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Aménager une mare

Le nombre de mares diminue aujourd’hui fortement, en même temps que disparaissent les usages traditionnels qui avaient conduits à leur création. Elles sont comblées, polluées, ou finissent par disparaître naturellement du fait d’un manque d’entretien. On estime avoir perdu près de 90 % des mares depuis le XIXème siècle.

L’existence de réseaux de mares, proches les unes des autres, est cruciale pour le maintien des populations de certaines espèces. C’est particulièrement le cas pour les amphibiens qui sont des espèces aux capacités de déplacements limitées.

Mare au jardin
Mare - Jean-François Siegel

Créer une mare

Avant d’engager des travaux, il faut vérifier la compatibilité du projet avec la réglementation :

  • Une mare doit être implantée à une distance minimale de 50 m des plus proches habitations.
  • Pour un aménagement supérieur à 1 000 m², une déclaration (ou une demande d’autorisation) doit être faite auprès de l’administration (DDT) en charge de la police de l’eau.
  • Une demande d’autorisation doit dans tous les cas être formulée auprès de la mairie, qui vérifiera la compatibilité du projet avec les documents d’urbanisme (Plan Local d’Urbanisme ou Plan d’Occupation des Sols).

Choisir l’emplacement

Plusieurs paramètres vont orienter le choix de l’emplacement de la mare.

  • L’alimentation en eau est un facteur déterminant. Elle peut provenir de nappes d’eau superficielles ou encore du ruissellement. Il est ainsi toujours préférable de créer une mare dans un point bas d’une parcelle où l’impluvium (zone de captage des eaux pluviales) est le plus important.
  • L’ensoleillement est également à prendre en compte : la lumière est nécessaire au développement de la végétation aquatique qui permet l’oxygénation de l’eau et constitue le support de la vie dans la mare. La présence d’une végétation trop luxuriante sur les berges est une source d’apport régulier de matière organique (feuilles) qui consomme de l’oxygène pour se dégrader et entraîne l’envasement de la mare. Un ombrage partiel peut cependant être recherché pour minimiser l’évaporation dans les mares faiblement alimentées en eau.

S’assurer d’une rétention de l’eau suffisante

Il est naturel, dans le fonctionnement d’une mare, que le niveau d’eau fluctue au cours des saisons. Certaines mares s’assèchent complètement en été (on parle alors de mares temporaires) et peuvent accueillir une flore et une faune originales.

Il faut malgré tout s’assurer que l’eau reste suffisamment longtemps pour permettre aux espèces aquatiques d’accomplir leur cycle de reproduction.

Pour implanter une mare, il faut donc préférer des parcelles aux sols argileux, naturellement plus imperméables. Des solutions d’étanchéification existent cependant dans le cas d’une implantation sur des sols trop drainants :

  • par l’apport d’une couche d’argile qui sera compactée sur toute la surface de la mare
  • par la pose d’une bâche synthétique. Il est dans ce cas préconisé l’emploi de caoutchouc EPDM, matériau inerte, très résistant aux intempéries, à la lumière et au froid, qui peut être recyclé. Il est conseillé de faire reposer la bâche sur un lit de sable ou un géotextile pour éviter les risques de perforation par les pierres. Une partie de la terre déblayée pour creuser le trou peut être remployée pour tapisser le fond de la mare et favoriser le développement des végétaux.

Aménager un milieu propice au développement de la vie aquatique

Le profil de la mare jouera un grand rôle dans sa capacité à accueillir une flore et une faune diversifiées. Quelques principes sont à respecter :

  • Des contours de berges sinueux et des paliers de profondeurs variées pour diversifier les habitats.
  • Une profondeur maximale suffisante, comprise entre 100 et 150 cm, permettant de conserver des zones à l’abri du gel l’hiver.
  • Des berges en pentes douces, qui permettront l’installation de ceintures de végétation diversifiées, et faciliteront les déplacements des animaux entre le milieu aquatique et le milieu terrestre.
Dessin : Camille Combes

Gérer une mare

L’entretien courant :

Pour conserver leur attrait pour la faune et la flore, les mares ont généralement besoin d’un entretien régulier. Il faut en particulier veiller à maintenir une zone d’eau libre, exempte de végétation, suffisamment vaste. Plusieurs opérations de gestion visant à contrôler le développement de la végétation peuvent être distinguées :

L’écrémage : il consiste à ramasser les végétaux non enracinés et flottants à la surface de l’eau pour limiter leur extension. Il est notamment préconisé sur les lentilles d’eau. Si celles-ci reviennent de façon récurrente, cela peut venir d’un dysfonctionnement de la mare (pollution organique par exemple).

