Verdier d’Europe

Publié le jeudi 28 février 2008


Verdier d’Europe Carduelis chloris

Angl. : Greenfinch
All. : Grünfinck
It. : Verdone

Verdier d'Europe (reflet), photo France DUMAS © 2008
Verdier d’Europe, photo France DUMAS

La répartition du Verdier s’étend des régions septentrionales du vieux continent, à l’exception du nord de la Scandinavie, jusqu’en Afrique du Nord et au Proche-Orient. Les effectifs européens sont compris entre 12 et 14 millions de couples, la France en accueillant plus d’un million ([E], [N]). Le statut national n’a pas varié au cours des trente dernières années (Yeatman 1976, [N]). En Rhône-Alpes, la situation est similaire : le Verdier y est commun, sa répartition est uniforme à l’exception des régions alpestres intérieures de l’Isère et de la Savoie. S’il est commun jusqu’à 700-800 m., il devient plus rare au dessus, des preuves de nidification certaine ayant été obtenues jusqu’à 1 300 m en juillet 1985 à Entraigues (07).

Verdier d'Europe, femelle, photo France DUMAS © 2008
Verdier d’Europe, femelle, photo France DUMAS

On rencontre le Verdier d’Europe partout où l’on trouve quelques arbres, feuillus ou résineux, bocages serrés ou lâches, vergers, haies (Olioso 1996). Comme dans d’autres régions françaises, il semblerait, bien qu’aucune estimation quantitative précise n’ait été réalisée dans les milieux urbains et péri-urbain, dans les agglomérations et leurs environs qui regroupent les populations les plus importantes car ces milieux répondent bien aux modestes besoins de l’espèce (C.O. GARD 1993, [N]). Cette préférence marquée pour les lieux fréquentés par l’homme tient essentiellement à la disposition et à la nature de la végétation : haies, jardins, parcs, cimetières, espaces verts, allées d’arbres et de buissons sont autant d’habitats favoris. Ainsi, dans une agglomération de taille moyenne (Romans sur Isère - 26), le Verdier, est, avec le Pinson des arbres et le Chardonneret élégant, l’espèce qui utilise l’ensemble des unités paysagères de l’agglomération, des zones industrielles aux zones résidentielles, à l’exception du centre caractérisé par l’absence d’élément végétal (Iborra et al. 1995).

Verdier d'Europe, juvénile, photo France DUMAS © 2008
Verdier d’Europe, juvénile, photo France DUMAS

La présence de végétation est essentielle pour le Verdier, pourtant peu exigeant en terme d’habitat. En zone rurale, son abondance est comparable à celle d’autres régions françaises (C.O. GARD 1993, Gauthier-Clerc in G.O.J 1993). Des variations existent entre le nord et le sud de la région. Ainsi, si dans le Pays de Gex (01) l’abondance oscille entre 5,5 et 6,3 mâles chanteurs sur un itinéraire échantillon de 3,5 km entre 1985 et 1987, elle est plus faible dans la garrigue ardéchoise puisque seulement 4 chanteurs ont été contactés sur un itinéraire échantillon de 10 km en 1983. Par ailleurs, dans une zone agricole de ce département, les valeurs d’indice ponctuel d’abondance ne dépassent pas 0,4 mâle chanteur, l’espèce n’ayant été contactée que sur un tiers des relevés réalisés (n = 18). Globalement, le Verdier occupe en Rhône Alpes le 21ième rang des espèces les plus répandues.

La période de reproduction commence dès la fin de l’hiver et s’étale jusqu’en juillet-août. Alors que la migration de retour est intense en mars (274 individus au col de l’Escrinet - 07 - entre le 27 février et le 4 avril 1984) et que les groupes hivernaux ne se sont pas encore désagrégés ([H]), les premiers chants se font entendre. Si la date moyenne en est le 9 mars (n = 19), les plus précoces sont notés dès janvier, exceptionnellement en décembre : le 17 décembre 1979 à Yzeron (69), le 24 janvier 1988 dans les Monts du Lyonnais (69). Les chants s’intensifient au cours des premiers mois de l’année : le 23 février 1998 à Marcy l’Etoile (69), le 3 mars 1999 à Lyon. Le chant le plus tardif a été entendu le 19 juillet 1974 en Vanoise (73). La reproduction bat son plein d’avril à juin, la plus précoce sortie du nid a été notée le 1er avril 1994 à Craponne (69) et la plus tardive le 12 août 1996 à St Nazaire les Eymes (38). Le Verdier est connu pour réaliser régulièrement deux pontes, la première en avril-mai, la seconde en juin-juillet. Une troisième serait occasionnelle (Géroudet 1998 b, [N]). En Rhône-Alpes, le nombre moyen d’œufs est de 4,3 (n = 7). Les pertes de juvéniles sont importantes. Ainsi, dans la région, on peut estimer qu’un œuf sur deux produit un jeune à l’envol, le nombre de ceux-ci étant en moyenne de 2,5 (n = 41). Bien que les données rhônalpines sur la reproduction soient peu nombreuses, ces chiffres sont supérieurs à ceux relevés à l’échelle nationale, où seulement 30 à 40 % des œufs pondus donnent un jeune à l’envol ([N]).

Verdier d'Europe, juvénile, photo France DUMAS © 2008
Verdier d’Europe, juvénile, photo France DUMAS

Bien que les déplacements des verdiers après la période de reproduction restent mal connus ([N]), leur présence dans les bandes de fringilles se renforce dans le courant de l’automne. A la même période arrivent les migrateurs venant du nord-est de l’Europe ([R]). Ainsi à Ceyzériat (01), 760 oiseaux ont été notés entre le 16 septembre et le 4 novembre 1987, dont 585 le dernier jour ; 300 entre le 1er octobre et le 19 novembre 1989, dont 89 le dernier jour ; 296 entre le 21 septembre et le 7 décembre 1991, dont 39 le 13 octobre … Le Verdier est un hivernant commun en Rhône-Alpes mais les effectifs sont variables d’une année à l’autre. Ainsi, les hivernants furent nombreux en 1970 et 1971 dans la Loire, la Drôme et l’Ain, puis peu nombreux en 1973 et 1974 alors que, dans le même temps, leur nombre fut élevé dans l’agglomération lyonnaise. A cette saison, la population locale est renforcée par le stationnement d’oiseaux nord-européens attirés par les mangeoires dans les jardins privés ou publics. Plusieurs reprises de bagues montrent que des oiseaux suisses, allemands et autrichiens hivernent en Rhône-Alpes. Les verdiers rhônalpins sont vraisemblablement sédentaires, les nicheurs alpins s’éloignant sans doute quelque peu de leurs lieux de reproduction ou, à tout le moins, se concentrant dans les fonds de vallées. A St Chamond (42), les opérations de baguage ont mis en évidence un sex-ratio hivernal en faveur des mâles, (1,9 sur 151 captures entre décembre et mars 1970 et 1,6 sur 175 captures entre janvier et mars 1971). Dans les bandes hivernales de fringilles et bruants, constituées généralement de pinsons, chardonnerets, serins, linottes, bruants proyers et jaunes, les verdiers sont toujours en nombre restreint par rapport aux autres espèces.

Ce passereau a profité du développement des agglomérations et de l’aménagement des périphéries de villages ; il n’est pas menacé et il s’agit même de l’une des rares espèces dont les effectifs sont en augmentation.

Texte : Olivier Iborra / CORA
Photos : France DUMAS