L’Aigle de Bonelli

Publié le jeudi 5 juillet 2007 -->


Présentation de l’Aigle de Bonelli

L’aigle de Bonelli (Hieraaetus fasciatus (Vieillot, 1822) ) est un rapace discret, qui n’a été décrit qu’en 1822, bien après tous les autres rapaces d’Europe. Louis Vieillot a dédié cette espèce à l’ornithologue italien Andrea Bonelli qui l’a découvert en 1815.

Cet oiseau de la famille des Accipitridés mesure de 67 cm à 74 cm, pèse de 1,5 à 2 kg, pour une envergure de 1,5 à 1,8 m.

Sa taille est intermédiaire entre celle de la Buse variable (plus petite) et de l’Aigle royal (plus grand).


Identification

  • La tête est petite et terminée par un puissant bec crochu, elle est plus proéminente que celle du Circaète Jean-le-blanc. L’iris est jaune.
  • Le dessus est brun sombre.
  • Le milieu du dos porte une petite tache blanche triangulaire (qui grandit au fil des ans).
  • Le dessous est blanc, finement rayé de noir et contraste avec les ailes sombres.
  • Les ailes blanches sont bordées de noir et traversées en diagonale par une large bande transversale sombre caractéristique qui permet d’ identifier facilement l’aigle de Bonelli.
  • La queue (plus longue et anguleuse que celle du Circaète) se termine par une large barre noire.
  • Le plumage des jeunes est uniformément roux-orangé, avec des rémiges claires. Les jeunes acquièrent leur plumage d’adulte vers 3 ou 4 ans.
  • La femelle est plus grande que le mâle.
  • Nom anglais Bonelli’s eagle - Allemand Habichtadler - Espagnol Aguila perdicera - Italien Aquila del Bonelli
Aigle de Bonelli
Aigle de Bonelli

Régime alimentaire

L’Aigle de Bonelli est un super-prédateur qui se nourrit différemment selon les saisons. Il consomme des lapins de garenne en été (qui représentent près de 50% de son régime alimentaire). Le reste du temps, il se nourrit d’oiseaux de taille moyenne (80%) tels que des pigeons, corvidés, laridés, parfois des volailles, plus rarement quelques reptiles (lézards, serpents).

Il chasse ses proies depuis un poste d’observation ou en vol, au ras du sol ou après un piqué, et abandonne en cas d’échec. Il peut jeûner plusieurs jours.


Habitat et territoire de chasse

L’Aigle de Bonelli un rapace des terrains accidentés en zone méditerranéenne.
Il chasse dans un paysage de garrigues, de maquis, de falaises calcaires, et aux bords de terres cultivées (sur les marais et lacs hors période de reproduction).
Il préfère les régions montagneuses rocheuses à faible altitude avec quelques arbres disséminés et des falaises pour y nicher, par exemple les falaises du littoral.
On peut par contre le rencontrer en plaine ou dans des zones marécageuses en hiver.

Il préfère des milieux peu boisés et peu embroussaillés car il chasse plus facilement dans des milieux ouverts herbacés, bas et secs avec peu de buissons (des lapins, perdrix, rongeurs, lézards).
Il évite donc la haute montagne et la forêt dense.


Comportement et vol

L’Aigle de Bonelli (surtout le mâle) défend très violemment son territoire contre les intrus, les chasse et peut les blesser ou tuer (Vautours fauves ou Milans noirs).

Il vole souvent en couple, à flanc de montagne, avec des légers battements d’ailes comme la Bondrée. Il plane en cercles comme l’Aigle royal ou suit la crête des collines. Comme le Faucon pèlerin, il peut chasser en effectuant un piqué vertigineux.

L’espèce est sédentaire.


Reproduction et nidification

Parades nuptiales

Les parades nuptiales se déroulent au dessus de l’aire de la mi-octobre à début janvier. Le mâle réalise de longs piqués vertigineux, ailes repliées, des voltiges et des acrobaties où parfois les deux partenaires se tiennent par les serres. Les couples se forment pour la vie.

L’aigle de Bonelli est silencieux, sauf en vol de parade où il émet des you youh aigus et mélodieux terminés par un sifflement assez grave.

