Une équipe de bénévoles de la LPO du secteur du Gier, passionnés par la migration, a décidé de relancer cette année un suivi des passages migratoires sur le site de La Barbanche, dans le nord Pilat, en bordure immédiate de l’agglomération stéphanoise. Une initiative guidée par la fascination pour ce phénomène et qui s’inscrit dans la continuité d’une présence plus ancienne des observateurs… et des oiseaux.

INFOS PRATIQUES :
 
Localisation : le Plt de la Barbanche (chemin en direction de l’auberge « Gites et loisirs de
la Barbanche »), point GPS 45°23’23.1″N 4º28’56.7″E
 
Contact et renseignements : L. Essertaize, lessertaize@gmail.com ou 06 71 79 19 26 ou loire@lpo.fr.
 
Pour participer : pour celles et ceux qui souhaiteraient participer plus assidûment au comptage, vous pouvez vous inscrire pour des demi-journées via le calendrier en ligne disponible à l’adresse
https://beta.framadate.org/polls/2b4b0434254fdc54a2ca

La migration est un phénomène puissant du vivant qui pousse par instinct et/ou apprentissage des milliards d’individus (oiseaux principalement) à venir se reproduire dans les régions les plus favorables à l’élevage des jeunes ou au contraire à regagner des lieux de vie plus habitables en hiver (sud-ouest de l’Europe, Afrique sub-saharienne voire encore plus loin… pour ceux nés ou s’étant reproduits en Europe).

La nouvelle plateforme d’observation , installée au col par le Conseil départemental, utilisée ici lors de l’observation de la migration en octobre 2025 © Henri Colomb

Le Pilat et la Barbanche, lieux de passages importants

Si elle se fait « partout », le Pilat et plus particulièrement le col de la Barbanche, situé sur la route D8 entre Saint-Etienne et Le Bessat, est l’un des lieux d’observation privilégié du phénomène en automne, bien connu des chasseurs comme des ornithologues. Déjà en 1972 pouvait-on lire dans la revue du Centre ornithologique Rhône-alpes :

« Si la migration prénuptiale (NDLR :migration qui a lieu au printemps vers les lieux de reproduction) ne revêt jamais dans le Pilat un caractère très spectaculaire, il en va tout autrement du passage d’automne, depuis toujours connu des chasseurs. (…) Le col de la Barbanche (…) à 1.040 m d’altitude, forme une dépression d’une cinquantaine de mètres par rapport aux crêtes environnantes : celles-ci s’ouvrent sur le versant septentrional en un cirque de 2 km de large et la pente moyenne en direction de la vallée du Gier, distante d’une douzaine de km, atteint 6% environ. Orienté Nord-Est/Sud-Ouest, le col de la Barbanche est, avec ceux du Planil et du Tracol, l’un des points du massif où le passage présente la concentration la plus perceptible […] Contrairement à ce qu’on pourrait penser a priori, la vallée du Rhône, rigoureusement axée Nord-Sud, n’est pas très favorable à la migration d’automne, dont l’orientation primaire est trop fortement marquée selon l’axe général européen Nord-Est/Sud-Ouest pour s’en voir détournée par des facteurs topographiques somme toute mineurs, comparés par exemple au cas des Alpes ou d’étendues marines ». 1

Le col se présente donc dans l’axe du principal sens de migration post-nuptiale européen et permet ainsi de faire exactement face aux oiseaux arrivant guidés par une topographie « en entonnoir » qui tend à les concentrer sur ce passage. Le tout permet alors de les voir « franchir » à une distance respectable des observateurs. De superbes rapaces telles les bondrées apivores ou les milans noirs et royaux ou de plus petits passereaux comme les hirondelles en cortèges massifs ou les guêpiers d’Europe… se découvrent alors au regard émerveillé de ceux venus à leur rencontre !

La topographie du col de la Barbanche telle que présentée par un dessin à main levée dans : J.D. Lebreton, sans titre, section de sciences naturelles de la SASABL, janvier 1968.

