Session 3 : Des initiatives à encourager !

Publié le jeudi 18 février 2016


Témoignage vidéo : « Nouveaux paysans »


Quels effets des MAE sur la biodiversité ?



Un plan d’action concerté pour l’œdicnème dans le Rhône


Résumé

Le plan local de sauvegarde de l’Œdicnème criard est une initiative unique. Il est mis en place dans la plaine l’Est Lyonnais, qui se situe en partie sur les départements du Rhône et de l’Isère. Ce territoire est sujet à une forte pression d’urbanisation, et le territoire disponible pour l’espèce se réduit chaque année. Suites aux lois Grenelle et à la réforme de l’étude d’impact, la prise en compte de cette espèce dans différents projets, tels que le Stade des lumières, a consisté à la création de mesures compensatoires, avec l’application d’un facteur 3 sur les surfaces à compenser. Le manque de coordination de ces mesures, et la consommation accrue de surfaces agricoles qu’elles ont entrainé, ont encouragé les collectivités concernées à mettre en place une gestion de l’espèce à l’échelle du territoire. Une étude a été conduite en 2012-2013 permettant de définir les mesures et les objectifs du plan. En 2014, deux associations, la LPO Rhône et l’APIE, sont choisies pour animer le plan.
Le but principal de ce plan reste la conservation d’une population d’Œdicnèmes, estimée à 80 couples, et d’un espace vital suffisant, soit 12 000 ha d’habitats favorables. Un suivi de l’ensemble de la population du secteur est mis en place ainsi qu’une protection des nids en milieu agricole. Pour les nouveaux projets impactant l’Œdicnème, le ratio de compensation est revu, passant à une superficie d’1 ha par tranche de 30 ha aménagés (dérogation au facteur 3). Des actions de communication à l’intention des différents acteurs concernés sont également réalisées.

La gouvernance du plan est assurée par un comité de pilotage, qui rassemble les structures animatrices, les collectivités territoriales (Métropole de Lyon, CCEL, CCPO, CAPI), les représentants de la chambre d’agriculture, les porteurs de projets concernés (carriers, aéroport de Lyon), ainsi que l’Etat, représenté par la DREAL.

Les actions de suivi et de protection ont débuté en 2015, et ont permis la détection de 41 nids et 40 couples cantonnés. 51 % des couples se sont installés en milieu agricole, dont une majorité (83 %) dans le maïs tandis que les autres ont utilisé des milieux tels que des friches industrielles, des bassins d’infiltration ou des aéroports. Dans le Rhône, la protection des nids en culture a été réalisée en collaboration entre la LPO et la Chambre d’agriculture du Rhône. Suite à la détection d’un nid par la LPO, ses coordonnées sont transmises à la chambre, qui identifie l’exploitant et le contacte pour obtenir son accord pour la pose de la protection. Le balisage du nid est ensuite effectué par la LPO. L’intervention de la chambre d’agriculture, ainsi que la parution d’articles dans la presse agricole ont permis une meilleure acceptation de ces mesures par les agriculteurs : en 2015, 20 exploitants ont été contactés, un seul refus a été essuyé, et 19 nids ont été protégés, dont 14 ont connu un succès de reproduction.


Échange 5 : Agriculteurs, naturalistes et scientifiques au chevet des espèces menacées



Autonomie fourragère, agroforesterie et biodiversité, sources de richesse pour le territoire


Résumé

Situé dans la transition entre terrains calcaires du massif jurassien et terrains schisteux de la dépression sous-vosgienne, le territoire BORPLACAL se caractérise par une biodiversité importante et remarquable, mêlant milieux secs et humides.

Cette mosaïque de milieux est le reflet d’un système dominant de polyculture élevage avec une forte proportion de prairies naturelles.

Les évolutions agricoles à venir (fin des quotas laitiers, hausse du prix des céréales, réforme de la PAC…) amènent les agriculteurs à se questionner sur le rôle technique et économique des prairies permanentes.

Un groupe d’agriculteur souhaitent mettre en places les outils nécessaires à la valorisation des prairies dites extensives (moins de 1500 UF/Ha) dans leurs systèmes de productions ainsi qu’à l’échelle du territoire.

Pour ce faire deux approches sont conduites parallèlement :

  • une approche naturaliste (définition des milieux présents, de leurs potentialités en termes de biodiversité et connaissance des interactions entre parties exploitées et parties hors agricoles) ;
  • une approche agricole technico économique (souplesse d’exploitation, lien entre production fourragère et bien-être animal, optimisation économique, statut foncier de ces terrains, prolongement de la démarche sur la filière).

