Participation régionale au plan d’actions national en faveur du Milan royal


Participation régionale au plan d’actions national en faveur du Milan royal - Bilan 2015

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Contexte

En 2014 un nouveau programme régional en faveur de la faune sauvage porté par la LPO Rhône-Alpes a vu le jour pour trois ans (2014-2016) avec le soutien financier de la Région Rhône-Alpes et de la DREAL. Au sein de ce programme pluriannuel une action est consacrée au Milan royal. Elle reprend les principaux objectifs des plans précédents : suivi de la population nicheuse et hivernante, expérimentation de placettes d’alimentation hivernale et chez les éleveurs ainsi que sensibilisation des différents acteurs. Au regard de l’extension géographique récente de l’espèce (en Haute-Savoie notamment et dans une moindre mesure dans la Loire) et du contexte de ressources financières réduites, il n’était plus envisageable de suivre la population nicheuse régionale de manière exhaustive. Nous avons donc fait le choix de concentrer ce suivi sur des zones échantillons à l’instar de ce qui s’était pratiqué dans le programme inter-régional Massif Central et de ce qui continue de se faire dans le cadre du suivi national de cette espèce.

En 2015, il était donc prévu :

* Le suivi des populations

  • inventaire des couples nicheurs sur trois zones échantillons (Ardèche, Loire et Haute-Savoie) et suivi du succès de reproduction
  • comptages mensuels des deux dortoirs hivernaux (Ardèche et Loire) de septembre à février

* Etude du régime alimentaire

  • collecte et analyse de pelotes de réjection

* Conservation

  • alimentation d’une placette hivernale
  • étude du régime alimentaire
  • actions de sensibilisation du monde agricole (particulièrement en Haute-Savoie)

Résultats

Reproduction

Après une saison 2014, marquée par un taux d’échec exceptionnellement bas dans les zones échantillons (0 % en Ardèche et Loire et seulement de 17 % en Haute-Savoie), 2015 est la seconde année consécutive où le taux de réussite (= le pourcentage de couples ayant mené au moins un jeune à l’envol) est très bon. Il est en tout cas bien supérieur à ceux constatés les années précédentes. Le taux d’échec était en moyenne entre 30 et 40 % pour la Loire pour la période 2008-2013, et entre 10 et 20 % en Ardèche.

Comme en 2014, les taux de reproduction dans les trois zones échantillons de notre région sont également très bons. En France, sur l’ensemble des zones faisant l’objet d’un suivi similaire, ils étaient en 2015 de 1,63 jeune par couple nicheur (n=552) et 2,00 jeunes par couple producteur (n=420).

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Hivernage

Sur le dortoir de Grospierre en Ardèche la moyenne pour la saison 2014-2015 est de 87 individus. Cette valeur est nettement supérieure aux moyennes des années précédentes (inférieure à 70 individus). Ceci s’explique par une présence importante et régulière de novembre à février. L’effectif de décembre (110 individus) est remarquable pour la période. Le maximum d’oiseaux présents est atteint le 10 janvier (comptage national) avec 170 individus. Ceci constitue un nouveau record pour le site (précédent : 162 individus le 14 janvier 2013).

Pour le dortoir de Roche-la-Molière dans la Loire, la fréquentation du dortoir a été strictement à l’inverse de la saison précédente : des effectifs assez faibles en début de saison puis qui augmentent rapidement vers la fin décembre et restent à des niveaux élevés pratiquement jusqu’à la fin des comptages.
L’effectif maximum est de 110 oiseaux (2 semaines consécutives), ce qui constitue le record pour le site (105 précédemment en 2010/2011).

Etude du régime alimentaire

La fréquentation « atypique » du dortoir ligérien (très faibles effectifs sur la première moitié de la saison), à laquelle s’ajoutent le fait que la localisation du dortoir a été « mouvante » (au moins 4 sites différents utilisés dans la saison) et des conditions météo (fortes précipitations) au moment où les effectifs étaient les plus importants, n’ont pas permis de collecter suffisamment de pelotes (malgré les recherches effectuées) pour une analyse.

