Bouvreuil pivoine

Publié le mercredi 27 février 2008


Bouvreuil pivoine Pyrrhula pyrrhula

Angl. : Common Bullfinch
All. : Gimpel
It. : Ciuffolotto

Le Bouvreuil pivoine est une espèce paléarctique, dont la distribution est comprise entre les isothermes 12° et 21° de juillet (Cramp et Perrins 1994 a). Cette aire géographique recouvre les zones boréales et tempérées d’Europe et d’Asie ([N]). Polytypique, l’espèce appartient à un complexe systématique incluant 9 sous espèces, dont 5 dans l’Ouest paléarctique ([E]). Les effectifs de la population européenne sont compris entre 2,8 millions et 3,9 millions de couples ([E]). Mayaud (1936) donnait l’espèce nidificatrice dans toute la France, hormis la Corse. La dernière enquête nationale, comblant dans le sud ouest du pays certaines lacunes de prospection de l’enquête précédente (Yeatman 1976), confirme que l’espèce est présente sur l’ensemble du territoire national, à l’exception de la frange méditerranéenne et de la Corse ([N]). Avec une répartition uniforme, les effectifs français ne dépassant pas le million de couples ([N], [E]).

En Rhône-Alpes, le Bouvreuil pivoine peuple l’ensemble des massifs à l’étage montagnard. Son attirance pour des sites frais et humides, déjà mise en évidence il y a vingt ans ([R]), explique les variations de distribution existant entre les massifs alpins intérieurs et méridionaux. Ainsi, si les deux Savoie forment la place forte de la population rhônalpine du Bouvreuil, celui-ci présente une répartition plus espacée dans les parties montagneuses de l’Isère et de la Drôme, moins fraîches. Ailleurs, il présente une répartition morcelée en îlots de plus ou moins grande superficie, comme dans les Monts du Forez (42), dans le Haut Beaujolais (69) et, à un degré moindre, en Haute Ardèche (07), plus sèche. En plaine, sa présence reste ponctuelle et localisée, confirmant sa distribution observée il y a vingt ans ([R]). Au sud de Lyon, il est absent à proximité de l’axe rhodanien. Si sa nidification a été prouvée occasionnellement à 230 m dans l’Ain en aulnaie-frênaie, on rencontre généralement le Bouvreuil pivoine de l’étage collinéen au subalpin supérieur, de 500 à plus de 2 000 m, la majorité des contacts ont néanmoins lieu entre 1 100 et 1 800 m, du montagnard supérieur au subalpin inférieur. En Vanoise, la cote moyenne est d’environ 1 535 m, mais des variations existent selon l’exposition des versants et la fraîcheur des massifs (Lebreton et Martinot 1998).

Le Bouvreuil affectionne les lieux boisés lui procurant un couvert végétal dense à faible hauteur (Géroudet 1998b). Dans les Alpes, il est présent aussi bien dans la plupart des forêts de l’étage montagnard que dans certaines formations végétales basses de l’étage subalpin. S’il peut utiliser l’ensemble des forêts des versants montagnards, il apprécie particulièrement les peuplements forestiers variés, entrecoupés de clairières et de bouquets denses de jeunes arbres touffus. Ici, son arbre préféré est l’Epicea (Géroudet 1998 b.). Sa densité moyenne peut alors être évaluée à 4 couples pour 10 ha, valeur voisine de celles rencontrées dans d’autres lieux (Canton de vaud – Suisse- ; Rainoni in Sermet et Ravussin 1995 ; Lebreton et Martinot 1998 – massif de la Vanoise). Des différences existent cependant entre les différents milieux selon un gradient de fraîcheur et d’humidité. Les formations résineuses sont préférées : 1 couple pour 10 ha en pinède sylvestre, 4,8 couples en pessière humide, moins d’1 couple pour 10 ha en cembraie. La densité devient localement optimale avec 5,4 couples en sapinière et en hêtraie-pessière et 7,2 couples en pessière subalpine dans le Chablais (74) ([R]). Dans les formations végétales arbustives ou dans les combes les densités sont inférieures à la moyenne : 2,6 couples pour 10 ha en aulnaie verte, 1,6 couples en ripisylve (Lebreton et Martinot 1998). En plaine, le Bouvreuil utilise volontiers les massifs mixtes ou les bosquets de feuillus ; on le trouve également dans les vergers, les jardins et les parcs où il se reproduit dans les buissons d’ornement et arbres fruitiers (pommiers, noyers, dans le Bugey ; noisetier dans la plaine de l’Ain). Sa densité moyenne y est nettement moins élevée qu’en zone de montagne, de l’ordre d’un couple nicheur pour 20 ha ([R]). Cette valeur est similaire à celle observée dans le département du Jura, où la densité est inférieure à un couple pour 10 ha (Grenard in G.O.J. 1993).

