Bruant des roseaux

Publié le mercredi 27 février 2008


Bruant des roseaux Emberiza schoeniclus

Angl. : Reed Bunting
All. : Rohrammer
It. : Migliarino di palude

Espèce paléarctique, polymorphique, le Bruant des roseaux se reproduit en Europe sur tout le continent au nord du 45ème parallèle ; il est beaucoup plus rare en région méditerranéenne et dans les Balkans. Hagemeijer et Blair ([E]) estiment la population européenne entre 3 180 000 et 4 430 000 couples. Ces auteurs indiquent que les effectifs ont baissé ou sont en train de baisser dans 23 pays concernés par l’ouvrage. En France, l’espèce se reproduit essentiellement au nord d’une ligne Biarritz – Grenoble, la race witherbyi, caractérisée par un bec beaucoup plus épais, étant présente en Camargue et sur la côte languedocienne (Ghiot 1972 ; [N]).

En Rhône-Alpes, la carte publiée dans le premier atlas ([R]) semble très optimiste car le Bruant des roseaux ne se reproduisait probablement pas en Tricastin ni dans la Basse Vallée du Rhône au début des années 1970. La carte actuelle est beaucoup plus représentative de la réalité, montrant que l’espèce est surtout présente dans les grandes régions d’étangs (Dombes, Forez), ainsi que dans la haute vallée du Rhône, dans le nord de l’Isère et dans la partie occidentale des départements savoyards. Dans le nord de la région, l’espèce est ainsi apparue dans les vallées des massifs du Chablais et Bornes-Aravis (74), sur le Bugey (01) depuis 1986, dans la plaine de Bièvre et en Trièves (38) et sur le versant ouest des Monts du Lyonnais (42). A l’inverse, elle a disparu de la vallée de la Maurienne (73), où la dernière preuve de reproduction certaine date de 1985 (Lebreton et Martinot 1998), de la Moyenne Vallée du Rhône (69, 38), du Triscastin (26), du Beaujolais Nord (69) et du Roannais (42). L’espèce est totalement absente du sud de la région en saison de reproduction et l’indice figurant sur la carte doit concerner un migrateur attardé. Cette évolution de la répartition reflète une meilleure connaissance des exigences écologiques de l’espèce, se traduisant par une meilleure prospection sur des sites favorables, mais aussi, comme cela est observé dans d’autres régions, une adaptation certaine du Bruant des roseaux à des milieux secs ([N]). La palette altitudinale utilisé par ce Bruant est large. Des preuves de nidification certaines ont été mise en évidence à plus de 1 300 m à Termignon en Maurienne (Lebreton et Martinot 1998). Ceci correspond à ce qui est observé dans des régions et pays proches de Rhône-Alpes comme le Jura, où Crouzier (in G.O.J. 1993) le mentionne nicheur vers 1 100 m dans des milieux favorables et la Suisse où l’espèce est présente à plus de 1 000 m (Géroudet 1998b). Les données régionales sur les effectifs étant trop fragmentaires, aucune estimation raisonnable n’a pu être avancée pour la période de l’enquête.

A l’origine, les lieux marécageux sont l’habitat exclusif du Bruant des roseaux, qui affectionne particulièrement les marais, lacs et bordures d’étangs. Les dépressions palustres, les zones humides tourbeuses et les landes humides sont également utilisées, quelles que soient leurs tailles (Géroudet 1998b). Dès les années 1930 cependant, une tendance à l’occupation de milieux plus secs est observée en Grande-Bretagne. Cette évolution a été ensuite perçue sur le continent, où des couples ont tendance à s’éloigner quelque peu du milieu aquatique pour installer leur nid dans des genêts, des hêtres, voire des pins au stade d’arbustes. Le Bruant des roseaux est connu pour ses fluctuations annuelles de densité.

En Dombes, Bournaud et Ariagno (1969) ont montré que la densité de reproducteurs pouvait varier très fortement d’une année à l’autre : 4 couples / 10 ha en 1967 et 11 couples / 10 ha en 1968 sur le même site. Au printemps 1968 la densité atteint 15 couples / 10 ha dans la jonchaie de Villars les Dombes. Au marais de Lavours, Cordonnier (1974) a trouvé 7,5 couples / 10 ha en phragmitaie, 3,2 couples / 10 ha en molinaie et 3,0 couples / 10 ha en prairie à Cladium. Au marais de Chautagne, Tournier (1976) indique 12 couples / 10 ha dans la cladiaie et 1,3 couples / 10 ha dans la prairie à Schoenus nigricans. Pour les périodes 1987-1988 puis 1993-1996, dans les prairies alluviales hygrophiles et mésophiles du Val de Saône, milieux bénéficiant de mesures agri-environnementales de gestion appropriées, Broyer (1998) indique des densités évoluant de 0,4 à 2,9 couples /10 ha sur une première zone de 76 ha et de 0,43 couples à 1,29 couples / 10 ha. sur une seconde zone de 116 ha (Broyer 1998).

