Venturon montagnard

Publié le jeudi 28 février 2008


Venturon montagnard Carduelis citrinella

Angl. : Citril Finch
All. : Zitronenzeisig
It. : Venturone

D’origine paléo-montagnarde, sans doute alpienne ([R], Lebreton et Martinot 1998), le Venturon a une répartition ouest-européenne qui est une des plus restreintes de l’avifaune paléarctique, puiqu’elle ne concerne que 6 pays : l’Autriche, l’Allemagne, la Suisse, l’Italie, la France et l’Espagne. Dans cette aire, il n’est présent que dans certains systèmes montagnards (Bacetti et Marki in [E], Tucker et Heath 1995).

Les effectifs européens sont compris entre 250 000 et 280 000 couples, dont environ 80 % sont localisés en Espagne, pays où une augmentation sensible a été notée au cours des trente dernières années (Tucker et Heath 1995). En France, l’espèce est présente dans les massifs montagneux à l’est d’une diagonale joignant Strasbourg au nord et Bayonne au Sud, ainsi qu’en Corse. En métropole, les principaux massifs montagneux sont peuplés : les Vosges, les Alpes, le Massif central et les Pyrénées (Pasquet in [N]). L’estimation la plus récente des effectifs français avance un total d’environ 20 000 couples, même si les limites de la répartition dans certains massifs, notamment le Massif central, restent imprécises (Bacetti et Marki in [E] Pasquet in [N]).

La répartition du Venturon en Rhône-Alpes n’a guère évolué depuis trente ans. Le noyau principal est situé dans les départements savoyards, se prolongeant de manière beaucoup plus lâche sur la bordure ouest des Alpes en Isère et en Drôme : Chartreuse, Belledonne, Oisans et Vercors, pour atteindre sa limite sud dans les Baronnies (26). Ailleurs, à l’exception du Rhône où il ne niche pas, le Venturon n’occupe que les massifs qui lui sont favorables, dépassant les 1 000 m., comme les monts du Forez, de la Madeleine et le Pilat (42), le massif du Mézenc (07), le Valromey (01), les crêts du Jura (01), sans que la reproduction y soit toujours certaine. Il existe des variations importantes d’utilisation de l’espace entre les Alpes et les autres massifs régionaux. En Vanoise, Lebreton et Martinot (1998) donnent une cote moyenne de 1695 m, des nidifications certaines étant cependant observées à une altitude bien supérieure : 2 190 m le 26 juillet 1982 à Macôt la Plagne (73), 2 200 m le 9 juin 1996 à Aussois en Haute Maurienne (73). Ces particularités de distribution altitudinale sont similaires à celles mises en évidence dans d’autres pays, régions ou départements. Dans le canton de Vaud (Suisse), il se reproduit surtout au-dessus de 1 000 m dans le massif du Jura et au-dessus de 1400 m dans les Alpes (Rainoni in Sermet et Ravussin 1995). Dans le département du Jura la nidification “a été constatée entre 800 et 900 m”, bien qu’il soit plus fréquent au delà de 1 100 m (Gauthier-Clerc in G.O.J. 1993). Plus au sud, dans le Gard, le Venturon n’est connu nicheur certain qu’au Mont Aigoual à plus de 1 000 m, alors qu’en Vaucluse seul le Ventoux est occupé au delà de 1 300 m (Bousquet in C.O.GARD 1993, OLIOSO 1996). Dans les Pyrénées, comme dans les Alpes intérieures, le Venturon est “réellement abondant entre 1 500 et 2 000 m, dominant les autres espèces commensales” (Fouarge 1980). En Rhône-Alpes, l’espèce est donc présente de la limite supérieure de l’étage montagnard à la limite inférieure de l’étage alpin (Pasquet in [N] ; Lebreton et Martinot 1998, Géroudet 1998b).

