour l’espèce : fin décembre et juin). Dans les Alpes françaises, Croq (1990) a trouvé des pontes entre fin mars et fin mai, avec un maximum dans la première semaine d’avril. En Tarentaise, le 18 mai 1984, la plumée d’un juvénile fraîchement sorti du nid (Bourg St Maurice, 1950 m), traduit également une ponte au début d’avril ; à Taninges (74), un couple avec 4 jeunes mal volants le 7 mai 1990, avait donc dû pondre dans la dernière semaine de mars. Les 3 à 4 oeufs sont couvés 18 jours ; les jeunes restent au nid pendant 24-25 jours mais peuvent être nourris jusque l’âge de 4 mois ; les groupes familiaux sont visibles tout l’été et jusqu’en automne, où les transports de graines collectifs ne sont pas rares. Le 2 novembre 1996, 14 à 26 individus franchissent le col de la Verne (Bauges, 1517 m) après avoir pris noisettes et faînes 400 m plus bas. C’est aussi une période de dispersion (2 individus le 29 août 1986 à Annecy, 550 m), de passage, voire d’invasion (5 tués par des chasseurs en Valromey et Bugey en septembre et octobre 1968, année d’invasion historique, où un individu est même noté près de Mâcon) ; 7 migrateurs dénombrés à Ceyzériat (01) les 4 et 17 septembre 1988 ; 200 individus à Villard de Lans (38) le 20 décembre 1979. En octobre 1969, à Val d’Isère (73), un individu de la sous-espèce nordique N. c. macrorhynchos est observé (Tournier et Lebreton 1974).

Qu’ils soient liés à la dynamique des populations proches où à des "restes" d’invasions, des foyers marginaux de population sont susceptibles de se développer de manière plus ou moins durable ; sur le Salève et son piémont (Annecy-Genevois), l’espèce est apparue en 1990 (1 couple) pour passer à 8 en 1991.

André Miquet