S’il est admis que les premiers mouvements de retour se produisent dans la seconde quinzaine de février, des données iséroises récentes mettent en évidence des modalités complexes. Sur la base de plus de 1 600 données de baguage dont plus de 200 auto-contrôles, il apparaît que les mouvements de remontée des mâles commencent à la fin de janvier puis culminent dans la première moitié de février (Goujon inédit). Ensuite le sexe ratio bascule en faveur des femelles. Au delà du 10 mars, les passages, constitués à presque 100 % de femelles, sont résiduels. Les données régionales font apparaître que la migration se poursuit cependant jusqu’à la fin du mois de mars. Plusieurs centaines d’individus peuvent passer le même jour, comme observé le 8 mars 1986 en Dombes (01, n = 604 oiseaux ) ou le 7 mars 1984 à l’Escrinet (07, n = 244 oiseaux ). A cette époque, les premiers chants se font régulièrement entendre ; mais le cantonnement définitif des couples n’intervient que dans la première quinzaine du mois d’avril. Elaboré tantôt au sol, tantôt sur une branche basse et toujours très bien dissimulé, le nid accueille une ponte complète de 4 ou 5 œufs : 2x5 le 18 mai 1970 au marais de Lavours (01) et le 1er mai 1984 à Pollieu (01), 2x4 œufs, le 4 mai 1966 au Grand Turlet (01), le 25 juin 1977 à Saint-Etienne de Saint Geoirs (38), 1x3 œuf le 14 mai 1967 à Servas (01). Certains couples peuvent éventuellement entreprendre une seconde nichée, mais leur identification s’avère délicate car les pontes tardives peuvent être observées jusqu’à la fin du mois de juin. Dès le début du mois de juillet, les bruants des roseaux, toujours présents en nombre, se font très discrets pour l’observateur non averti, même si des esquisses de chants restent fréquentes. Durant cette saison, ils affectionnent les champs cultivés dans lesquels ils se nourrissent pour préparer leur voyage. Les premiers mouvements de départ démarrent brutalement durant la première décade d’octobre. La migration s’intensifie pendant tout le mois, puis diminue brutalement soit au début du mois de novembre, soit à fin de ce mois selon les années. Dans le nord de la région des passages massifs sont observés dès le début d’octobre, comme à Dardilly (69) où 155 migrateurs sont observés entre le 3 octobre et le 1er novembre 1991. Dans le sud de la Drôme (où, rappelons-le, l’espèce ne se reproduit pas), les premiers migrateurs postnuptiaux sont signalés au début d’octobre (date précoce le 29 septembre 1996 à Grignan), mois durant lequel le passage est très important, tout comme durant les deux premières décades de novembre.

Après le 20-25 novembre, la population hivernante est en place et les contrôles sur place d’oiseaux bagués sont très réguliers (Olioso 1987). L’hivernage concerne l’ensemble des districts rhônalpins de basse altitude. Le Bruant des roseaux est un hivernant commun dans l’Est Lyonnais (69), le Haut-Rhône (01, 73), la Dombes, la plaine de l’Ain (01), l’Ile Crémieu (38), le Bas-Bugey (01) et Fier-Rumilly (74). La population hivernante est stable jusqu’aux environs de la mi-février, puis les mâles commencent leur migration de retour vers le nord (1 mâle bagué le 5 février 1997 à Grignan était à Tullins - 38, 11 jours plus tard). La proportion de mâles dans les captures qui était de 62 à 63 % en décembre et janvier tombe à 59 % en février et à 31 % en mars. En avril, seules des femelles sont capturées, la date la plus tardive étant le 8 avril 1988 à Grignan. Les bruants des roseaux montrent une importante fidélité à leur région d’hivernage, revenant souvent dans un rayon d’une dizaine de kilomètres, voire sur le même site, parfois plus de 5 ans après leur première capture. Durant leur hivernage, ces oiseaux se rassemblent pour dormir dans des roselières souvent limitées à de simples fossés. Ces dortoirs observés aussi bien dans le nord que dans le sud de la région regroupent un grand nombre d’individus : en hiver 1974 plusieurs milliers d’oiseaux à Saint Maurice l’Exil (38), plusieurs centaines dans des dortoirs hivernaux de la plaine du Forez les 21 novembre et 12 décembre 1986. Dans la journée, ils se dispersent pour s’alimenter. La plus grande distance connue d’un dortoir à un site d’alimentation est de 3 500 m.

Le Bruant des roseaux est une espèce abondamment baguée en Europe et l’origine des oiseaux hivernant en Rhône-Alpes est maintenant à peu près connue. Sur 53 individus contrôlés, 19 étaient originaires d’Allemagne, 7 de Suède, 7 de Finlande, 4 de Norvège, 7 de Suisse, 5 de l’ancienne Tchécoslovaquie, 2 du Luxembourg et 1 d’Estonie et de Lettonie. Par contre, on ne sait pas grand chose des mouvements des oiseaux originaires de Rhône-Alpes. Un jeune de l’année bagué le 28 juillet 1987 à Culoz (01) était en Camargue le 26 octobre suivant montrant ainsi qu’une partie au moins de nos bruants des roseaux se déplacent vers le sud en hiver. D’autres contrôles montrent au contraire qu’une partie de ces oiseaux reste sur place, comme cette femelle trouvée nicheuse à St Laurent du Pont (38) le 27 juillet 1996 et contrôlée à Tullins (38) le 1er février 1997.

Oiseau très discret, assez peu commun pendant la saison de reproduction, le Bruant des roseaux a un statut qui reste mal connu en Rhône-Alpes. La baisse des effectifs constatée dans la grande majorité des pays européens doit renforcer notre vigilance. Un effort pour estimer les effectifs régionaux serait le bienvenu pour évaluer leurs perspectives d’évolution.

Olivier Iborra / CORA
Georges Olioso