Bergeronnette printanière

Publié le mardi 26 février 2008


Bergeronnette printanière Motacilla flava

Angl. : Yellow Wagtail
All. : Schafstelze
It. : Cutrettola

Bergeronnette printannière , photo Rémi RUFER © 2008

La Bergeronnette printanière est de catégorie faunistique paléarctique. A bien des égards, sa répartition mondiale ressemble à celle de la Bergeronnette grise et s’étend de la péninsule ibérique et du Maroc à l’ouest à la Sibérie à l’est, en débordant quelque peu sur l’Alaska.

Toutefois, cet oiseau manque presque totalement aux régions d’Asie situées en dessous du 40ième parallèle et sa répartition en Europe occidentale et centrale est très lacunaire. Sa systématique est complexe puisque 34 sous-espèces susceptibles de se métisser se partagent l’aire de répartition. Pour certains auteurs, la sous-espèce flavissima est considérée comme une espèce distincte sous le nom de Bergeronnette flavéole. Dans notre pays, celle-ci habite presque exclusivement les régions côtières de la Manche, depuis le Finistère jusqu’à l’embouchure de la Somme ([N]). En France, la Bergeronnette printanière habite surtout les régions basses et humides. Sa répartition est homogène de la frontière belge au bassin parisien, sur le littoral atlantique du Finistère aux Landes, sur le littoral méditerranéen des Pyrénées Orientales aux Bouches du Rhône, le long des bassins de la Loire et de la Saône. Ailleurs, seules existent des populations sporadiques.

En Rhône-Alpes, des indices de reproduction ont été recueillis dans tous les départements mais des populations importantes n’existent que dans quelques districts : Dombes (01), Val de Saône (01, 69), Est-Lyonnais (69), Roannais, plaine du Forez (42), Matheysine (38), Basse Vallée du Rhône (07, 26), Tricastin (26). La reproduction a lieu généralement des plus basses altitudes au sud de notre région jusqu’à 500 m dans la Loire. Toutefois, des sites plus élevés sont occupés dans le Matheysine : un oiseau cantonné à 859 m à la Mure (38) le 4 mai 1995. Le statut de l’oiseau observé à 1 319 m le 31 juillet 1995 au Béage (07) reste à préciser. Deux types de biotopes sont fréquentés par l’espèce en Rhône-Alpes. La majorité des populations (plaine du Forez, Dombes, Est-Lyonnais, Tricastin) se reproduisent presque exclusivement dans des cultures, alors que seule celle du Val de Saône niche dans des prairies. L’hypothèse a été avancée (pour la Dombes, Broyer 1988) que l’espèce s’est adaptée à l’implantation progressive de cultures sur des sites où elle habitait autrefois des milieux prairiaux et que son absence de "l’openfield" de la plaine de l’Ain résulte du fait qu’elle n’y avait auparavant jamais peuplé la steppe originelle. Cette hypothèse est contrariée par l’installation récente de la Bergeronnette printanière dans les cultures de la plaine de l’Est Lyonnais aux biotopes primitifs semblables à ceux de la plaine de l’Ain, toujours inoccupée. Les cultures abritant les nids sont diversifiées. En Dombes, ce sont essentiellement des céréales (Blé, Orge) et le Colza. Ailleurs, la Luzerne, le Tournesol (Tricastin) et les pois (Tricastin et Est Lyonnais) sont également occupés. Les bergeronnettes printanières qui nichent dans les prairies du Val de Saône exigent un faciès particulier. Les oiseaux s’y reproduisent tant dans des prairies hygrophiles que méso-hygrophiles. La végétation doit y être dense et d’une hauteur minimale de 40 cm. L’abondance maximale de l’espèce correspond à celle de l’Euphorbe (Euphorbia esula), probablement parce que la croissance précoce de cette plante procure au bon moment à l’oiseau la végétation élevée et dense qu’il affectionne (Broyer 1988).

