… ou comment être content sans voir la Tengmalm
Pour le groupe « Rapaces nocturnes de la Loire », Alain Lemaitre
Le propos de cet article est la narration d’une simple sortie ornitho. Pas n’importe quel oiseau, celui d’un oiseau mythique pour beaucoup d’ornithologues : la nyctale de Tengmalm, une des petites chouettes de montagne présente dans notre département…
Beaucoup de passionnés l’ont entendu, peut être entre-aperçu, mais jamais bien vu, en raison de son caractère nocturne bien prononcé. En réalité, cette sortie était axée sur le nettoyage de 5 nichoirs pour préserver cette espèce, nichoirs posés l’an passé…

Une sortie « nichoirs »
Au commencement de cette petite histoire, c’est la juxtaposition de plusieurs actions dans le massif du Pilat, datant déjà de 2023.
Tout d’abord, la recherche des secteurs probables de présence de l’espèce : écoute nocturne avec « repasse », c’est à dire incitation par diffusion du chant à faire réagir un mâle présent (réponse auditive ou déplacement sur son territoire). La recherche a été effectuée à l’hiver 2023, prospection organisée par Simon Arnaud, salarié LPO Loire, avec l’assistance de nombreux bénévoles. (*)
Dans un second temps, après avoir repéré une zone de présence (par « triangulation » pour cerner un périmètre), il a été effectué une recherche des cavités possibles de gîte ou nidification. Ces cavités, les « loges », sont souvent le fruit du travail du pic noir, qui laisse un trou de bonne taille pour la chouette de Tengmalm. Le pic noir creuse ces cavités dans des arbres vivants, de préférence des feuillus, comme le hêtre. Enfin, si la présence est confirmée, mais qu’il a été impossible de repérer les loges, ou pour agrandir son territoire de chasse et/ou inciter l’espèce à nicher, la pose de nichoirs est conseillée. C’est ce qui a été effectué fin 2023, par un groupe d’étudiants, sous l’impulsion de Simon Arnaud et de Bertrand Tranchand.
La découverte du secteur des nichoirs
Après le quart d’heure de marche nécessaire, c’est la découverte pour les bénévoles présents du secteur de Panère, dans le massif du Pilat, plus exactement sur la commune de Saint-Régis-du-Coin. Là, certains propriétaires forestiers ont accepté de contribuer à protéger la Tengmalm en laissant à disposition certains arbres pour la pose de nichoirs.
Si la forêt est magique, les conditions météo nous font réaliser à quel point il est assez difficile d’y circuler sans laisser quelques gouttes de sueur, encore plus difficile d’y travailler pour les forestiers, mais surtout d’y vivre pour les animaux locaux, dont notre petite Tengmalm !

Les nichoirs : difficile d’intervenir !
Fort heureusement, Simon dispose des données GPS pour localiser les nichoirs posés. Notre objectif est de les retrouver, de vérifier s’ils ont été occupés, voire s’ils sont occupés et de les nettoyer.

Simon, Joël, Yannick et votre serviteur arrivent au 1er nichoir, après avoir emporté l’échelle télescopique de la LPO. Un simple coup d’œil, mais il semble qu’il ne dispose pas de trappe de visite, déception. Vu les conditions météo et la hauteur du nichoir, quelques précautions de sécurité s’imposent : équipement du grimpeur pour s’accrocher (harnais et crochets) et l’échelle sera tenue par 2 personnes pour éviter le dérapage de la base (et la vrille de la tête de l’échelle, puisque télescopique).
Avant d’escalader, nous grattons le tronc, en espérant voir une petite tête sortir… peine perdue ! (cela imite le crissement des griffes de la martre des pins). C’est Simon qui va grimper, expert en sécurité ! Joël (sur la gauche) et Yannick maintiennent le fut de chaque côté de l’échelle.
Simon confirme qu’il n’y a pas de trappe de visite, même par le toit. Il sera donc impossible de le nettoyer en place. Il inspecte toutefois l’intérieur par le trou d’accès avec une frontale, rien ! il est vide et n’a pas été occupé.
Brève discussion entre les participants : la décision est prise de laisser le nichoir tel quel, sur place sans nettoyage.
En effet, vu le poids du nichoir et la nécessité de l’arrimer pour le descendre, il y a trop de risque de ballant et de chute, avec la neige.
La matinée s’écoule, nichoir après nichoir : aucun n’a été occupé cette année. Cependant, deux d’entre eux ont trouvé preneur avec des guêpes !

