Vautour percnoptère

Publié le jeudi 28 février 2008


Vautour percnoptère Neophron percnopterus

Angl. : Egyptian Vulture
All. : Schmutzgeier
It. : Capovaccaio

Le Vautour percnoptère, de catégorie faunistique indo-africaine selon Voous (1960) ou paléomontagnarde selon Bergier et Cheylan (1980), connaît deux sous-espèces : Neophron percnopterus ginginianus limitée au sud de l’Inde et Neophron percnopterus percnopterus occupant le pourtour méditerranéen, l’Afrique centrale jusqu’en Inde.

En Europe, l’espèce est répartie depuis l’est du Portugal, l’Espagne, les Baléares, le sud de la France, jusqu’à la Grèce. En France, on distingue un noyau pyrénéen et un noyau “provençal” qui regroupe l’Aveyron, l’Hérault, le Gard, l’Ardèche, la Drôme, le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône. Ces deux populations comprennent respectivement 40 à 50 couples et 20 couples. Depuis le précédent atlas rhônalpin, ce Vautour confirme sa régression. Dans la Drôme, alors que la première preuve de reproduction était établie en 1976, le seul couple reproducteur disparaissait 4 ans plus tard (dernière reproduction réussie en 1979). Il faudra attendre 15 ans et la mise en place d’enclos de nourrissage pour la réintroduction du Vautour fauve (opération “Vautour en Baronnies”) pour noter de nouveau la présence régulière du Percnoptère (aucune reproduction prouvée). L’observation chaque année de plusieurs individus avec chez certains un comportement d’oiseaux cantonnés (Tessier 1998) laisse beaucoup d’espoirs pour une reproduction prochaine. En Ardèche, la première mention (Lagardette 1872) se situe dans le Rocher de Crussol et ses environs, loin des Gorges de l’Ardèche, ce qui suppose une répartition alors plus vaste. Comme dans la Drôme selon Bouteille (1843), le Percnoptère était abondant (Rochon-Duvigneaud 1925, Rivoire et Lévêque 1957, Rivoire et Lévêque in Bouillot 1970). A partir de 1965, les données ardéchoises concernent presque exclusivement la Basse-Ardèche où résident en 1970, selon les estimations de Frier (1978), 3 à 5 couples dont 2 dans les gorges (partie centrale et aval). Ce même auteur indique la présence de trois sites occupés en 1977 avec un couple reproducteur (en aval), un individu (partie centrale) dans les Gorges de l’Ardèche et un couple nourrissant découvert sur un affluent. A partir de 1982, la population ardéchoise n’est plus que de 2 couples, dont celui des gorges qui disparaît en 1992, très probablement suite aux dérangements répétés en 1991 et 1992 par des spéléologues et des fouilles archéologiques illicites. La dernière nidification (un juvénile à l’envol) s’est produite en 1993. Depuis cette date, et malgré l’observation régulière d’au moins un couple cantonné en Ardèche jusqu’en 1996, le Vautour percnoptère ne s’est plus reproduit en Rhône-Alpes. Les observations enregistrées dans d’autres départements rhônalpins concernent des individus erratiques.

Deux éléments sont prioritaires pour l’habitat de cette espèce : le site de nidification et les zones d’alimentation. De 130 à 950 m en Provence (Bergier et Cheylan 1980) à 1 375 m en Espagne (in Donazar 1993), l’espèce établit son nid principalement dans des cavités de falaises. En Rhône-Alpes, l’historique des sites de nidification témoigne de cette faible exigence par rapport à l’altitude, bien qu’aucun lieu de reproduction ne soit connu à haute altitude. En Ardèche, les nids connus s’étendent de 100 à 650 m d’altitude, soit à une altitude minimale à celle connue en Provence. Bien que les parois calcaires offrent un plus grand nombre de sites adéquats (cavités, vires), le Percnoptère ne semble pas attaché à la nature du substrat. Pour rechercher sa nourriture (animaux morts, petites proies), le Percnoptère survole les paysages à végétation clairsemée (pâturages, pelouses, landes, bords de rivières). Les individus cantonnés semblent fréquenter des lieux privilégiés au sein de leur domaine vital : décharges, plages de galets (poissons morts), pâtures, parcs de mise-bas, charniers d’animaux domestiques. On peut penser que les percnoptères des Alpes fréquentaient les alpages, les décharges et autres charniers. En Basse-Ardèche, les vautours utilisaient régulièrement certaines décharges, survolaient les zones d’agnelage, mais aussi les bords de la rivière Ardèche, cherchant des poissons morts et probablement des déchets laissés par les touristes (Frier, in litt.).

