Canard souchet

Publié le mercredi 27 février 2008


Canard souchet Anas clypeata

Angl. : Northern Shoveler
All. : Löffelente
It. : Mestolone

Espèce de répartition holarctique, le Canard souchet occupe essentiellement, en Europe occidentale, le nord du 50e parallèle et tout particulièrement une large zone courant de la Belgique à la Scandinavie. En France, ce canard niche essentiellement au nord d’une ligne Bordeaux - Lyon (Triplet et Trolliet in [N]) et ses effectifs ont été évalués à 700-1 300 couples (dont 60-80 % pour le seul marais breton (Ibanez et Trolliet 1990). Cette estimation résulte du constat simultané de l’expansion récente de l’aire de nidification française du Souchet (sans doute liée à l’arrêt de la chasse en mars) et de l’effondrement de certains de ses fiefs, notamment la Dombes (Triplet et Trolliet in [N]). Durant les années 1970, la population rhônalpine, composée de 300 couples dombistes et de 60 couples foréziens ([R]), représentait la moitié de l’effectif français alors évalué à 600 ou 700 couples (Roux in [H]). Tel n’est plus le cas aujourd’hui puisque ne subsistent plus en Dombes (01) et en Forez (42) que quelques couples nicheurs, et seuls quelques autres reproducteurs, très marginaux, furent découverts ou suspectés en Ile Crémieu (38), en Bresse (01), en Basse Vallée du Rhône (26), en Roannais (42) ou dans le bassin lémanique. L’effondrement des populations dombistes, plus sensible encore chez ce canard que chez les autres Anatidés nicheurs, pourrait être lié à l’évolution des pratiques agricoles. Les souchets déposent en effet leurs pontes dans des prairies humides proches d’étangs et celles-ci sont très fréquemment fauchées ou labourées avant l’éclosion des couvées.

Déjà formés dans les quartiers d’hivernage, les couples nicheurs s’installent sur les étangs (et parfois les marais) en mars-avril. Ils y deviennent rapidement très discrets. La ponte peut débuter dès les premiers jours d’avril et compte généralement 10 ou 11 œufs (maximum de 13 le 30 avril 1966 en Forez). Les derniers jeunes s’envolent à la fin juillet pour entamer une dispersion estivale classique qui peut les mener vers le nord. Les reprises de bague mettent en évidence le fait que certains oiseaux nés ou nicheurs en Rhône-Alpes peuvent ultérieurement aller se reproduire fort loin, comme en atteste par exemple la reprise en mai 1966 au Kazakhstan d’un poussin bagué 4 ans plus tôt à Châtel - 42.

La migration post-nuptiale culmine en novembre (maximum de 970 oiseaux à Villars les Dombes - 01, le 5 novembre 1983 et de 960 au même endroit le 22 novembre 1993). Plus modeste, l’hivernage ne concernait ces dernières années que quelques centaines d’oiseaux fréquentant essentiellement la Dombes, le Forez et d’une manière plus dispersée les autres plans d’eau régionaux (lacs pré-alpins). Le baguage indique l’origine nordique et orientale des hivernants (pays baltes, Pays Bas, Tchécoslovaquie, Pologne, Allemagne).

Dès février s’engagent les mouvements prénuptiaux, qui culminent en mars (1 550 souchets à Villars les Dombes - 01 - le 5 mars 1981), parfois en avril (1500 oiseaux à Bouligneux - 01 - le 2 avril 1978). A cette période, les ultimes migrateurs peuvent côtoyer les nicheurs déjà cantonnés.

Le Souchet est donc d’observation encore régulière en Rhône-Alpes. Il risque cependant de ne plus pouvoir y nicher si l’évolution actuelle des pratiques agricoles n’est pas rapidement remise en cause.

Pierre Crouzier