Session 1 : L’agriculture façonne les paysages et leur biodiversité

Publié le jeudi 18 février 2016


Témoignage vidéo : « Observer la biodiversité sur la ferme »



Suivi Temporel des Oiseaux Communs : résultats inquiétants pour le cortège lié aux milieux agricoles


Résumé

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En 25 ans, le Suivi Temporel des Oiseaux Communs piloté par le Muséum National d’Histoire naturelle a noté une baisse des effectifs d’oiseaux communs agricoles de 32%. Les causes majeures de déclin de l’avifaune agricole sont les pratiques agricoles intensives, l’homogénéisation et la destruction des habitats. La nécessité de concilier production agricole et biodiversité, en améliorant les mesures de conservation existantes et en intégrant les considérations environnementales dans les futures politiques agricoles, est devenue une préoccupation majeure.

De récents travaux ont mis en évidence des effets globaux très mitigés des mesures de conservation en milieu agricole, bien que certaines semblent pouvoir améliorer la dynamique des populations en déclin. Néanmoins, les tendances temporelles ont montré que les populations d’oiseaux agricoles étaient plus susceptibles d’augmenter les zones de Haute Valeur Naturelle (HNV). De plus, les communautés d’oiseaux dans les zones HNV sont composées de plus d’espèces spécialistes, et qui sont d’autant plus abondantes, que dans les non-HVN. Compte tenu de ces résultats, des changements environnementaux importants à venir (climat et usage des sols) et des nouveaux enjeux environnementaux, si l’on veut optimiser la conservation de la biodiversité, il est nécessaire de pouvoir estimer l’impact des différentes politiques agricoles qui pourraient être mises en place dans le futur.

Le développement d’approches prédictives a notamment permis de montrer un déclin généralisé des populations d’oiseaux agricoles en France en réponse aux différents scénarios existants de la PAC à l’horizon 2020. Cette étudeégalement a mis en évidence la nécessité de développer des scénarios à fine échelle spatiale, tenant compte de la diversité des systèmes agricoles en France. Plus récemment, les prédictions des impacts de scénarios de changements agricoles combinés à différents scénarios de changements climatiques et d’usage des sols, ont permis de mettre en évidence que les changements de couverture des sols avaient le potentiel de mitiger les effets négatifs du climat. De plus, la régionalisation des politiques d’extensification en fonction des agrosystèmes pourrait permettre de maximiser la conservation des communautés d’oiseaux communs en milieu agricole. Enfin, le développement de modèles bio-économiques, couplant décideurs de politiques publiques nationales, agents économiques régionaux et dynamiques de l’avifaune agricole montrent que promouvoir les prairies extensives est essentiel pour la gestion durable des communautés d’oiseaux et de l’agriculture en France.

Le développement de telles approches prédictives est un réel outil d’aide à la décision pour élaborer les futures politiques agricoles et apparaît comme un support pertinent pour décider de politiques agro-environnementales durables.


Observatoire Agricole de la Biodiversité : mobilisation et premiers résultats


Résumé

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Porté par le ministère en charge de l’agriculture et le Muséum national d’Histoire naturelle, l’Observatoire Agricole de la Biodiversité (OAB) propose aux agriculteurs quatre protocoles simples pour suivre la biodiversité sauvage ordinaire :

  • Comptage des papillons de jour, indicateurs de la santé du milieu à l’échelle du paysage, le long des parcelles
  • Pose de nichoirs à abeilles solitaires, pour mesurer la nidification de ces pollinisatrices incontournables
  • Observation sous des planches posées à même le sol des invertébrés terrestres (dont mollusques et carabes, leurs prédateurs naturels)
  • Arrosage de placettes au sol avec une solution irritante à base de moutarde pour faire remonter à la surface les vers de terre, acteurs et indicateurs de la fertilité des sols (en partenariat avec l’Université de Rennes 1, dans le cadre de l’Observatoire Participatif des Vers de Terre).

Près de 1000 parcelles ont été décrites depuis le lancement de ce programme de sciences participatives en 2011, grâce à la mobilisation des agriculteurs via des relais locaux. Au premier rang desquels les chambres d’agricultures, coordonnées par l’APCA, mais aussi les coopératives, associations de protection de la nature, fédérations de chasseurs, CPIE, CIVAM, autres structures agricoles. L’enseignement agricole est également impliqué.

