Accenteur mouchet

Publié le mardi 26 février 2008


Accenteur mouchet Prunella modularis

Angl. : Hedge Accentor
All. : Heckenbraunelle
It. : Passera scopaiola

 Accenteur mouchet, photo Nicolas Dupieux, 2008 ©
Accenteur mouchet, photo Nicolas DUPIEUX

L’Accenteur mouchet est une espèce polytypique essentiellement européenne. Sa vaste distribution s’étend des pays scandinaves au nord en Europe occidentale jusqu’au Caucase ([E]) ; il est totalement absent du pourtour méditerranéen, à l’exception de la Sicile ([R], Vansteenwegen 1997). L’effectif européen est estimé à environ dix millions de couples, dont 300 000 pour la France, loin derrière la Grande-Bretagne et l’Allemagne qui accueillent 40 % des accenteurs mouchets européens ([E]).

En France, l’espèce est largement répandue sous deux formes, la sous-espèce nominale P. m. modularis dans la majeure partie du pays et la sous-espèce britannique P. m. occidentalis en Bretagne (Vansteenwegen 1997).

photo d'Accenteur mouchet, (c) Rouard Clément 2008

La nouvelle carte confirme les résultats obtenus lors de la précédente enquête ([R]) mettant en évidence le statut particulier de l’Accenteur mouchet en Rhône-Alpes, oiseau des étages collinéen et montagnard dont la présence est très ponctuelle en plaine. Ses préférences montagnardes sont donc confirmées ; sur les 288 mailles occupées, 83 % sont situées entre 400 et 1 300 m d’altitude et 18 % entre 1 400 et 2 500 m. L’Accenteur mouchet se rencontre jusqu’à la limite supérieure des étages montagnard et alpin : par exemple, un chanteur aux “ Blaitières ”, sous l’Aiguille du Midi, à Chamonix vers 2 300 m le 22 avril 1994.

La densité est fort variable d’un milieu à un autre. En moyenne, elle est en France de 11,6 couples pour 10 ha ([N]). En Rhône-Alpes, des densités allant de 1,6 couples pour 10 hectares en sapinière dans le Pilat à 10,4 couples pour 10 ha en aulnaie verte, dans la Vanoise, ont été relevées ([R]). L’Accenteur mouchet est donc plutôt forestier, il atteint ses meilleures densités en montagne dans les pré-bois, les lisières, les jeunes plantations, spécialement celles de conifères (Reitz in Sermet et Ravussin 1996, [R]), ou les trouées. Il apprécie les buissons, les taillis et les haies où il se glisse discrètement et fabrique son nid. En ville, il fréquente les parcs et les jardins. Vansteenwegen (in [N]) estime que la densité du couvert sous-forestier peut constituer un élément déterminant dans son habitat. Notons que, si l’espèce est bien présente dans les formations alluviales du Doubs ou de la Bresse dans le département du Jura (Berne in G.O.J. 1993), elle est rare dans la ripisylve du bord de Loire en plaine du Forez, ainsi qu’au bord du Rhône et de la Saône.

La migration postnuptiale démarre dès septembre, mais en général, c’est plutôt en octobre : première observation en plaine en moyenne le 7 octobre (n = 20). Les visiteurs d’hiver repartent dès la fin de février, laissant parfois des attardés jusqu’en avril : dernière observation en plaine en moyenne le 25 mars (n = 25). Ce schéma est identique à celui décrit par Berthelot (in [H]) pour la France. Même s’il n’y aura pas reproduction sur le secteur (par exemple plaine de l’Ain et Dombes), quelques hivernants chantent occasionnellement dès le mois de janvier, les mâles étant déjà en compétition, tandis que les migrateurs ne se cantonnent qu’en mars ou avril ([H], [N]).

En Rhône-Alpes, les pontes sont signalées entre le 20 mai et le 20 juin et comptent en moyenne 4,1 oeufs (n = 7). Les nourrissages sont observés entre le début de juin et la mi-juillet et des juvéniles volants sont vus dès la mi-juin (date la plus précoce : 5 juin 1966 - 01), et jusqu’à la mi-août, sans doute issus de secondes couvées (date la plus tardive : le 24 août 1973 - 73). Notons l’observation d’un couple d’accenteurs mouchets nourrissant un Coucou gris (Cuculus canorus) le 18 juillet 1984 aux Houches (74). Nous n’avons pas d’informations locales sur le degré de philopatrie de cette espèce. Vansteenwegen (in [N]) estime qu’il est élevé chez les adultes et chez les jeunes, tandis que Cramp (1988) précise que ce comportement est plus développé chez les femelles que chez les mâles.

Accenteur mouchet, (Prunella modularis), photo France DUMAS© 2008
Accenteur mouchet, photo France DUMAS

En Rhône-Alpes, l’Accenteur mouchet se rencontre fréquemment en plaine en hiver (Bournaud 1986). Ainsi, dans la forêt riveraine de l’Ecopôle du Forez, il est commun en janvier, mais il disparaît en mars ou avril (Juillard 1997). Selon Vansteenwegen (1997), il peut être strictement migrateur dans l’est de la France et hiverner dans le sud de la France et en Espagne. C’est sans doute le cas de cet oiseau bagué en août en Haute-Savoie et repris dans les Pyrénées Atlantiques au début d’avril. L’analyse du fichier du C.R.B.P.O. montre que les oiseaux qui hivernent en Rhône-Alpes sont originaires d’Europe du nord et du centre : Scandinavie, Allemagne de l’Est, Pays Bas, nord de la Russie et Tchécoslovaquie. Un individu marqué à l’automne 1966 au col de la Golèze (73), contrôlé à l’automne suivant dans la région de Turin, suggère que la voie de migration peut changer d’une année à l’autre. La fidélité aux sites d’hivernage est variable ([H]). Un oiseau a été contrôlé 5 hivers successifs à Verrières en Forez (monts du Forez - 42) et, sur ce même site, à 800 m d’altitude, Juillard (1999) a obtenu la preuve de la sédentarité d’un individu. L’Accenteur mouchet effectuerait aussi des transhumances : tel peut-être cet oiseau bagué à Bessans (1 700 m d’altitude) en septembre et repris à Modane (1 000 m d’altitude) au début d’avril, en Haute Maurienne (Savoie). Depuis 1850, l’Accenteur mouchet a élargi sa distribution en colonisant l’ensemble des milieux péri-urbains de l’Europe de l’Ouest ([E]). En France, le statut de l’Accenteur mouchet n’a enregistré aucune évolution sensible depuis l’enquête nationale précédente (Yeatman 1976).

Texte : Olivier Iborra, Boris Juillard
Photos : Clément Rouard, Nicolas Dupieux, France Dumas.
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