Vautour fauve

Publié le jeudi 28 février 2008


Vautour fauve Gyps fulvus

Angl. : Griffon Vulture
All. : Gänsegeier
It. : Grifone

Vautour fauve, photo Rémi RUFER © 2008

Le Vautour fauve habite le sud de l’Europe, le nord de l’Afrique et le sud-ouest de l’Asie. Aux XIIIième et XIVième siècles, il nichait encore dans le sud de l’Allemagne et au début du XXième dans le sud-est de la Pologne ([N]). En France, il est présent dans l’ouest des Pyrénées (Pays basque et Béarn - environ 300 couples en 1997) et a été réintroduit depuis 1981, après quarante ans d’absence, dans le sud du Massif central (70 couples en 1997). Dans les Alpes du sud, l’espèce a disparu au début du vingtième siècle.

Pour la région Rhône-Alpes, de nombreux naturalistes du XIXème siècle citent la présence du Vautour fauve, notamment en Ardèche, Provence et dans les Alpes (Crespon 1844, Bailly 1853), tout en restant vagues sur son statut. Pour la partie méridionale de la région, Crespon (1844) précise cependant que "les montagnes de Lozère, des Cévennes, de l’Ardèche et de la Provence sont des endroits où vit cet oiseau [...] il niche sur les rochers les plus inaccessibles et sur les arbres les plus élevés de forêts." En Savoie, en Isère et en Drôme, l’espèce reste erratique, d’observation exceptionnelle (Bailly 1853-54, Lavauden 1911). Elle a disparu d’Ardèche suite aux campagnes d’empoisonnement destinées aux loups, à la destruction directe par le fusil et aux normes sanitaires imposées aux éleveurs qui supprimèrent la principale source de nourriture des vautours. Depuis une dizaine d’années, le nombre d’observations du Vautour fauve en Rhône-Alpes a considérablement augmenté, l’espèce ayant été observée dans la plupart des départements, plus fréquemment dans le sud (07, 26). L’accroissement de la population de vautours fauves de la péninsule ibérique et des Pyrénées françaises et sa réintroduction depuis 1981 dans les Causses en sont très probablement la cause.

Vautour fauve, photo Rémi RUFER © 2008

La présence d’une colonie de vautours fauves est liée à trois conditions fondamentales (Chassagne 1998) :
1/ La présence de parois rocheuses : c’est un oiseau rupestre dont les aires et les reposoirs sont situés sur des rochers escarpés. L’orientation, la hauteur, l’altitude et la nature du rocher ne semblent pas jouer un rôle décisif.
2/ La disponibilité en nourriture : le Vautour fauve est un charognard strict qui se nourrit de cadavres de mammifères de moyenne à grande taille. Aujourd’hui, l’aire de répartition de cette espèce est étroitement liée à la présence d’ongulés domestiques sédentaires ou transhumants. La récente modification de la loi sur l’équarrissage devrait être très favorable à tous les oiseaux charognards. Enfin, l’augmentation des populations d’ongulés sauvages (Sanglier, Chamois, Bouquetin …) constitue un potentiel alimentaire non négligeable.
3/ Les possibilités de vol à voile : le Vautour fauve est un rapace planeur qui utilise pour ses déplacements les ascendances thermiques et/ou le vent.

En 1987, des naturalistes de la Drôme ont lancé l’idée de réintroduire le Vautour fauve dans le sud du département. Une étude bibliographique de sa répartition au XIXième siècle, mise en corrélation avec les trois conditions fondamentales énoncées ci-dessus, a permis de délimiter les secteurs géographiques favorables dans les Alpes du sud. En 1993, le Ministère de l’Environnement autorise le projet dans les Baronnies (commune de Rémuzat). La technique de réintroduction est celle utilisée par le Fonds d’Intervention pour les Rapaces et le Parc National des Cévennes dans la région des grands Causses. Elle consiste à créer, dans un premier temps, une colonie captive à partir d’oiseaux récupérés dans des centres de soins pour la faune sauvage et des parcs zoologiques français et surtout espagnols. Cette captivité est indispensable afin que les oiseaux s’imprègnent du paysage des Baronnies, établissent des liens entre eux et soient matures au moment du lâcher. Avant leur libération, tous les vautours ont été bagués et équipés d’un émetteur fixé sur une rectrice. Deux aires de nourrissage ont été mises en place, approvisionnées en cadavres d’ongulés issus de l’élevage local.
Le 7 décembre 1996, après presque trois ans de captivité, les 16 premiers vautours fauves ont été libérés, rejoints le 8 novembre 1997 par 15 oiseaux supplémentaires. A ce jour, des 31 vautours libérés, 3 ont été remis en volière car trop imprégnés, 4 ont été retrouvés morts et 4 ont quitté la colonie (dont un observé depuis dans les Causses). Depuis le premier lâcher, au moins 13 vautours étrangers à la colonie ont été observés dans les Baronnies (dont 1 bagué dans les Causses et 2 en Espagne) ; cet effet attractif de la colonie réintroduite s’exerce aussi sur d’autres espèces comme le Vautour percnoptère, disparu depuis 1981 des Baronnies et observé à nouveau très régulièrement.

Au printemps 1998, 3 couples de vautours fauves ont tenté de se reproduire, mais ont échoué probablement par manque de maturité (ponte tardive, prédation des oeufs par le Grand Corbeau). D’après nos observations, les mouvements quotidiens s’effectuent actuellement dans un rayon de 20 km autour du site de réintroduction, mais des déplacements lointains se produisent aussi, comme le prouve cette observation d’un vautour libéré dans les Baronnies en novembre 1997, présent sur le site jusqu’au 20 juin 1998, identifié ensuite dans les gorges de la Jonte (en Lozère ; à 150 km) le 27 juin et de retour à Rémuzat le 6 juillet.

Un second programme de réintroduction, géré par le Parc Naturel Régional du Vercors est en cours sur la bordure sud du Vercors, à Chamaloc (26). Sur ce site, le premier lâcher a eu lieu à la fin de l’année 1999. Avec ce nouveau programme, et devant les résultats déjà obtenus dans le massif des Baronnies, on peut considérer que le Vautour fauve fait à nouveau partie de l’avifaune de la région Rhône-Alpes.

Texte : Christian Tessier
Photo : Rémi RUFER