En action pour les vautours : du baguage des percnoptères à l’équarrissage naturel par les charognards

Publié le jeudi 1er septembre 2016 -->


Reconnaissable à son plumage caractéristique, un corps blanc et des ailes partiellement noires. Le Vautour percnoptère d’une envergure de 1,60m est le plus petit des 4 espèces de Vautours présent en France.

On compte environ 90 couples sur le territoire national dont moins d’une vingtaine dans le sud-est et 70 dans les Pyrénées. Connu reproducteur dans le Sud-Ardèche jusqu’en 1994, le Créba buau, nom donné à l’espèce par les anciens car excellent nettoyeur des pâturages, ne se réinstallera sur notre territoire qu’en 2003.

Grâce aux efforts initiés par la LPO puis soutenus et développés par le Syndicat Mixte de Gestion des Gorges de l’Ardèche (SGGA), gestionnaire de la Réserve Naturelle Nationale des Gorges de l’Ardèche, plusieurs couples sont de nouveau présents. Leurs nombres et la réussite de la reproduction sont très variables d’une année sur l’autre (seulement 4 reproductions entre 2004 et 2015). 2016 est de ce fait une année remarquable à double titre puisque 4 couples sont présents et 2 couples élèvent chacun un jeune !

Un Plan National d’Action (PNA) en faveur de cette espèce (Ministère en charge de la Biodiversité), coordonné en Rhône-Alpes par la LPO Rhône-Alpes, prévoit un ensemble d’actions menées en partenariat entre la LPO Rhône-Alpes, la LPO Ardèche, le SGGA et l’ONF.
C’est pourquoi, Marie-Paule de Thiersant, Présidente de la LPO Rhône-Alpes, et Christine Malfoy, Présidente du SGGA, ont choisi d’organiser le 10 août dernier une journée d’information auprès de leurs partenaires et les services de l’Etat pour découvrir in situ les actions menées en faveur de cette espèce et plus globalement sur les services rendus aux éleveurs par les vautours.

Depuis 1997, un programme de baguage au nid des jeunes percnoptères est conduit sous la responsabilité d’Erick Kobierzycki en charge du programme personnel de baguage validé par le Centre de Recherche sur la Biologie des Populations d’Oiseaux (CRBPO-MNHN). C’est dans ce cadre que les jeunes vautours ont été bagués cette année par Florian Veau bagueur du CRBPO et salarié de la LPO Ardèche. Il s’agit d’une opération scientifique où tout est fait pour réduire la durée des manipulations et l’impact du dérangement sur les oiseaux, ceci dans le respect des règlements du CRBPO et de la Réserve Naturelle Nationale des Gorges de l’Ardèche qui prévoit cette opération dans son plan de gestion. Ceci explique les aides précieuses du SGGA gestionnaire de la Réserve Naturelle (Nicolas Bazin, Olivier Peyronel, Charlotte Meunier) et du CREPS de Vallon Pont d’Arc (Jean Kanapa) et de grimpeurs bénévoles (Christophe Lalut, « Pat » et « Alex ») pour l’accès au nid en falaise et pour la réalisation de l’intervention dans cet espace réglementé. Bagués à l’âge d’environ 50 jours, il faudra attendre encore environ 1 mois avant leur envol. Le baguage permet d’individualiser chaque oiseau et donc de les identifier s’ils sont observés lors de leur émancipation, plus tard durant leur migration (le percnoptère passe l’hiver au sud du Sahara !) ou au cours des saisons suivantes s’ils parviennent à former un couple (à l’âge de 4 ou 5 ans). Profitant du baguage, des prélèvements sont effectués sur l’oiseau afin des stocker du matériel biologique qui permettra d’effectuer des analyses génétiques importantes pour la connaissance et la protection de cette espèce (sexage, filiation…). De plus, ce programme de baguage a permis de mettre en évidence certaines causes de mortalité comme l’empoisonnement volontaire, les intoxications en ingérant des produits phytosanitaires, mais aussi les lignes électriques. Pour réduire les risques vis-à-vis des lignes électriques la LPO Rhône-Alpes et ERDF ont signé une convention qui permet d’évaluer les risques et de neutraliser celles-ci. Depuis 2009 ce sont plus d’une centaine de poteaux qui ont été équipés de dispositifs de protection autour des gorges de l’Ardèche.

