Communiqué de presse : Opération baguage des aigles, de la science à la conservation via le partenariat…

Publié le lundi 25 juillet 2016 -->


L’Aigle de Bonelli est l’espèce de rapace la plus menacée en France avec 32 couples en 2016 dont 2 en Ardèche dans la Réserve Naturelle Nationale des Gorges de l’Ardèche. Depuis 1990, les jeunes aigles nés en Ardèche sont bagués au nid dans le cadre du Plan National d’Actions en faveur de cette espèce (Ministère en charge de la Biodiversité) conduit sous la responsabilité de Cécile Ponchon, en charge du programme personnel de baguage confié par le Centre de Recherche sur la Biologie des Populations d’Oiseaux (CRBPO-MNHN). Un premier aiglon a été bagué le 10 mai et le second le 24 mai 2016 par Michel Mure, détenteur du permis de baguage du CRBPO et salarié de la LPO Rhône-Alpes.

Il s’agit d’une opération scientifique où tout est fait pour réduire la durée des manipulations et l’impact du dérangement sur les oiseaux, ceci dans le respect des règlements du CRBPO et de la Réserve Naturelle Nationale des Gorges de l’Ardèche. Ceci explique les aides précieux du SGGA, gestionnaire de la Réserve Naturelle (Françoise Gonnet-Tabardel, Denis Doublet et Charles Bascle) et du CREPS de Vallon Pont d’Arc (Jean Kanapa, Frédéric Minier et Thierry Bedos) pour l’accès au nid en falaise et pour la réalisation de l’intervention dans cet espace réglementé.

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Michel Mure explique, accompagné de Marie-Paule de Thiersant et Françoise Gonnet-Tabardel, le déroulement de l’opération aux partenaires participant.

Dès janvier un suivi précis des couples est organisé entre la LPO Rhône-Alpes (coordinatrice du PNA en Rhône-Alpes) et le SGGA. Il permet de déterminer le lieu et la date de ponte, afin d’estimer l’âge des jeunes et ainsi pouvoir définir la date de baguage prévue selon le protocole entre l’âge de 35 et 45 jours.
Le 24 mai, lors du baguage du 2e aiglon, Marie-Paule de Thiersant, Présidente de la LPO Rhône-Alpes et Christine Malfoy, Présidente du SGGA, ont organisé une journée exceptionnelle permettant à plusieurs structures partenaires (DREAL Auvergne Rhône-Alpes, DTT de l’Ardèche, Département de l’Ardèche et Mairie de Vallon Pont d’Arc) de découvrir cette opération. Très délicate, celle-ci impose une limitation du nombre de personnes et un comportement du groupe respectueux des consignes de quiétude et de sécurité.

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L’aiglon, une fois bagué, soutenu par Denis Doublet (SGGA).

Le baguage permet d’individualiser l’oiseau et donc de l’identifier s’il est observé lors de son émancipation, et plus tard s’il parvient à former un couple. C’est ce programme qui a permis de mettre en évidence que les lignes électriques étaient la principale cause de mortalité (électrocution sur les poteaux et percussion des câbles en plein vol) et que les destructions volontaires (tir, piégeage et empoisonnement) restaient des causes de mortalité importantes sur cette espèce.Pour réduire les risques vis-à-vis des lignes électriques, la LPO Rhône-Alpes et ERDF ont signé une convention qui permet d’évaluer les risques et de neutraliser celles-ci. Depuis 2009, ce sont plus d’une centaine de poteaux qui ont été équipés de dispositifs de protection sur les communes de Vallon Pont d’Arc, Salavas, Labastide de Virac, St Remèze, Lagorce, Laval St Roman.

Profitant du baguage, des prélèvements sont effectués sur l’oiseau pour réaliser des analyses d’ADN, vérifier la présence d’une hormone de stress pour mettre en évidence d’éventuelles périodes de carence alimentaire, et d’isotopes stables pour identifier les proies apportées par les parents. Pour finir, l’état de santé de l’oiseau est vérifié notamment en contrôlant l’absence de trace d’un parasite nommé Trichomonas pouvant provoquer la mort de celui-ci par inanition.

Les restes de proies (os, plumes) récupérés dans le nid complètent nos informations sur les apports de nourriture. Le régime alimentaire des couples de l’Ardèche est constitué à 70 % d’oiseaux (corvidés, pigeons, perdrix, goélands, hérons, cormorans…), 25 % de mammifères (lapins, écureuil, rats, fouine,…) et 5 % de reptiles (lézards verts et ocellés). L’abondance et la diversité des proies disponibles est un élément déterminant de la qualité du domaine vital des couples et donc de la productivité de ceux-ci. C’est pourquoi un important travail a été initié par la LPO Rhône-Alpes en 1991, réunissant le SGGA et les chasseurs locaux, aujourd’hui relayé par le SGGA, la Fédération des Chasseurs de l’Ardèche et les associations de chasses communales de St Martin d’Ardèche, St Remèze, Bidon, St Marcel d’Ardèche. Il s’agit d’un programme de développement des populations de lapins de garenne et de perdrix rouge par la reconstitution d’habitats favorables (ouverture de milieux, création de cultures et de garennes), des repeuplements en lapins et une maîtrise momentanée des prélèvements par la chasse. L’idée étant de favoriser des espèces à la fois gibier pour l’homme et proie pour l’aigle, mais aussi de développer un partenariat d’acteurs locaux pour mieux faire connaître et respecter l’Aigle des garrigues.

Toutes ces actions contribuent à la fois au PNA Bonelli et au Plan de Gestion de la Réserve naturelle qui, rappelons le, a été créée en 1980, en partie du fait de la présence en son sein de ces deux couples d’aigles de Bonelli.

L’oiseau bagué, âgé de 41 jours, devrait rester au nid pendant encore une trentaine de jours avant son envol. Sa dépendance alimentaire vis-à-vis des parents s’atténuera progressivement jusqu’à son émancipation début août. Nous lui souhaitons longue vie afin qu’il contribue à un avenir plus favorable de la population d’Aigle de Bonelli en Ardèche et en France.

Contacts :

LPO Rhône-Alpes :
Michel Mure
06 37 01 87 64
michel.mure[a]lpo.fr

SGGA :

Bénédicte Raoux
04 75 98 97 00
b.raoux[a]gorgesdelardeche.fr