Dès mars, le Bouvreuil s’installe sur son territoire. Les oiseaux montagnards quittent la plaine pour rejoindre leurs sites de reproduction. Leur date moyenne d’installation se situe dans la dernière décade de ce mois, le 21 mars (n = 17), les cantonnements s’étalant du 4 mars au 30 avril. La reproduction a lieu de fin avril à fin août. La date la plus précoce d’observation d’un nid garni est le 30 mars 1974 à Samoëns (73). En règle générale, la première ponte est déposée dès la fin d’avril, mais plus fréquemment en mai. La seconde a lieu dès la mi juin et dans le courant de juillet. Les dernières éclosions sont observées jusqu’au au - delà de la mi - août : éclosion de la deuxième ponte le 17 juillet 1972 dans la Loire, le 25 juillet 1972 à Pont Salomon (42), le 20 août 1972 à Cormaranche (01). Le nombre moyen d’œufs est de 3,7 (n = 7), cette taille de ponte correspond aux valeurs de la littérature (Géroudet 1998 b, [N]). Les pertes de juvéniles étant importantes, la taille moyenne des familles est de 2,4 jeunes seulement (n = 7). Les derniers jeunes sortent du nid au début du mois de septembre, le 2 septembre 1972 à Pont Salomon (42).

Si les oiseaux de plaine semblent sédentaires (Grenard in G.O.J. 1993, [N]), ceux des massifs alpins se livrent à une transhumance ; celle-ci démarre dès le début du mois d’octobre, puisque la date la plus précoce d’observation d’un groupe est le 2 octobre. Elle bat son plein dans la dernière décade de ce mois, en moyenne le 22 octobre (n = 15), et se poursuit plus ou moins tardivement selon les années, parfois jusqu’au début de décembre, selon les rigueurs du climat. Il faut ajouter à ces transhumants le passage des migrateurs septentrionaux qui, du début d’octobre à la mi-novembre, peut être localement significatif : 334 individus entre le 4 octobre et le 17 novembre 1987 à Ceyzériat (01), 131 entre le 4 octobre et le 15 novembre 1990 sur le même site, la taille moyenne des groupes étant respectivement de 26 et 44 oiseaux.

L’analyse des reprises de bagues met en évidence l’origine de ces oiseaux : la majorité d’entre eux, jeunes et adultes, est de Suisse, d‘Allemagne et d’Autriche. Dans la région, le Bouvreuil pivoine est un hivernant régulier car c’est la période où il est répandu à la fois en plaine et dans les massifs montagneux (Bournaud 1986). A cette saison, les oiseaux stationnent en petits groupes sur les sites offrant une nourriture abondante et facilement accessible. Selon les variations climatiques, des regroupements temporaires de plus grande taille peuvent être observés : 50 individus à Villars les Dombes (01) entre le 1er décembre 1977 et le 3 mars 1978. L’alternance irrégulière de forts et de faibles hivernages est bien connue chez cette espèce ([R]).

Depuis vingt ans, le statut de ce Fringille, principalement montagnard en Rhône-Alpes, a peu évolué. Tout au plus a-t-il peut-être renforcé les populations d’autres régions à partir des places fortes de nidification que constituent les massifs alpin et jurassien régionaux ([N]). Son apparente stabilité (géographique) correspond sans doute à la réalité (numérique).

Olivier Iborra / CORA