L’aire

Le couple construit ensemble l’aire, formée essentiellement de branchages. Il possède plusieurs aires (7 au maximum), construites en paroi rocheuse (ou dans un arbre en dehors de l’Europe).

  • La femelle y pond 2 œufs, généralement à la mi-février, avec un intervalle de 2 ou 3 jours.
  • Elle assure 90% de l’incubation pendant 38-41 jours.
  • Après l’éclosion, le mâle assure le ravitaillement, mais si les proies se font rares, la femelle part aussi en chasse.

Les petits reçoivent équitablement entre 2 et 4 repas par jour. Les proies sont amenées entières sur l’aire, puis plumées ou dépecées sur place par les parents.

Les jeunes

  • Les jeunes s’envolent de 60 à 70 jours après l’éclosion. 50% et 60% d’entre eux meurent la première année.
  • Ils restent ensuite dépendants de leurs parents pendant encore plusieurs semaines.
  • Les adultes chassent ensuite les jeunes à l’automne, 5 mois au plus après l’éclosion.

Longévité

L’Aigle de Bonelli a une espérance de vie d’environ 15 ans (contre 38 ans pour l’Aigle royal).


Populations

L’aigle de Bonelli est présent en Espagne (qui compte plus de la moitié des effectifs d’Europe), en Afrique du Nord (Maghreb), et au sud et sud-est de l’Asie.
En France, on ne compte plus qu’une trentaine de couples, uniquement dans la zone méditerranéenne (Pyrénées Orientales, Var, et Ardèche).

Aigle de Bonelli en Europe
Répartition de l’Aigle de Bonelli en Europe

Cette espèce est fortement menacée

L’Aigle de Bonelli a fortement régressé.

Les causes de sa régression n’en sont pas bien connues mais on impute la chasse, les persécutions directes, le dérangement dans les sites de nidification par les promeneurs, le pillage des œufs, l’électrocution sur les lignes électriques, la myxomatose qui a réduit ses ressources alimentaires (lapins), la raréfaction de la Perdrix rouge.

  • Cette espèce est donc considérée comme étant "en danger" dans la Communauté Européenne, avec moins de 800 couples.
  • C’est l’une des espèces de rapaces les plus menacées en France, puisqu’il ne subsiste que 28 couples en 2006 sur le bassin méditerranéen français, réfugiés dans les falaises calcaires du midi.
  • Statut de conservation IUCN : LC.
  • Statut CITES : Annexe III.
Aigle de Bonelli dans les zones Natura 2000
Aigle de Bonelli dans les zones Natura 2000

Protection de l’espèce et conservation

Depuis 1980, on mène donc en Europe des actions de restauration : protection et surveillance des aires, nourrissages.

  • La LPO Aude protège l’habitat de 2 couples d’aigles de Bonelli dans la ZPS des Basses Corbières (Programme LIFE CONSAVICOR).
  • Dans le Luberon, le seul couple du Vaucluse niche dans les falaises de la forêt domaniale du Luberon, sur la commune de Cheval-Blanc, près de Cavaillon. Il est protégé par l’ONF, le PNR du Luberon, l’ONC, le FIR, CEEP.
  • En Ardèche, il est présent dans la zone Natura 2000 "Basse Ardèche 2" (site FR8210114(2)) et protégé par le CORA.

Mesures de conservation

Plusieurs mesures sont favorables à la conservation de l’aigle de Bonelli :

  • Favoriser le développement de la petite faune (lapin, perdrix).
  • Réouverture des milieux embroussaillés après abandon des activités agro-pastorales.
  • Réintroduction du pâturage ovin pour entretenir les milieux ouverts.
  • Application de mesures agri-environnementales favorisant le pâturage et le débroussaillage.
  • Gestion forestière adaptée (directive technique de l’ONF).
  • Maîtrise de la fréquentation près des falaises où l’espèce niche.

Pages de sites internet consacrées à l’Aigle de Bonelli

http://perso.orange.fr/marie-christine.dehayes/sommaire_bonelli.htm
http://www.oiseaux.net/oiseaux/accipitriformes/aigle.de.bonelli.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Aigle_de_Bonelli
http://www.onf.fr/FORET/dossier/oiseaux/oi09.htm
http://ec.europa.eu/environment/nature/directive/hieraaetus_fasciatus_fr.htm