La migration prénuptiale débute à la fin de février. Les nicheurs arrivent au mois de mars, plus tard en ce qui concerne les non reproducteurs, en avril-mai (Elosegi 1989). Pour l’Ardèche, les retours ont lieu durant la deuxième quinzaine de mars et au début d’avril avec une date extrême du 11 mars 1977. Les parades et les accouplements débutent dès l’arrivée du couple. En Ardèche, nous n’avons aucune date précise sur la ponte ; à partir des dates d’envols des jeunes et selon le comportement du couveur, on estime qu’elle se situe entre la fin d’avril et le début de mai, soit 3 semaines à 1 mois après le retour des adultes. Sur 28 pontes ardéchoises au cours de 18 saisons (1977-1994), 4 (14 %) ont donné 2 jeunes à l’envol et 19 (68 %) ont permis l’envol d’au moins un jeune, soit au total 23 (82 %) reproductions réussie. La productivité de la population ardéchoise (nombre de juvéniles volant / nombre de couples contrôlés) était donc de 0,8 juvénile volant / couple / an, ce qui est proche des autres régions étudiées : 1,0 en Provence (Bergier et Cheylan 1980), 0,8 dans les Pyrénées françaises (in Elosegi 1989), 0,8 en Navarre (in Donazar 1993). Dans la Drôme, les trois reproductions connues (1976, 1977, et 1979) ont toutes donné un jeune à l’envol. Dès la fin du mois d’août, les percnoptères européens entament leur migration pour rejoindre leurs quartiers d’hiver en Afrique, au sud du Sahara, du Sénégal à l’Ethiopie (zone sahélienne). En Ardèche, les dernières observations se situent entre le 15 et le 31 août avec une date extrême en 1993 (présence du jeune volant le 26 septembre) après une reproduction tardive (Mure 1994).

Les connaissances acquises grâce au suivi débuté en Ardèche dans les années 1960-1970 sous l’impulsion de Jacques Frier, ont permis d’identifier les causes de régression : dérangement sur les sites de reproduction et diminution des ressources alimentaires liée à la règlementation sur l’équarrissage et au fléchissement de l’élevage. Les destructions, volontaires ou non (piégeage, empoisonnement, tir) ont largement participé (Frier 1978) à cette régression. Les premières démarches de sauvegarde, sous l’impulsion du CORA et de la FRAPNA, ont conduit à deux arrêtés préfectoraux (1978) interdisant l’utilisation des appâts carnés sur les pièges destinés aux espèces dites nuisibles et autorisant le création de deux enclos de nourrissage pour le percnoptère. Ce programme de soutien alimentaire, auquel une trentaine d’éleveurs participent bénévolement, a été relancé et réorganisé en 1993, l’approvisionnement des enclos étant assuré par la Réserve Naturelle des Gorges de l’Ardèche et le CORA. Depuis 1986, ce dernier organise des campagnes de surveillance des sites de reproduction, sous la coordination nationale du FIR. Son action, jointe à celle de la FRAPNA et de la Société Botanique de l’Ardèche, a permis d’obtenir en 1990 la mise en place d’un Arrêté Préfectoral de Biotope sur un site de reproduction. Malgré toutes ces actions, la régression de l’espèce n’a pu être interrompue. La sauvegarde du Percnoptère en Ardèche exige la poursuite du soutien alimentaire, en parfaite coordination entre les organisations (Réserve Naturelle, ONF, CORA) pour optimiser l’approvisionnement (fréquence, régularité, quantité). Cette action n’aura d’intérêt que si elle est accompagnée d’un travail de sensibilisation des acteurs (autorités, chasseurs, bergers ...) locaux et d’une application très stricte de la réglementation en vigueur sur les sites, en particulier l’interdiction des activités humaines (escalade, spéléologie, archéologie, véhicules tout terrain, exploitation forestière) durant la période de reproduction. Le maintien d’une surveillance des sites sera indispensable pour estimer et maîtriser la fréquentation humaine.

Dans la Drôme, le programme de réintroduction du Vautour fauve suffit à favoriser le retour du Percnoptère. Sur le plan national, la population “provençale” (Languedoc-Roussillon et Cévennes comprises) paraît très vulnérable malgré le retour de l’espèce en Cévennes et Baronnies, l’accroissement dans le massif du Lubéron (Gallardo comm. pers.). Cette situation exige que les naturalistes et les gestionnaires d’espaces naturels échangent leurs expériences et leurs connaissances et coordonnent leur actions dans un programme commun.

Michel Mure