La mise en synergie de ces deux approches doit permettre d’identifier et initier la mise en œuvre de pistes pour la pérennisation et l’amélioration des performances économiques des exploitations en préservant la biodiversité du territoire.

Différents programmes mises en place sur le territoire :

  • Un programme CASDAR intitulé « Un autre regard sur les prairies à fort potentiel de biodiversité » en 2013 qui doit permettre de construire des références locales sur les prairies permanentes
  • Mise en place d’un Plan Agro environnemental PAEC associant mesure système et milieux remarquable en soutien aux systèmes d’exploitation produisant d la biodiversité
  • Un GIEE Maintenir et valoriser la biodiversité du territoire notamment sur les prairies permanentes dans des systèmes agricoles durables et dans l’économie du territoire » pour accompagner la dynamique et soutenir les projets collectifs susceptibles d’émerger sur le territoire.

Un vocabulaire commun, une meilleure compréhension des points de vue de chacun, une meilleure connaissance des mécanismes en jeu s’installe progressivement. Après 2 ans de travail, les acteurs de ces projets cernent mieux les potentialités de ce territoire et entrevoient les synergies possibles entre environnement et développement territorial.


Enseigner à produire, transformer et consommer autrement


Résumé

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La transition vers de nouveaux systèmes de production plus durables repose sur une modification majeure des cadres de pensée et des modes d’acquisition des savoirs des producteurs et de leur accompagnement. Ces changements portent sur un pas de temps long et l’enseignement agricole doit être en mesure de prendre en compte de façon très précoce les évolutions de connaissances, de modes de raisonnement et de pratiques.

L’agro-écologie, à travers la réconciliation des disciplines agronomiques et écologiques, est désormais intégrée dans les programmes et les référentiels pédagogiques, tant dans les formations initiales que continues.

Les méthodes pédagogiques classiques descendantes de transmission des savoirs évoluent vers des pratiques co-construites de type tourbillonnaire.

Il s’agit de favoriser des savoirs situés plutôt de l’accumulation de savoirs, de développer davantage le questionnement sur l’identification des problématiques que la recherche de “la” solution. Les apprenants destinés à s’insérer dans le marché du travail dans les domaines du conseil doivent être aptes à comprendre le fonctionnement des systèmes de production et de leur diversité afin d’accompagner les agriculteurs dans la réflexion sur l’évolution de leurs systèmes et non plus de distiller des “recettes” réductionnistes par nature.

Concrètement, au Valentin, la démarche de “l’enseigner à produire, transformer et consommer autrement” constitue un axe stratégique du projet d’établissement. Il prend appui sur son exploitation agricole conduite en AB, sur le hall agro-alimentaire et le magasin des producteurs.

Les équipes pédagogiques des filières production, transformation et commercialisation engagent leurs apprenants dans des innovations co-construites qui vont permettre à l’exploitation d’atteindre ses objectifs “cap 2025” : autonomie fourragère totale, maîtrise des conduites culturales fourragères et arboricoles par l’augmentation de la biodiversité (génétique, spécifique et environnementale), vente en totalité des productions brutes et transformées en circuits courts. L’exploitation agricole par ses missions de formation, d’expérimentation, de développement prend ainsi toute sa part dans cette transition agro-écologique.


Échange 6 : agriculture conventionnelle et biodiversité, quel avenir ?



Regards croisés sur la ferme : paysans de nature


Résumé

En Pays de la Loire un réseau de paysans naturalistes pratique l’agro-écologie citoyenne et favorise les installations agricoles gestionnaires d’espaces naturels

Agriculture et biodiversité : un enjeu de société
L’activité agricole est gestionnaire de 60% des espaces "naturels" en France. La biodiversité associée à ces espaces est en diminution constante. En outre, les exploitations qui ne sont pas reprises sont partagées entre les fermes restantes, qui continuent de s’agrandir, avec des systèmes souvent défavorables à la biodiversité, et qui ne s’insèrent pas dans le tissu économique local. Le développement de projets agricoles qui intègrent la biodiversité et les citoyens est donc un enjeu majeur pour la prochaine décennie.

Mise à disposition d’espaces à vocation environnementale
Dans l’objectif de préserver le patrimoine commun que constitue l’espace agricole, la LPO Vendée avec des financements venant en partie des mesures compensatoires a permis via l’acquisition foncière et la mise à disposition de terres, l’installation de nouveaux exploitants. La préservation de la biodiversité est assurée par la mise en place d’un Bail Rural Environnemental. L’installation devient ainsi un outil de gestion des espaces naturels.