Avant de redescendre sur Saint Etienne, comme pour toute sortie bénévole, c’est la pause syndicale : bonne humeur avec café, thé et chocolat chaud ! Chacun a apporté un petit quelque chose pour le bien être de tous… Les mains se réchauffent et une synthèse est vite effectuée de la matinée.
Des futurs nichoirs à construire !
Dans l’échange, une décision est prise : il faudra changer ces nichoirs pour les aménager avec une trappe de visite (pour nettoyage et contrôle). Alain se propose de les réaliser pour une pose à l’automne 2025, après la saison actuelle. Les nichoirs contrôlés seront ainsi descendus et réaménagés pour une pose ultérieure (des beaux nichoirs en bois massifs réalisés par les étudiants).
Il est vite proposé de construire des nichoirs « à toit basculant ». La martre des pins a en effet la fâcheuse manie de visiter les cavités des arbres pour trouver à se nourrir. Ainsi, les loges des chouettes de Tengmalm n’y échappent pas : 80 % des nichées seraient ainsi détruites, selon Michel Beaud naturaliste suisse (**) C’est ce même ornithologue qui a imaginé dès 1995, un nichoir avec un dispositif très particulier : le toit basculant ! Les autres dispositifs pour empêcher la martre de s’introduire ne marchent pas (l’exemple d’un bout de PVC autour du trou d’accès est accepté par la hulotte, mais pas par notre petite chouette…) Il existe toutefois la difficulté de réaliser le dispositif de protection : découpe d’une tôle épaisse en deux morceaux (peints) et de solidariser les 2 parties avec une charnière « piano ».

Alain s’y est penché et butte actuellement sur ce dispositif de tôles… En revanche, il peut toujours être effectué la pose des 2 tôles en fixe, cela protégera beaucoup mieux un nid ou un gîte, la martre glissant sur le toit et ne pouvant accéder par les 3 cotés. Michel Beaud, en bon protecteur de la nature, conseille d’ailleurs d’accrocher les nichoirs à moins de 8m pour ne pas blesser la martre !
De belles perspectives pour la Loire !
Nous sommes revenus contents de cette sortie, dynamisés par l’effet collectif des perspectives d’action pour la sauvegarde de l’espèce. La période de la fin septembre ou début octobre 2025 est arrêtée pour la pose de nouveaux nichoirs, plus adaptés. Les 5 nichoirs qui seront retirés, auront eux aussi une seconde vie, avec un aménagement en tôle pour sécuriser au maximum une nichée.
Plusieurs mois ont passé depuis notre « expédition au pays des petites chouettes », et depuis nous sommes encore plus déterminés. En effet, la LPO France a pris à bras le corps, le constat alarmant de régression des effectifs de Tengmalm en lançant une opération ciblée de dons. La fabrication des nichoirs (bois, tôle, charnière, découpe…) est en effet la plus onéreuse.
On pourrait envisager qu’un chantier de construction et de pose de nichoirs adaptés puisse être effectué sur tout le département, Pilat, comme les Monts du Forez, non ?
(*) En savoir plus sur le Groupe « Rapaces nocturnes ».
(**) Michel Beaud : Nos Oiseaux 43 : 187-192, 1995. (Contribution à l’Année européenne de la conservation de la nature 1995) « Protection de la Chouette de Tengmalm (Aegolius funereus) grâce au nichoir à toit basculant ».
Bibliographie, pour encore plus de précisions sur les nichoirs : « Actes du 39e colloque interrégional d’ornithologie, Yverdon-les-Bains (Suisse), 1999. Nos Oiseaux, suppl. 5, pp. 41-51 (2001) » Choix du site de nidification chez la Chouette de Tengmalm Aegolius funereus: influence des nichoirs – Pierre-Alain RAVUSSIN, Daniel TROLLIET, Laurent WILLENEGGER, Daniel BÉGUIN & Guy MATALON