Bergeronnette printannière , photo Rémi RUFER © 2008

Les densités régionales de la Bergeronnette printanière sont peu connues. Elles semblent être maximales dans le Val de Saône (01) où les I.P.A. varient de 1,5 à 1,7 dans la prairie hygrophile entre 1993 et 1996 et 1,6 à 2,5 dans la prairie méso-hygrophile durant la même période (Broyer 1998). Parmi les bergeronnettes, seule la Printanière est une migratrice intégrale. Au printemps, les premiers oiseaux arrivent à la date moyenne du 19 mars (n = 36 années, entre 1961 et 1999). Les dates les plus précoces sont le 24 février 1999 à Lyon (69), le 2 mars 1984 à Pérouges (01) et les 5 mars 1973 à Saint Fons (69) et 1978 dans le Grésivaudan (38). A cette saison, la migration semble culminer de la seconde quinzaine d’avril à la seconde décade de mai. Les migrateurs restent fréquents jusqu’aux derniers jours de mai et la date la plus tardive pour leur observation est le 5 juin 1987 à Seyssel (01). Des troupes comptent parfois plusieurs centaines d’individus (maximum de plus de 300 au Grand Lemps - 38, le 13 mai 1976). Parmi elles, les oiseaux de la race type M. f. flava sont très largement majoritaires puis viennent les individus des sous-espèces thunbergi et cinereocapilla, moins fréquemment flavissima, iberiae et feldegg. Une majorité d’oiseaux de la race type se reproduisent dans notre région. Il semble toutefois que localement, dans la région de Pierrelatte, des métis, flava x cinereocapilla et même quelques flava x iberiae se reproduisent, bien qu’il soit très délicat d’évaluer les proportions de ce phénomène (Olioso com. pers). Un thunbergi chanteur a été noté le 3 juin 1968 à Pontcharra (38), un autre était cantonné le 1er mai 1985 à St Martin d’Hères (38) et des cinereocapilla avaient des comportements territoriaux à Andance (07) les 8 et 12 juillet 1974 (1 oiseau), à Meylan (38) le 5 juin 1997 (2 individus), à St Martin d’Hères (38) les 1er mai, les 4, 5 et 7 juin 1985 (3 oiseaux) et dans la Drôme le 6 juin 1997 (3 oiseaux).

Bergeronnette printannière , photo Rémi RUFER © 2008

Les données sur le cycle de reproduction proviennent essentiellement de Dombes et du Val de Saône. Dans ce dernier site, aucun couple n’entame sa reproduction avant que l’ensemble de la population ne soit installée, vers la fin d’avril. Les premières pontes complètes apparaissent début mai (des jeunes volant bien un 22 mai en Dombes suggèrent une ponte terminée le 23 avril au plus tard) et sont déposées jusqu’au tout début de juillet (derniers envols fin juillet 1995 dans les prairies hygrophiles du Val de Saône). Toutefois, la reproduction semble globalement plus tardive dans les cultures dombistes que dans les prairies du Val de Saône (Broyer 1988, 1998). Une seconde ponte annuelle a été démontrée occasionnellement en Dombes. Dès la fin de juillet, des migratrices sont notées en dehors des zones de reproduction. Les derniers oiseaux automnaux sont notés à la date moyenne du 16 octobre (n = 32 années, entre 1961 et 1998) mais au moins 6 données de novembre sont connues avec des dates tardives du 17 novembre 1972 dans le Rhône et du 30 novembre 1993 à Serrières de Briord (01). L’origine des oiseaux transitant à cette saison dans notre région n’est pas clairement connue puisque les oiseaux bagués en Suède et en Suisse et repris respectivement dans le Rhône et l’Ain l’ont été durant l’automne.

La Bergeronnette printanière ne pourra survivre dans notre région qu’à la condition que le calendrier des divers travaux agricoles soit adapté à son cycle de reproduction. Dans le Val de Saône, l’espèce profite actuellement des mesures agri-environnementales destinées primitivement à d’autres oiseaux prairiaux.

Texte : Alain Bernard
Photo : Rémi RUFER