PNG - 948.9 ko

La journée a été complétée par la visite d’une placette d’équarrissage naturel. Il s’agit d’un lieu aménagé, dédié aux oiseaux charognards, construit selon une réglementation spécifique garantissant les normes sanitaires et offrant un accès aisé aux oiseaux. La LPO et le SGGA gèrent respectivement 1 et 3 placettes où sont déposés des déchets de découpe de boucherie et d’élevage, ainsi que des animaux morts d’élevages locaux. La LPO a en charge également un réseau de 5 placettes d’un autre type, établies chez des éleveurs. Dans ce cas, l’éleveur dépose directement ses bêtes mortes ou ses déchets de découpe. Toutes ces placettes jouent un rôle très important pour le retour de couples reproducteurs de percnoptère et permettent aussi d’observer de nouveau régulièrement le Vautour fauve et ponctuellement le Vautour moine, espèces qui avaient disparues du ciel ardéchois suite aux destructions du début du siècle dernier.

Les positions prises par le passé ont évoluées. Les éleveurs et plus globalement nos sociétés redécouvrent les services rendus par le cortège des oiseaux charognards. En effet, ces oiseaux sont très efficaces pour détecter et éliminer les animaux morts de toute taille aussi bien sauvages que domestiques. Les vautours sont de véritables nettoyeurs de la nature. Ils ont un rôle sanitaire très important dans la nature et sur les pâturages. Ils limitent la propagation de maladies et la contamination des eaux de par leur capacité physiologique unique grâce à un système digestif, véritable "cul de sac épidémiologique", constitué de sucs très puissants détruisant tout virus et bactérie. De plus, en contribuant à l’élimination des animaux morts d’élevage, ils réduisent les rejets de CO2 induits par les navettes de camions de l’équarrissage industriel. Pour exemple, le Parc Naturel Régional des Monts d’Ardèche qui gère avec la commune de Montselgues, une placette d’équarrissage, a estimé en 2014 que l’équarrissage naturel (58 dépôts de cadavres : 2 tonnes) a permis d’éviter au minimum 4328 km de déplacement ce qui représente 865 litres de gasoil et 2658 kg de CO2 (Méthode Ministère chargé de l’écologie). Que dire alors du service rendu par les oiseaux charognards qui ont éliminé les 22 tonnes déposées en 2015 sur les placettes gérées par la LPO, le SGGA et les éleveurs ?!

Toutes ces actions sont rendues possibles et évaluées grâce au suivi des oiseaux mené par la LPO et le SGGA dès le retour de migration au mois de mars et ce jusqu’au mois de septembre avant leur départ pour l’Afrique. Ce suivi particulièrement important permet de déterminer le lieu et la date de ponte, afin d’estimer l’âge des jeunes et ainsi pouvoir définir la date de baguage prévue selon le protocole entre l’âge de 45 et 55 jours. Il permet également d’assurer la quiétude des sites de nidification par rapport aux pratiques diverses (escalade, chasse photographique, observation naturaliste, exploration spéléologique…).

Certaines questions restent posées pour l’instant concernant la survie des oiseaux durant leur migration et sur les zones d’hivernage. En effet, de nombreux oiseaux bagués depuis 1997 n’ont pas été revus et un certain nombre d’adultes reproducteurs en France ne sont pas revus la saison suivante. Pour tenter d’en savoir plus, le nouveau PNA (2015-2024) prévoit la mise en place d’un programme de suivis des oiseaux à l’aide de balise GPS. En 2016, en tout début de saison (avant la reproduction) un premier percnoptère adulte a été équipé d’une balise dans le Gard. Cette action a été menée par le Syndicat Mixte de Gestion des Gorges de Gardon (SMGG). Alors que cet oiseau s’était reproduit dans le Gard en 2015, et était revenu dans le Gard en mars 2016, celui-ci a choisi en avril 2016 de s’établir et se reproduire en Ardèche. Ce suivi par GPS a permis de montrer l’étendue de son domaine vital qui s’étend quotidiennement sur plusieurs dizaines de kilomètres entre Gard et Ardèche, à la recherche de nourriture. De nombreuses informations inédites devraient être obtenues par le SMGG dans les prochains mois ou années sur le "quotidien" de cet oiseau de l’Ardèche à l’Afrique !

Toutes ces actions contribuent à la fois au PNA en faveur du Vautour percnoptère et au Plan de Gestion de la Réserve Naturelle qui, rappelons-le, a été créée en 1980, en partie du fait de la présence de rapaces tels que le Vautour percnoptère.

Actualité


La LPO et le SGGA organisent, mardi 6 septembre 2016, dans le cadre des "Journées internationales de sensibilisation des vautours" (https://journee-vautours.lpo.fr/), une animation gratuite de découverte des vautours. L’animation se déroulera sur le Belvédère du "Serre de Tourre" (Route touristique des Gorges de l’Ardèche, commune de Vallon Pont d’Arc) de 10h00 à 14h00 (Prévoir tenue selon météo).

Contacts :

LPO Rhône-Alpes :
Michel Mure
06 37 01 87 64
michel.mure[a]lpo.fr

SGGA :
Bénédicte Raoux
04 75 98 97 00
b.raoux[a]gorgesdelardeche.fr