Le faucardage : il s’agit de la coupe des parties aériennes des plantes aquatiques. Il permet de limiter l’apport de matière organique et rajeunir le peuplement végétal. Sur certaines espèces (roseau, massette…), l’arrachage peut s’avérer plus efficace car il permet de retirer une partie de l’appareil racinaire des végétaux.

Le fauchage : il concerne la végétation herbacée des parties hautes de berges. Il permet de prévenir l’installation d’une végétation ligneuse et d’augmenter la diversité des espèces végétales.

L’élagage : si des arbres sont situés à proximité de la mare, il peut être nécessaire de les tailler de temps en temps pour limiter l’apport de matière (feuillage, branche) et favoriser l’ensoleillement.

La restauration : l’envasement d’une mare est un processus naturel ; il résulte de l’accumulation de matière provenant généralement des plantes se développant dans ou aux abords des mares. Lorsque cette couche de vase devient trop importante et que la mare se comble, il peut être nécessaire de réaliser un curage des sédiments accumulés. Il s’agit d’une opération lourde qui peut être traumatisante pour le milieu, il faut donc la programmer avec parcimonie.

Ce curage peut être réalisé manuellement ou mécaniquement en fonction de l’importance des volumes de sédiments à extraire. Dans les deux cas, il faut veiller à ce que les travaux ne dégradent pas l’étanchéité de la mare (couche d’argile ou bâche artificielle).

Le curage peut être réalisé manuellement ou mécaniquement en fonction de l’importance des volumes de sédiments à extraire. Ces vases pourront être laissées à proximité de la mare pendant quelques temps, pour permettre aux graines, larves aquatiques et autres espèces contenues dans les sédiments de regagner la mare pendant leur ressuyage (écoulement de l’eau).

 

Quelques principes sont à respecter pour minimiser l’impact des travaux de gestion sur la faune et la flore :

  • Le choix de la période : les interventions doivent être réalisées de préférence en automne (octobre-novembre) ou à défaut en début d’hiver, périodes les moins dérangeantes pour la faune,
  • Il est toujours préférable d’échelonner les opérations en n’intervenant que sur une partie de la mare à chaque fois : cela s’applique au curage mais aussi à la gestion de la végétation. Les travaux peuvent ainsi être programmés sur 3 années, en n’agissant chaque année que sur 1/3 des surfaces à traiter.

 

La LPO peut vous accompagner dans vos projets de création de mares et vous apporter des conseils pour leur gestion. N’hésitez pas à nous contacter !

Mare artificielle
Mare - LPO AuRA

Des poissons dans la mare ?

Les mares ne constituent pas naturellement des habitats pour les poissons car leur fonctionnement induit des période d’assec qui ne permettent pas aux poissons de survivre, contrairement aux autres habitants des mares qui peuvent s’en accommoder.

La présence de poissons, qu’ils soient carnivores ou herbivores, déséquilibre le fonctionnement de la mare : prédation sur les larves d’insectes et les amphibiens, broutage de la végétation aquatique, affouillement de la vase entraînant la turbidité de l’eau…

Il faut donc éviter toute introduction de poissons dans une mare et, si cela est possible, les retirer quand ils sont déjà présents.

Et les moustiques ?

Les mares ne causent pas d’invasions de moustiques ! Une mare équilibrée accueille au contraire quantité de prédateurs de ces insectes : amphibiens, notonectes, coléoptères et larves de libellules… ils sont tous friands des larves et nymphes de moustiques !