Canard pilet

Publié le mercredi 27 février 2008


Canard pilet Anas acuta

Angl. : Pintail
All. : Spiessente
It. : Codone

Canard pilet, photo Rémi RUFER © 2008

Espèce classée gibier au niveau national. De répartition holarctique, le Canard pilet niche essentiellement dans le nord des continents européen, asiatique et américain, mais aussi de manière très marginale en Europe moyenne, en Turquie et plus exceptionnellement encore au Maroc et en Tunisie.

En France, la reproduction n’est pas prouvée avec certitude chaque année et ne concerne vraisemblablement jamais plus de 10 couples. Ceux-ci sont généralement notés dans les marais littoraux entre Bretagne et Nord-Pas de Calais, parfois dans les zones d’étangs intérieures (Dombes, Anjou, Cantal …) (Debout in [N]). L’unique indice rhônalpin de nidification retenu par le présent atlas concerne un oiseau noté au bord du Rhône, dans la Drôme, le 24 mai 1998, donc à une date remarquablement tardive. Tous les cas prouvés de reproduction rhônalpine proviennent cependant d’une autre région, la Dombes (01) :

  • le premier nid y fut découvert "dans les années 1950" (Guichard in [R] 1977) ;
  • à Birieux, une femelle accompagnée de 7 poussins non volants fut observée le 14 juillet 1975 (Czajkowsky in [R]) ;
  • à Chalamont, 5 poussins de 3 semaines et une femelle furent découverts le 27 juin 1985 (Yésou 1986) ;
  • à Marlieux, une ponte de 9 œufs (recueillie dans un labour le 14 mai 1991) permit, le 4 juin, l’éclosion en incubateur de 8 poussins.

L’année 1991 fut aussi marquée par l’observation d’une femelle au comportement d’oiseau nicheur (le 20 juin à St Germain-sur-Renon) et par la présence jusqu’au 25 mai de deux couples très attardés, à Versailleux et St André-le-Bouchoux, toujours en Dombes. En 1998, un mâle noté à Lapeyrouse (Dombes) le 4 juin, puis très régulièrement à compter du 9 août, pourrait suggérer un nouveau cas de reproduction. Hors de la Dombes, évoquons quelques données anciennes d’oiseaux observés en mai et plus rarement encore en juin (7 juin 1975 à Courtenay - Ile Crémieu, 38).
Extrêmement rare en période de reproduction, le Pilet fréquente pourtant régulièrement les zones humides rhônalpines. Les premiers oiseaux sont généralement notés dès septembre mais la migration post-nuptiale n’est réellement sensible que de mi-octobre à mi-novembre. Les hivernants sont peu nombreux et dépassent rarement une centaine d’oiseaux, la plupart des pilets migrant alors plus au sud, jusqu’en Afrique de l’Ouest. Les effectifs régionaux les plus élevés sont notés à la "remontée", en mars-avril : maximums de 348 à Lescheroux (Bresse) le 27 février 1994, de "plus de 350" à Lapeyrouse (Dombes) le 22 mars 1984, de 515 à la Truchère (Val de Saône, 01) le 4 mars 1995, de 830 à Villars les Dombes le 3 mars 2001. Deux données de baguage concernent des oiseaux tués en Dombes en octobre et novembre alors qu’il avaient été marqués en septembre et octobre aux Pays-Bas ; un autre pilet, bagué en Dombes en décembre, a été abattu l’hiver suivant sur l’étang de Berre (13). Les derniers oiseaux, souvent des couples, sont classiquement notés en Dombes, parfois en Forez ou sur le Léman, dans la première décade de mai.

Canard pilet, photo Rémi RUFER © 2008

Très marginale, la reproduction rhônalpine du Canard pilet ne semble pouvoir être favorisée que par le maintien d’étangs peu dérangés bordés de prairies inondables mais aussi et bien évidemment par une limitation des prélèvements cynégétiques (notamment hivernaux) de ce grand migrateur.

Texte : Pierre Crouzier
Photo : Rémi RUFER
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