Deux jeunes aigles de Bonelli se sont envolés en Ardèche

Publié le mardi 9 juillet 2013


Même si l’espèce est très discrète et a besoin de quiétude pour se reproduire, tout le monde, initiés ou non, s’accorde à dire qu’ici dans le sud Ardèche, c’est chaque année un événement attendu. C’est donc avec intérêt que l’on attend le résultat des dizaines d’heures d’observation réalisée par la LPO et le SGGA.

Cette année un seul des 2 couples de la Réserve Naturelle Nationale des gorges de l’Ardèche s’est reproduit. Il a obtenu 2 jeunes ce qui est le maximum chez cette espèce.
La ponte a eu lieu dès la fin février, alors que le printemps n’était pas encore là. Après 40 jours de couvaison, les 2 œufs ont éclos. C’est alors que l’activité du couple s’accélère pour nourrir des jeunes, incapables de voler avant l’âge de 65 jours.

C’est durant cette période de présence au nid, comme chaque année depuis 1990, que l’opération de baguage des jeunes a lieu. Le baguage a été réalisé le 17 mai, les jeunes étant âgés d’environ 40 jours. Cette opération conduite sous l’égide du Ministère de l’Ecologie, du Museum National d’Histoire Naturelle (CRBPO) et du CEN PACA, a été organisée et réalisée par Michel Mure de la LPO Rhône-Alpes, bagueur agréé du CRBPO. Il a été assisté de la LPO Ardèche, du SGGA et de l’ONF Gard. L’approche du nid en pleine falaise a été possible grâce à l’aide technique de 2 professionnels de l’escalade du CREPS de Vallon Pont d’Arc. Grâce aux codes inscrits sur les bagues, il sera possible de reconnaître les oiseaux lorsqu’ils sont observés à distance à l’aide de longues-vues.

Ce résultat est à mettre en parallèle avec la très bonne reproduction obtenue au niveau national : les 30 couples présents sur notre territoire ont produit 32 jeunes à l’envol, chiffre qui n’a été atteint seulement deux fois en 20 ans ! L’année 2013 contraste fortement avec 2012 où seulement 17 aiglons s’étaient envolés.

Les partenaires du Plan National d’Action en faveur de l’Aigle de Bonelli se mobilisent pour tenter de réduire les causes de mortalité des aigles (électrocution sur les poteaux électriques, tirs) car moins de 50% des jeunes atteindront l’âge d’un an ! Et seulement 10 à 20% parviendront à leur 4e année ! Ainsi, la population d’aigles ne peut compter chaque année que sur 4 jeunes adultes en plus des couples cantonnés alors qu’en parallèle il disparaît annuellement en moyenne 6 adultes cantonnés. Dans ces conditions, on comprend que la seule reproduction de la population ne suffit pas pour espérer son augmentation. Elle serait même en régression, si elle ne profitait pas de la venue de jeunes aigles, nés en Espagne et s’installant en France (identifiés grâce aux bagues). Tous ces jeunes sont assez nombreux pour remplacer les adultes appariés qui disparaissent, mais ne le sont pas assez pour former de nouveaux couples sur de nouveaux territoires.

La bonne reproduction des couples de l’Ardèche ces dernières années est donc satisfaisante, mais elle ne pourra permettre l’installation d’un 3e couple que si l’on parvient à réduire le nombre d’oiseaux électrocutés et oiseaux tués par plombs comme cela a été le cas en avril de cette année pour une jeune femelle en cours d’installation en Ardèche et qui a été retrouvée morte avec 5 plombs dans le corps. Le tir volontaire d’un rapace est un acte illicite, irresponsable et lâche.
La LPO Rhône-Alpes et ses partenaires restent optimistes, continuent de suivre les aigles de prés et espèrent pouvoir apporter chaque année de bonnes nouvelles à ceux qui aiment les gorges de l’Ardèche pour ce qu’elles sont, avec tous les composants de leur biodiversité.