Face au retour de la loi Duplomb, des manifestations ont été organisées partout en France, dont en Auvergne‑Rhône‑Alpes.

Il y a quelques semaines, le sénateur Laurent Duplomb a déposé une nouvelle proposition visant à réintroduire des pesticides interdits en France. Une initiative perçue comme un dangereux retour en arrière par de nombreuses associations environnementales, syndicats agricoles et citoyens.

Plusieurs manifestations ont alors été organisées pour exprimer la colère et le désarroi face au retour de cette nouvelle. On rappelle que plus de deux millions de signatures avaient été récoltées pour protester contre la première version de la loi Duplomb. Aujourd’hui, le gouvernement a choisi de passer outre cette mobilisation. « C’est un véritable mépris », s’indigne Hervé Braud, apiculteur et porte‑parole de la Confédération paysanne.

© Philippe Rivière – Manifestation place Bellecour contre la loi Duplomb

Loi Duplomb 2

Rejetée une première fois par le Conseil constitutionnel,la loi Duplomb avait été jugée contraire à la Charte de l’environnement. Les Sages estimaient alors que le législateur avait « privé de garanties légales le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé », droit garanti par l’article 1er de la Charte. En conséquence, l’utilisation de produits phytopharmaceutiques contenant des néonicotinoïdes, une famille de pesticides neurotoxiques, avait été interdite.

Aujourd’hui, elle revient à la charge avec trois articles. Elle prévoit la réintroduction des deux néonicotinoïdes interdits en France mais toujours autorisés dans d’autres pays européens : l’acétamipride et le flupyradiflurone.

L’acétamipride

Pour comprendre la colère qui traverse une partie du monde agricole et de la société civile, il faut s’attarder sur l’un des pesticides au cœur du débat : l’acétamipride.

Ce pesticide est surnommé le « tueur d’abeilles ». Il agit sur le système nerveux des insectes et contribue fortement à l’effondrement des populations de pollinisateurs. S’il est encore autorisé dans plusieurs pays européens, il est interdit en France en raison de ses effets avérés sur la biodiversité.

Des études scientifiques pointent également des risques pour la santé humaine : perturbateur endocrinien présumé, potentiellement cancérogène, il est particulièrement nocif pour les femmes enceintes et les enfants. Sa réintroduction inquiète donc bien au‑delà du seul milieu agricole.

Champ de colza dans le bourbonnais (Allier)
Champ de colza © P. Rigaux

Les collectifs en colère

De nombreux collectifs et associations se mobilisent contre ce projet. Le collectif Se nourrir, dont fait partie la LPO France, aux côtés d’organisations comme Oxfam, Générations Futures ou encore Greenpeace, milite pour un droit à une alimentation saine, accessible et socialement juste.

Ils dénoncent une loi qui sacrifie la santé publique et l’environnement au profit d’intérêts économiques de court terme. Selon eux, cette réforme ignore les alternatives agroécologiques pourtant déjà mises en œuvre par de nombreux agriculteurs et agricultrices.

Dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, la mobilisation s’est soldée par plusieurs rassemblements significatifs. À Valence (Drôme), environ 300 personnes ont défilé dans les rues, reprenant le slogan « La loi Duplomb, c’est toujours non ».

À Lyon, plusieurs centaines de manifestants se sont retrouvés place Bellecour pour protester contre la proposition Duplomb, avec une forte présence de membres de la Confédération paysanne dénonçant un « retour en arrière dangereux pour la biodiversité ».

© Philippe Rivière – Manifestation place Bellecour contre la loi Duplomb

Une dernière chance de se faire entendre

Un dernier grand rassemblement est prévu à Paris mercredi 11 février aux Invalides, jour de débat sur la loi Duplomb. La LPO Île‑de‑France a déjà annoncé qu’elle y participera, aux côtés de collectifs citoyens et syndicats.

Pour les opposants à la loi, ce rendez‑vous représente une ultime occasion de peser sur le débat parlementaire et de rappeler que l’urgence agricole ne peut se faire au détriment de l’urgence écologique. Car derrière les pesticides, c’est bien la question du modèle agricole et alimentaire de demain qui se joue.

Vous pouvez aussi signer cette nouvelle pétition : https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-5103