Busard Saint-Martin

Publié le mercredi 27 février 2008


Busard Saint-Martin Circus cyaneus

Angl. : Hen Harrier
All. : Kornweihe
It. : Albanella reale

Le Busard Saint-Martin, espèce holarctique, habite les régions tempérées et arctiques de l’Europe. La limite méridionale de sa nidification se situe dans le nord de l’Espagne et les Balkans. Dans le Paléarctique occidental, le Busard Saint-Martin est plus septentrional que le Busard cendré. Absent d’Afrique du Nord, du Proche-Orient et, en Europe, d’Autriche, Grèce, Italie, Suisse et Yougoslavie, l’espèce est abondante surtout en Suède, Finlande, Grande-Bretagne, France et dans le nord de l’Espagne. Ces pays, avec les Pays-Bas, l’Allemagne, la Biélorussie, la Pologne et l’Estonie, totalisent 95 % des effectifs européens qui comprennent de 8 000 à 11.000 couples. La population française en compte à peu près le tiers, soit 2 800 à 3 500 couples. La Russie accueillerait une population de 15 000 à 20 000 oiseaux ([E]). Dans notre pays, l’espèce est bien répandue, quoique peu fréquente le long des côtes de la Bretagne et de la Normandie, en Ile-de-France, dans le Nord et l’Aisne. Elle semble absente du massif alpin, du pourtour méditerranéen, ainsi que de l’extrême nord-est. L’aire de répartition actuelle montre une nette expansion vers le nord et le nord-ouest du pays ([N]).

En Rhône-Alpes, ce Busard est bien représenté dans la moitié ouest de l’Ain, le Rhône dans sa partie sud, la Loire, le nord de l’Isère ; il est peu observé en Ardèche et dans la Drôme (en limite avec l’Isère au nord) et quasi absent des Savoie. Le Saint-Martin fréquente les régions peu élevées : plaines et basses vallées (de 200 à 450 m) ; il peut toutefois nicher à 1 000 m et plus, comme dans la Loire (Monts du Forez) où il s’est reproduit à 1 100 m dans de jeunes pousses de Sapin de Douglas (Pseudotsuga menziesii). Dans ce département, où il s’établit entre 500 et 800 m, il est rare en plaine. Son absence du massif alpin ([R]) pourrait s’expliquer par l’importance des forêts à ces altitudes. La répartition actuelle de l’espèce recouvre quasiment celle du premier atlas ([R]). Les effectifs régionaux peuvent être estimés à 150-350 couples : 20 à 60 dans l’Ain, 5 à 10 en Ardèche, 20 à 80 en Drôme, 50 à 80 en Isère, 40 à 60 dans la Loire, 15 à 30 dans le Rhône, 1 à 3 en Savoie, aucun en Haute Savoie.

En période de reproduction, le Busard Saint-Martin est observé dans les coupes forestières récentes, les jeunes plantations de résineux, les landes à genêts et de plus en plus souvent dans les cultures. Cette attirance pour ces milieux de substitution pourrait être une cause de l’extension de son aire de répartition. Dans les habitats non agricoles, l’espèce a tendance à occuper année après année les mêmes sites de nidification ([N]). Toutefois, la généralisation des cultures a entraîné la raréfaction de l’espèce en plaine de l’Ain où de nombreux nids ou couvées sont anéantis par les travaux agricoles. Dans la plaine agricole de la Bièvre (38), il bénéficie des campagnes de sauvegarde du Busard cendré. On peut penser que la diversité des sites de reproduction et une quasi sédentarité contribuent à maintenir une population stable de nicheurs. Ce Busard a également besoin de paysages ouverts pour chasser : champs, prairies, marais, etc.

Les comportements nuptiaux s’observent du début de mars à la fin de mai (tardif), en Isère du moins. La ponte, de deux à quatre œufs, est déposée dans la dernière décade d’avril ou la première de mai. On a noté dans la Loire quatre pontes de quatre œufs, une de trois œufs. Dans l’Isère, un nid contenait quatre jeunes le 20 juin 1991, deux nichées de deux et quatre poussins ont été déplacées en 1998. Les apports de nourriture à la couvée débutent à la fin de mai pour ne s’arrêter qu’au milieu ou même à la fin de juillet lors de l’émancipation. Les juvéniles volants, discrets hormis lors des apports de proie, sont visibles de la fin de juin (troisième décade) au début d’août, période à laquelle ils se dispersent. Le Busard Saint-Martin est le moins migrateur des busards européens et peu d’entre eux quittent notre continent en hiver. Toutefois, les oiseaux de Scandinavie se dirigent vers le sud et le sud-ouest, se mêlant aux populations d’Europe centrale et occidentale qui sont partiellement migratrices selon les conditions climatiques (enneigement). En France, plusieurs milliers d’oiseaux en provenance des pays nordiques viennent se joindre de septembre à décembre aux nicheurs plus ou moins sédentaires ([H]).
Dans notre région, les migrations ont surtout pour cadre les zones de plaine et ne sont donc que faiblement observées sur les cols. Ainsi, entre 1983 et 1993, des maxima assez faibles ont été enregistrés : 34 oiseaux au Fort l’Ecluse (01-74) lors de l’automne 1983, 39 à Ceyzériat (01) lors de l’automne 1990, 63 à Baracuchet (42) lors de l’automne 1993. Le passage le plus important a été noté à fort l’Ecluse (01-74) ou 102 oiseaux ont été observés à l’automne 1995. A cette saison, des mouvements sont décelables dès le début d’août et se poursuivent jusqu’à la fin de novembre au moins.

Des dortoirs hivernaux sont connus çà et là dans l’Ain, l’Isère, le Rhône, la Loire, qui hébergent généralement moins d’une quinzaine d’oiseaux. Par exception, le marais du Grand-Lemps (38) rassemble 25 à 30 individus en novembre-décembre et jusqu’à 60 oiseaux en janvier-février ; si les conditions climatiques le permettent, le nombre record de 100 oiseaux y est parfois dépassé. A cette saison, l’absence d’enneigement explique la présence à des altitudes élevées : une femelle à 1 800 m au Roc d’Enfer (74) le 2 décembre 1989, une femelle à Samoëns (74) à 2 200 m le 29 novembre 1989, 3 femelles à 2 300 m au Mont Joly (74) le 21 janvier 1990, un mâle les 26 et 27 février 1991 à Omblèze (26). Dans le Vercors, les observations hivernales sont fréquentes sur le plateau de Vassieux (1 000 m environ). La migration de printemps est perceptible du début de mars au début de mai. Le col de l’Escrinet (07) a vu migrer un maximum de 10 oiseaux en 1995 et le site de Thollon les Mémises (74), 49 en 1997.
Le maintien des populations rhônalpines du Busard Saint-Martin passe par la conservation des biotopes (landes, friches, milieux agricoles ouverts) que l’espèce affectionne et par la sauvegarde des couvées établies dans les cultures. Des mesure agri-environnementales semblent aussi contribuer à la préservation de l’espèce.

Ernest Crozet