Photographier la nature est une pratique passionnante. À la LPO Auvergne-Rhône-Alpes, nous collaborons régulièrement avec des photographes naturalistes, amateur·ices comme professionnel·les, dont les images permettent de faire découvrir au plus grand nombre la richesse de la biodiversité.

Ces photographies jouent un rôle précieux dans la sensibilisation à la protection du vivant. Mais nous constatons également sur le terrain que certaines pratiques peuvent avoir des conséquences importantes sur les espèces sauvages et leurs habitats. La recherche d’une image exceptionnelle ne doit jamais se faire au détriment de l’animal photographié.

À l’heure où la biodiversité connaît un déclin sans précédent, chacun a un rôle à jouer pour limiter son impact. En tant qu’association de protection de la nature, il nous paraît essentiel de partager quelques repères afin que la photographie naturaliste demeure avant tout respectueuse du vivant.

Renard roux © Guillaume Allemand

Savoir reconnaître le dérangement

Le printemps est une période particulièrement sensible pour de nombreuses espèces. C’est le moment de la reproduction, de la nidification et de l’élevage des jeunes.

Pour les oiseaux, un dérangement trop important à cette période peut les empêcher de nidifier ou leur faire abandonner leur nichée si la pression devient trop importante. Certains photographes ne mesurent pas toujours le dérangement que leur présence provoque sur la faune sauvage. En étant attentif, quelques signes peuvent vous alerter :

Les oiseaux émettent différentes vocalises : certaines sont des chants ayant pour but d’attirer des femelles ou de défendre un territoire ; d’autres sont des cris d’alarme. Un oiseau criant près de vous peut vous signaler la présence d’un nid. Vous pouvez apprendre à faire la distinction entre les chants et les cris d’alarme en consultant les sites internet chants-oiseaux.fr ou xeno-canto.

D’autres signes doivent également alarmer : un oiseau restant perché non loin de vous pendant un moment avec de la nourriture dans le bec est souvent le signe qu’il n’ose pas retourner nourrir ses petits à cause d’une présence jugée menaçante. Certains oiseaux comme les rapaces, les goélands ou les oies feignent d’attaquer ou attaquent lorsque des potentiels prédateurs sont trop près de leur nid. D’autres, notamment les oiseaux nichant au sol comme le gravelot, l’avocette élégante ou l’œdicnème criard, feignent d’être blessés en faisant pendre leur aile afin d’éloigner les prédateurs du nid. Tous ces comportements sont des signaux de stress qu’il est essentiel de repérer et de prendre en compte. Un dérangement au mauvais moment peut avoir de graves conséquences.

Nos suivis de terrain montrent que le dérangement humain a des impacts importants sur le cycle de vie des animaux. Des abandons de nichées ont notamment été constatés chez des espèces sensibles comme le Gypaète barbu, le Grand-duc d’Europe ou le Guêpier d’Europe. Pour des populations parfois fragiles, chaque échec de reproduction compte.

Les mammifères ne sont pas épargnés. Si vous découvrez un jeune au sol lors d’une promenade, il est préférable de ne pas l’approcher ni tenter de le photographier de près. Votre présence et votre odeur peuvent perturber le comportement des parents ou attirer l’attention de prédateurs.

Le dérangement ne concerne pas uniquement la période de reproduction. En hiver, lorsque les ressources alimentaires se raréfient, chaque fuite représente une dépense énergétique importante. Chez les oiseaux migrateurs, une perturbation lors d’une halte peut compromettre la poursuite du voyage.

Parfois, la meilleure décision consiste simplement à renoncer à la photographie pour mieux préserver les animaux que vous admirez.

Un gypaète barbu, très grand rapace au plumage foncé, sauf la tête couleur chamois. Il a une moustache à la base du bec.
Gypaète Barbu © Jean Bisetti

Des pratiques parfois illégales et souvent néfastes

Chercher à obtenir une photographie spectaculaire peut parfois pousser certains photographes à adopter des pratiques ayant un impact direct sur la faune sauvage. Pourtant, une belle image ne devrait jamais être obtenue au détriment du bien-être animal.

Certaines méthodes sont d’ailleurs interdites par la loi. La manipulation ou le déplacement d’espèces protégées, comme les amphibiens, est prohibé par le Code de l’environnement. Au-delà du cadre légal, ces pratiques peuvent provoquer un stress important chez les animaux, voire transmettre des maladies et fragiliser ainsi des espèces déjà menacées.