La biodiversité comme moteur dans les projets d’installations agricoles
Ce qui fait la spécificité de ces fermes, c’est que les paysan-nes qui y travaillent ont choisi ce métier avec la volonté de devenir des acteurs privilégiés de la protection de la biodiversité et du vivre ensemble, en impliquant la société civile dans leurs projets (naturalistes, AMAP, habitants du territoire).

La biodiversité : un atout pour les fermes du réseau et les territoires
Anciens salariés d’associations naturalistes, animateurs Natura 2000, fils ou fille de paysans..., ils intègrent leur activité dans une dynamique de territoire en accueillant des sorties ou suivis naturalistes sur leur exploitation et associent les citoyens à leurs réflexions sur les modes de production et la préservation de la biodiversité.
Ce réseau valorise les parcours professionnels et l’approche de ces "paysans naturalistes" pour donner envie à ceux qui se lancent dans l’aventure agricole de suivre ce modèle, ou donner envie à ceux qui veulent protéger la nature de devenir paysans. L’objectif est aussi d’inviter les élus à favoriser ce type d’activité, pour préserver les espaces naturels en complément des grands zonages de protection.
Cette mise en lien favorise donc les synergies entre agriculteurs, consommateurs, naturalistes, élus, pour enclencher des dynamiques favorables à la biodiversité.

Les actions :
Achat de foncier
Accompagnement des porteurs de projet agricoles (recherche de foncier, financements, ancrage local, …).
Accompagnement des collectivités et des entreprises privées
Accueil de stagiaires dans les fermes du réseau
Expertises naturalistes dans les fermes
Espace test en élevage ovin sur l’île de Noirmoutier
Sorties naturalistes dans les fermes du réseau (grand public, scolaire, étudiants)
Organisation et participation à des colloques et événements festifs.


Cultiver la biodiversité pour faire face au changement climatique


Résumé

Le changement climatique nous rappelle la nécessité d’une adaptation continue des êtres vivants. La diversité est un élément-clé et offre un réservoir de nouvelles trajectoires d’évolution et d’interactions au sein d’un écosystème.

Au niveau des agrosystèmes, le XXe siècle a réduit la flexibilité et l’adaptabilité des systèmes agricoles en se positionnant sur une recherche concentrée sur l’augmentation de la productivité, l’amélioration de quelques caractères de qualité des produits et la réduction des coûts de production par l’homogénéisation et la stabilisation des variétés cultivées. Ce qui a conduit à une réduction drastique de la biodiversité cultivée. Avant la professionnalisation de la sélection, les paysans créaient et multipliaient des populations locales, ils ont contribué, depuis la naissance de l’agriculture, à la diversification des variétés et leur adaptation à des environnements et des pratiques tout aussi diversifiés.

Avec l’introduction des variétés commercialisées avec les normes de stabilité et d’homogénéisation nécessaire à leur inscription au catalogue officiel des variétés, ces populations locales ont en grande partie disparue du paysage agricole, et une partie de cette diversité est aujourd’hui conservée dans les centres de ressources génétiques. Ces ressources sont à la base d’une renaissance de la sélection paysanne depuis une quinzaine d’années en France et presque trois décennies dans les pays en développement.

Les pionniers en la matière ont recherché des variétés de blés pour valoriser les terroirs et optimiser les pratiques de boulange au levain naturel. En parallèle, des agriculteurs du sud-ouest se sont engagés dans la redécouverte des variétés de pays de maïs pour l’alimentation humaine et produire du maïs sans irrigation en condition d’agriculture biologique (AB). Parmi les pionniers figurent aussi les producteurs de choux et choux-fleurs en Bretagne pour retrouver une autonomie semencière et des variétés conformes aux principes de l’AB. Les projets de recherche soutenant le développement des semences paysannes en Europe sont tous basés sur l’hypothèse que la diversité des espèces cultivées et intra-variétale pour une espèce donnée, favorise la robustesse et la santé des plantes, et donc la résilience des systèmes agricoles. Ces recherches s’attachent à optimiser les systèmes de production en considérant l’interaction des plantes avec leur environnement, et tout d’abord les microorganismes du sol, jusqu’à l’impact sur la qualité des produits. La diversité est facteur d’adaptation et assure des capacités d’évolution continue des populations cultivées aux modifications des contextes pédo-climatique et socio-économique ; elle offre aussi un potentiel d’adaptation aux gouts et d’innovations en matière de produits alimentaires. La sélection pour la diversité est une aventure collective demandant une recherche à la ferme pour renouveler et évaluer cette diversité et une organisation collective pour produire des semences de qualité.


Échange 7 : de l’implication citoyenne aux choix techniques des défis à relever aujourd’hui !