S’il s’adapte aux formations végétales présentes dans les massifs, le Venturon préfère cependant les boisements secs très clairsemés, surtout dans l’étage montagnard : pessières sèches, mélèzein, pinèdes sylvestres, surtout en lisière (Le Louarn 1968, Géroudet 1998b), dans les pâturages semi-boisés et les clairières. A l’inverse des Pyrénées, où elles sont très fréquentées (Fouarge 1980), les cembraies et les pinèdes à crochets ne le sont que très peu en Rhône-Alpes ; il choisira de préférence des lieux bien exposés au soleil, herbus et rocailleux, parsemés d’arbres (Rainoni in Sermet et Ravussin 1995, Géroudet 1998b). Sa densité varie de 0,5 couples pour 10 ha en pinède de pin à crochets à 2,1 couples pour 10 ha en pessière sèche ([R], Lebreton et Martinot 1998). Dans les pinèdes de pin sylvestre, la densité reste faible : 1,3 couples pour 10 ha. Dans l’ensemble ces valeurs sont similaires à celles qui sont observées dans d’autres régions : 2,3 couples pour 10 ha à l’étage montagnard dans le canton de Vaud (Suisse) (Rainoni in Sermet et Ravussin 1995), 2,3 couples pour 10 ha. dans les forêts clairièrées du Jura (Gauthier-Clerc in G.O.J 1993). Comme le mentionne cet auteur “les densités sont toutefois extrêmement difficiles à établir” ; des différences sensibles peuvent également être notées d’un massif à l’autre. Ainsi, si dans les Alpes internes la densité observée en mélèzein est de 1,8 couples pour 10 ha., elle augmente jusqu’à 3 couples dans le Briançonnais.
Sociable, le Venturon niche en colonies lâches de tailles irrégulières, ce qui explique la répartition en taches des populations. Bien que le stationnement des oiseaux sur les sites de nidification soit sporadique à cette époque (Praz et Oggier 1973), la reproduction débute à la fin février-début mars selon les rigueurs du climat. Cette fréquentation des sites correspond soit au retour des oiseaux des secteurs méridionaux vers les Alpes internes, soit à la simple remontée des plaines proches (de Crousaz et Lebreton 1963). Ainsi 905 migrateurs sont dénombrés au col de l’Escrinet entre le 28 février et le 14 avril 1984, avec un maximum de 209 individus le 12 avril. Les premiers chants se font entendre dans la première décade de mars : le 5 mars 1981 dans le Valromey (01), le 11 mars 1978 à Chapareillan (38), le plus précoce ayant été entendu le 9 janvier 1993 à Bouchet (74). La biologie de la reproduction reste mal connue en Rhône Alpes. Pour le choix du site de nidification, il semblerait que l’espacement entre les arbres et la proximité de lieux ouverts soient déterminants. Il est admis que les premières pontes (de 3 à 5 œufs) sont déposées en mars-avril, alors que les secondes, voire les troisièmes, non systématiques, le sont jusqu’en juin-juillet (Pasquet in [N] Géroudet 1998b). La reproduction suit son cours jusqu’à la fin de l’été, période à laquelle des jeunes au nid ou volants sont encore observés : dès la mi-juillet, les premiers rassemblements post-nuptiaux de taille variable se forment : 15 oiseaux au Reposoir (74) le 10 juillet 1992, 93 sur le même site le 28 juillet 1992, plus de 10 individus à Tignes (74) le 30 juillet 1990, 19 oiseaux aux Glières (74) le 21 août 1990.

Aux premières chutes de neige importantes, les zones de reproductions sont délaissées. Selon De Crousaz et Lebreton (1963), les populations des massifs alpins intérieurs désertent les sites de nidification et effectuent une véritable migration post–nuptiale, les oiseaux des massifs périphériques n’effectuant qu’une transhumance vers les zones de plaines ou ils se regroupent avec d’autres Fringilles. En Vanoise, Lebreton et Martinot (1998) mentionnent cependant que l’espèce peut être observée toute l’année ; ces mêmes auteurs donnent comme dates extrêmes de présence en plaine en Rhône-Alpes le 17 octobre et le 7 mars. De fait les mouvements post nuptiaux s’intensifient en septembre-octobre : 40 individus au col de Menée, dans le Haut Diois (26), le 16 octobre 1981, 60 individus à Dingy Saint-Clair (74) le 23 octobre 1984. L’hivernage en bandes, parfois de grande taille, est bien connu : 300 individus dans les Bauges (73) le 10 décembre 1978, 50 dans les Baronnies (26) le 14 décembre 1980, 20 individus du 2 décembre 1989 au 2 janvier 1990 à Courzieu (69). Ces données cadrent bien avec les connaissances acquises sur la répartition hivernale des populations de Venturon en Rhône-Alpes, l’espèce fréquentant les régions montagneuses de moyenne altitude en bordure des Alpes occidentales : Valromey (01), Vercors (38, 26), Diois (26), Baronnies (26) (De Crousaz et Lebreton 1963, Dejonghe in [H]). Un oiseau de l’année (probablement né sur place), bagué le 27 août 1998 dans le Vercors (38) était au sud du Luberon (84) le 14 décembre 1998, montrant ainsi qu’une partie des venturons rhônalpins quittent notre région en hiver.

Typiquement montagnard le Venturon n’est pas a priori une espèce menacée, bien qu’il présente une distribution mondiale restreinte. Certaines caractéristiques de son écologie et de sa biologie de reproduction restent encore mal connues, dans une région d’où il est semble-t-il au moins pour partie originaire. Ce petit fringille sociable mériterait qu’on lui accorde une attention toute particulière permettant d’éclairer les particularités de son mode de vie.

Sébastien Blache
Olivier Iborra / CORA