Grenouille nageant dans une mare
Grenouille verte ©️ Maryne Chiron

Manipuler les animaux

Il peut paraître anodin de déplacer un amphibien afin de le placer dans un décor plus esthétique ou mieux éclairé. Pourtant, les amphibiens possèdent une peau extrêmement fragile et perméable, sensible aux bactéries, aux produits chimiques et aux maladies transportées par l’être humain.

Cette vigilance est d’autant plus importante qu’une maladie appelée chytridiomycose, provoquée par un champignon microscopique, est aujourd’hui l’une des causes du déclin et de la disparition de centaines d’espèces d’amphibiens dans le monde. En manipulant ou en déplaçant des individus, les humains peuvent involontairement favoriser la propagation de cette maladie ainsi que celles d’autres agents pathogènes.

La repasse : attirer les oiseaux au détriment de leur tranquillité

Autre pratique controversée : la repasse, qui consiste à diffuser le chant d’un oiseau pour le faire venir à proximité. Si cette méthode peut sembler efficace pour observer ou photographier certaines espèces, elle génère un stress important chez les oiseaux.

Pensant devoir défendre leur territoire face à un intrus, les individus répondent au chant diffusé et dépensent une énergie précieuse. En période de reproduction, cela peut les éloigner temporairement de leur nid et exposer les œufs ou les poussins aux prédateurs. En hiver, lorsque les ressources alimentaires sont limitées, ces dépenses énergétiques inutiles peuvent compromettre leur survie.

Chouette de Tengmalm posée sur une branche
Chouette de Tengmalm © S.Sorbi

Préparer ses sorties pour limiter le dérangement

Une photographie respectueuse commence souvent avant même de sortir son appareil photo.

Se renseigner sur les espèces présentes, leurs périodes de sensibilité, leurs habitudes ou leur distance de fuite permet d’adapter son comportement et de limiter son impact.

Certaines espèces particulièrement vulnérables au dérangement, comme le Gypaète barbu, le Grand Tétras, le Tétras lyre ou le Faucon pèlerin, bénéficient de mesures de protection spécifiques. Des zones de quiétude ont été mises en place pour préserver leur tranquillité. Les consulter avant une sortie permet d’éviter des dérangements involontaires.

Respecter la réglementation

Le respect des réglementations locales et des panneaux d’information est également essentiel.

N’oublions pas que de nombreuses espèces nichent directement au sol. Alouettes, pipits, tariers ou bruants peuvent être victimes d’un simple piétinement. De même, pénétrer dans une roselière, une haie ou un fourré peut provoquer l’abandon d’un site de nidification.

Utiliser son matériel avec discernement 

Le matériel photographique permet aujourd’hui de réaliser des images de qualité tout en limitant le dérangement.

Les téléobjectifs offrent la possibilité de conserver une distance suffisante avec les animaux. Les systèmes de déclenchement à distance constituent également une solution intéressante pour réduire la présence humaine à proximité de la faune.

L’utilisation du flash doit rester mesurée. À faible distance, un éclair puissant peut provoquer un éblouissement temporaire et perturber certaines espèces.

Concernant les drones, leur utilisation est à proscrire pour la photographie animalière. Même lorsque la réglementation l’autorise, leur présence peut générer un stress important chez de nombreuses espèces d’oiseaux et de mammifères. Pour des photos de paysages, vous pouvez consulter les zones interdites pour les drones et la hauteur de vol à respecter sur le site Géoportail.

Enfin, lorsque vous utilisez un observatoire, veillez à rester discret. Évitez de faire dépasser votre objectif des ouvertures prévues à cet effet et privilégiez, lorsque cela est possible, le mode silencieux de votre appareil.

© Jean-Baptiste Feldmann « Cielmania »

Pour conclure, la photographie naturaliste permet de sensibiliser à la beauté et à la fragilité du vivant. Mais elle implique aussi une responsabilité : celle de savoir observer sans perturber.

Renoncer à une photo, garder ses distances ou quitter discrètement un site lorsque les animaux montrent des signes de stress font pleinement partie d’une pratique éthique. Car le respect des espèces doit toujours primer sur l’obtention d’une belle image.

>> Pour aller plus loin : Manifeste de la LPO pour une pratique éthique de la photographie de nature