Une histoire du suivi à la Barbanche

C’est à la fin des années 1960 que le site acquiert ses 1ères lettres de noblesse en matière de suivi de la migration. Durant les automnes 1967-68-69 en effet, une équipe de pionniers, guidés notamment par une ornithologue Saint-Chamonaise, Hélène Braemer et par le Stéphanois J.D. Lebreton2, baguent et recensent oiseaux locaux et migrateurs, afin de mieux connaître l’avifaune du Pilat dans la perspective de la création du futur parc naturel régional (finalement labellisé en 1974). Les captures visant le bagage permettent notamment de mettre en évidence d’importants cortèges de pinsons des arbres, bruants jaunes ou pipits farlouses3… en plus du passage déjà bien connu des hirondelles et pigeons ramiers par exemple.

En 2007, un autre moment important du suivi de la migration à la Barbanche est aussi mis en œuvre par la LPO Loire, dans le cadre d’une étude d’impact préalable à l’implantation d’un parc éolien sur le site du Sapey, à proximité immédiate du col, projet finalement abandonné.4

Quelques 115 heures sur 13 journées de suivis sont effectuées : elles mettent alors en évidence d’importants passages de pinsons des arbres ou d’hirondelles notamment, mais aussi de chardonnerets élégants, bergeronnettes grises, alouettes, tarins des aulnes, linottes mélodieuses, bondrées apivores, etc.

Trajectoires d’oiseaux en migration active au cours du mois de septembre 2007 (réalisation BIOTOPE GREET), reproduit d’après LPO Loire, Etude d’impact sur l’avifaune du projet d’implantation d’un parc éolien sur le site du Sapey, commune de Saint-Etienne, p.13)

Entre temps et jusqu’à aujourd’hui, quelques passionnés ont poursuivi l’observation de la migration à La Barbanche, mais ce suivi s’est fait de façon plus erratique. Cependant, le site, toujours connu pour accueillir ces suiveurs, a depuis bénéficié de l’aménagement d’une plateforme d’observation en bois, financée par le Conseil départemental, dans le but d’améliorer le confort des ornithologues.

Le retour d’un suivi organisé en 2026

Pour 2026, c’est un suivi de la migration post-nuptiale bénévole mais structuré qui est à nouveau mis en œuvre, avec l’objectif de l’inscrire dans la durée. Les suiveurs impliqués ont souhaité redémarrer avec un programme modeste mais tenable, assurant une présence sur 6 week-ends, depuis la fin du mois d’août (week-end du 29 et 30 août) jusqu’au début du mois d’octobre (week-end des 3 et 4 octobre), clôturant l’initiative au moment des Journées européennes de la migration.

Le point d’observation permet aussi de sensibiliser à la biodiversité les nombreux visiteurs, promeneurs, randonneurs, cyclistes, qui fréquentent ce site péri-urbain tout proche de Saint-Etienne © Henri Colomb

Au final, plusieurs générations d’ornithologues amateurs se sont d’ores-et-déjà retrouvés autour de cette initiative et l’accueil du public sur le site fréquenté de La Barbanche participera également à la diffusion de la connaissance de ce phénomène presque unique dans le monde du vivant !

Cet article a été rédigé par Laurent Essertaize, bénévole à la LPO AuRA dans la Loire, coordinateur du groupe de suivi de la migration à la Barbanche et relu par Henri Colomb, membre du Comité Territorial.


Notes de bas de page :

  1. Ph. Lebreton, M. Thévenot, J.D. Lebreton & H. Braemer, « Etude ornithologique du massif du Pilat », Alauda, vol. XV, N°1-1972, p.42, Centre ornithologique Rhône-Alpes. ↩︎
  2. Directeur de recherche émérite au CNRS, mathématicien et ornithologue, spécialiste notamment de la dynamique des populations d’oiseaux et des méthodes d’estimation des paramètres démographiques, membre de l’Académie des Sciences. ↩︎
  3. Ph. Lebreton, M. Thévenot, J.D. Lebreton & H. Braemer, op.cit., p.40. ↩︎
  4. Voir notamment, LPO Loire, « Etude d’impact sur l’avifaune du projet d’implantation d’un parc éolien sur le site du Sapey, commune de Saint-Etienne. » ed LPO & Biotope, s.d. ↩︎