En Ardèche, malgré la présence d’un nombre d’oiseux record, seulement une dizaine de pelotes a pu être collectée.

Ces analyses du contenu des pelotes de réjections, bien que portant sur un échantillon restreint, confirment les résultats obtenus la saison précédente :

  • les milans royaux qui se regroupent en dortoir près des centres d’enfouissement des déchets sont loin de se nourrir exclusivement sur ces sites
  • les milans royaux sont extrêmement opportunistes et, en cette saison, régulièrement charognards
  • les lombrics occupent une part importante de leur régime alimentaire hivernal.
  • le milan royal consomme fréquemment des campagnols des champs et est donc fortement exposé en cas de traitements aux anticoagulants

Sensibilisation

Pour ce volet, l’accent a été mis cette année sur la sensibilisation du monde agricole en Haute-Savoie, où l’espèce s’est récemment installée et où la population se développe rapidement.
La LPO 74 s’est notamment investie lors de la phase d’élaboration du PAEC « Arve, porte des Alpes » afin d’informer les différents acteurs sur la problématique de conservation deU Milan royal ainsi que des MAEC qui lui seraient favorables.

Par ailleurs, cette année, une partie des agriculteurs de la zone d’étude (Villaz, Les Ollières, Groisy) a été rencontrés afin de les sensibiliser à la présence du Milan royal.
17 exploitants ont ainsi pu découvrir l’espèce, les menaces qui pèsent sur ce rapace ainsi que les actions menées en sa faveur. Les supports de communication utilisés sont ceux mis à disposition par la LPO Mission rapaces.

Placettes

Pour la 15ème année consécutive la placette d’alimentation hivernale de Roche-la-Molière a été approvisionnée hebdomadairement avec des carcasses de volaille entre début octobre et début mars fournies gracieusement par deux boucheries.
Concernant la placette « éleveur » réalisée en 2011, et dont l’exploitant a changé en 2013, elle a été alimentée pendant toute l’année par Mr Faure au gré de la mortalité dans son élevage. Si deux visites de contrôles ont été faites pour vérifier le bon état de la placette, celle-ci ne fait plus l’objet d’un suivi régulier (par observation directe ou par piège photo).

Conclusions et perspectives

Les résultats 2015 pour la reproduction dans les zones échantillons de Rhône-Alpes sont très bons pour la seconde année consécutive et s’inscrivent dan un contexte national où 2015 restera comme une année « record » pour la reproduction du Milan royal en France.

Ces bons résultats globaux ne doivent cependant pas cacher de fortes disparités locales. De plus, la bonne productivité en jeunes ne se traduit pas par une augmentation de la densité du nombre de couples dans les zones échantillons ligérienne et ardéchoise ni par un accroissement des populations départementales.

En Haute-Savoie en revanche l’expansion de l’espèce se poursuit avec au moins trois secteurs de nidification en dehors de la zone échantillon. A l’intérieur de celle-ci, la colonisation semble se stabiliser.

Après une saison 2013/2014 moyenne en Ardèche et très mauvaise dans la Loire (voir rapport 2014), l’hivernage 2014/2015 bat plusieurs records : le nombre maximum d’oiseaux en Ardèche (170) et dans la Loire (110), la meilleure moyenne en Ardèche (87) et la seconde meilleure moyenne dans la Loire (38). Cela s’inscrit là-aussi dans un contexte national où les effectifs hivernants en France au cours de cette saison ont été particulièrement importants, surtout dans le Massif Central.

Enfin, la sensibilisation en 2015 a été essentiellement axée vers les acteurs du monde agricole en Haute-Savoie où l’espèce se développe. Si le PAEC du plateau de Bornes ne prend que très peu en compte la problématique du milan royal, les contacts directs avec certains agriculteurs sont plus porteurs d’espoir. Cette sensibilisation du monde agricole est d’autant plus importante dans un département voué à l’élevage et qui commence à subir les dégâts des campagnols dans les prairies.


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