Les données récoltées permettent déjà de sortir quelques tendances intéressantes : Le paysage a un impact important sur la biodiversité des parcelles. A l’échelle du territoire, un environnement homogène (zones d’openfield ou de grand vignoble par exemple) est moins propice à la biodiversité qu’une mosaïque d’habitats. Tout aménagement en bordure de parcelle est favorable par rapport à deux parcelles mitoyennes. Le nombre de loges occupées par les abeilles solitaires a également été comparé en fonction du degré de complexité de la bordure où sont posés les nichoirs : lorsqu’une haie et une bande enherbée sont combinées, l’occupation double par rapport à aucun aménagement.

De manière générale, l’utilisation de produits phytosanitaires diminue l’abondance en papillons de jour. Les herbicides semblent être les plus impactant, l’écologie des papillons étant très liée à la végétation présente. Les vers de terre s’avèrent moins impactés par les produits phytosanitaires que par le travail du sol. Les résultats les plus marquants pour les lombriciens se confirment depuis le début de l’observatoire : des abondances supérieures et un certain équilibre entre les catégories écologiques, en prairie et en semi-direct.

En grandes cultures, la mise en place d’intercultures paraît jouer un rôle sur l’abondance des invertébrés terrestres. Enfin, en culture pérenne : viticulture et arboriculture, les nichoirs à abeilles solitaires sont plus occupés lorsqu’il y a un enherbement de l’inter-rang, total ou partiel, par rapport à un sol nu.

Pour plus d’information ou pour rejoindre l’observatoire : www.observatoire-agricole-biodiversite.fr


Échange 1 : la biodiversité des milieux agricoles comment va-t-elle ?



Agriculture et biodiversité : agroécologie et services systémiques



Effet des pratiques de la biodiversité en verger selon les modes de production


Résumé

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Les pratiques de protection contre le carpocapse, un des principaux ravageurs du pommier, reposent sur l’utilisation de diverses méthodes, chimiques et/ou alternatives. Trois modes de protection contre cet insecte ont été étudiés en vergers de production et expérimentaux pour leur impact sur la reproduction en nichoirs d’oiseaux insectivores, et plus largement sur les communautés aviaires et d’arthropodes du verger de pommiers : conventionnel en protection chimique (Conventionnel) ; Production Fruitière Intégrée en confusion sexuelle, complétée ou non par des insecticides (Confusion) et Agriculture Biologique, modalité avec ou sans confusion caractérisée par l’utilisation du virus de la granulose (AB).

Les deux groupes biologiques étudiés sont directement impliqués dans la régulation naturelle de certains ravageurs, en particulier les oiseaux insectivores et les arthropodes auxiliaires prédateurs ou parasitoïdes de ravageurs du verger. Le nombre d’espèces d’oiseaux occupant les nichoirs et le succès reproducteur de la mésange charbonnière (mesuré par le nombre de jeunes à l’envol/ha) sont plus élevés en AB par rapport aux deux autres modalités. La communauté aviaire dans son ensemble est aussi affectée puisque nous avons observé plus d’oiseaux et d’espèces dans les parcelles en AB, et dans une moindre mesure en Confusion, par rapport aux parcelles Conventionnelles. La structure fonctionnelle des communautés est aussi impactée puisque les parcelles Conventionnelles présentent un déclin des taux relatifs d’insectivores et de rapaces. Les arthropodes sont plus abondants dans les parcelles en AB mais leur diversité (totale, auxiliaires) diffère peu entre modes de protection et les tendances observées entre modalités sont parfois opposées selon la composante végétale étudiée (frondaison du pommier, couvert herbacé de l’inter-rang). Les différences observées sont principalement d’ordre qualitatif, avec des groupes fonctionnels tels les forficules, prédateurs généralistes, principalement échantillonné en verger AB, alors que Névroptères et Hyménoptères parasitoïdes caractérisent l’entomofaune du verger Conventionnel. Les pratiques de protection affectent donc quantitativement et/ou qualitativement les communautés d’oiseaux et d’arthropodes du verger. La plus grande abondance d’arthropodes ainsi que le succès reproducteur des mésanges sont probablement liés à l’abondance de proies en verger AB où aucun insecticide neurotoxique n’a été appliqué pendant la période d’étude. Les différences de composition de la communauté d’arthropodes peuvent quant à eux s’expliquer par la différence de réponse aux pratiques des groupes fonctionnels considérés et/ou à leur potentiel de recolonisation du verger à partir de l’environnement. Milieu pérenne, multi-strate et complexe, le verger constitue un habitat à fort potentiel écologique, sous réserve de limiter l’effet des pratiques de protection.


Pratiques et biodiversité dans les exploitations herbagères



Échange 2 : pratiques agricoles, paysages et biodiversité des liens démontrés !