Fin août 2026, la saison de nidification des aigles royaux touche à sa fin dans les Alpes du Nord.
La majorité des aiglons, ceux qui ont survécu aux canicules, ont pris leur envol courant juillet. Sauf au Lanfonnet en Haute Savoie. Fin de la première semaine d’août, il est encore à l’aire. Celle-ci connue depuis environ dix ans n’a jamais vu d’envol de jeunes (Cf. JP Materac, LPO AURA délégation 74). Un observateur attentif suit les efforts de l’aiglon, qui doit impérativement se muscler avant le décollage. C’est Pierre Tardivel, passionné de grands rapaces.
L’aire est située en face Ouest ; à l’ombre toute la matinée, elle s’éclaire progressivement vers onze heures. Mais rapidement, les premiers parapentes apparaissent et c’est bientôt un flux continu comportant nombre de bi-placeurs avec leur passager. La bulle de quiétude est pourtant mentionnée sur l’application Biodiv-sports. L’aiglon se réfugie alors dans la cavité qui prolonge l’aire dans la paroi. Pourquoi est-il encore à l’aire ? Est-ce une ponte tardive ou une ponte de remplacement ? Bien difficile à dire.
Un message d’alerte est alors envoyé aux écoles de vol libre, au club des Chamois Volants, au Comité Départemental de Vol Libre 74 ainsi qu’à la mairie de Talloires qui prend le relais auprès des bi-placeurs professionnels.
Le 13 août, nouvelle journée de suivi : à 8h30, l’aiglon est toujours à l’aire. Il bat des ailes frénétiquement sur le bord de celle-ci. Un déplacement des observateurs pour trouver un meilleur angle de vue fait se relâcher l’attention. Quand la surveillance reprend, l’aiglon n’est plus à l’aire. Soudain, un adulte apparaît. Un second oiseau surgit dans la combe. C’est le jeune, cocardes blanches et queue rayée de noir et blanc bien contrastée. Le Lanfonnet voit son premier aiglon décoller depuis bien longtemps.

Sur ce site, l’un des plus fréquenté des Alpes du Nord par le vol libre, c’est remarquable. Entre parapentistes locaux, l’aiglon a été baptisé Staki, en l’honneur d’un d’entre eux, passionné également de rapaces, qui a fait remonter l’information concernant l’aire occupée cette saison.
Plus au Sud, dans le massif des Bauges, le site de Roche Torse, dans les faces Est qui dominent la Combe de Savoie, a vu s’envoler l’aiglon du couple local. C’est confirmé le 6 août. Là aussi, la fréquentation du site par les parapentistes, les jours où l’aérologie est favorable, peut être importante. Lors d’une surveillance de l’aire, le 3 juillet, l’un d’entre eux, d’origine pyrénéenne est observé « enroulant » devant l’aire occupée. Après discussion avec ce même parapentiste, il reconnaît avoir utilisé l’application SPOTAIR pour préparer son vol, mais il n’était pas au courant des bulles aigle royal téléchargeables sur l’application Biodiv-sports. Problème d’intégration de l’information sur une application (SPOTAIR) largement utilisée par les « volants » ?
Toujours dans le massif des Bauges, une nouvelle aire occupée a été découverte sur un conifère en face Ouest du massif de la Dent de Cons lors d’une journée de suivi aigle royal avec le Parc Naturel Régional des Bauges.
Bien en amont, dans la haute vallée de Tarentaise, à Val d’Isère exactement, le couple reproducteur a vu l’aiglonne chuter du nid. Cette dernière ayant été équipée d’une balise GPS à l’âge de 50 jours, poids 5 kg, par Mylène Herrmann, agent du Parc national de la Vanoise, dans le cadre d’un programme de suivi de la « dispersion » des jeunes aigles, a pu être localisée au bas de la falaise. Après une matinée de recherche, le 19 juillet, elle est retrouvée et observée à distance par des observateurs qui assistent également à un nourrissage en milieu de journée. L’aiglonne se porte bien.
Le club local de parapente, les Aigles de Val d’Isère, par l’intermédiaire de son président, communique à ses adhérents sur la situation de l’aiglonne. Il est demandé d’éviter le survol du secteur pour permettre aux adultes de poursuivre le nourrissage du jeune en attendant son envol. Il ne tardera pas. Et le premier août, Dana, nom donné à l’aiglonne par le club de Val d’Isère, traverse la vallée pour aller prospecter le versant en face côté Bailletta.

Changement de vallée, côté Grésivaudan, on se retrouve à deux pas du site de décollage le plus fréquenté de la région, Saint-Hilaire. Lors de la seconde matinée de suivi du couple présent dans le vallon le 29 juin, surprise, un aiglon est présent dans la quatrième aire connue. C’est l’aire la plus en aval dans le vallon. L’aiglon se porte bien. Il doit voir passer des dizaines et des dizaines de parapentes entre 300 et 400 mètres au-dessus du nid car c’est la transition, le cheminement « obligatoire » entre Château Nardent et le début de la falaise du Saint-Eynard. Merci à Joseph Lotito (agent ONF) qui nous a permis l’accès à la Combe ainsi qu’à Pierre Tardivel et Luc Mortier pour leur implication dans le suivi de ce couple.
Enfin, toujours en Isère, au Moucherotte, où l’APPB (arrêté préfectoral de protection de biotope) a pris effet dès janvier 2026, la bonne nouvelle arrive. Le couple d’aigles local a pu élever un jeune qui a pris son envol. A noter sur ce secteur le dialogue établi entre les gestionnaires de l’ENS (espace naturel sensible) et les parapentistes locaux tel le club du Duck.
Retour dans les Bauges où la saison semble meilleure que celle de 2025 qui n’avait pas connu de succès de reproduction. Les raisons d’une réussite ou d’un échec sont multifactorielles : météo, dérangements, compétition inter-espèces, etc.
Les aigles recolonisent des territoires. Se dirige-t-on vers une saturation de l’espace occupé par l’espèce ? Ce sont les prochaines années qui nous le diront, ceci, grâce à la patience et l’énergie fournies par le réseau d’observateurs et tous ceux qui font la synthèse de leurs observations.
Merci à eux.
Blanchin Hervé, adhérent LPO et observateur, membre du réseau de suivi rapaces dans le massif des Bauges et référent Rapaces à la Ligue Auvergne Rhône Alpes de Vol Libre.