Vanneau huppé

Publié le jeudi 28 février 2008


Vanneau huppé Vanellus vanellus

Angl. : Northern Lapwing
All. : Kiebitz
It. : Pavoncella

Vanneau huppé, photo Rémi RUFER © 2008

De catégorie faunistique paléarctique, le Vanneau huppé est très largement répandu à travers tout le continent eurasiatique puisque des individus se reproduisent depuis la péninsule ibérique jusqu’à la Chine et entre 35 et 70° de latitude nord (Cramp et Simmons 1983). En France, cet oiseau se reproduit un peu partout dans les deux tiers nord du pays. Au sud d’une ligne reliant Bordeaux à Aurillac et Grenoble, le Vanneau huppé ne se reproduit guère que dans les zones proches du littoral méditerranéen, entre Béziers et Martigues. La présente carte précise la répartition de l’espèce dans le sud-est de notre pays. En Rhône-Alpes, des populations homogènes n’existent que dans le quart nord-ouest de la région. Le Roannais et la plaine du Forez (42), les Monts du Lyonnais (69), le Val de Saône (01 - 69), la Bresse, la Dombes (01), l’Ile Crémieu, le Bas Dauphiné et la plaine de Bièvre (38) sont les districts les mieux peuplés alors que partout ailleurs seules existent de toutes petites populations isolées. Les estimations d’effectifs les plus récentes font état de 400 couples pour l’Ain (dont 300 pour la seule Dombes - Broyer in [N]), 18 à 25 dans l’Ardèche, quelques uns dans les départements savoyards, 32 à 47 dans l’Isère, 500 à 1 500 dans la Loire, 100 à 300 dans le Rhône, soit un total rhônalpin de 1 050 à 2 300 couples mais probablement proche de la valeur basse de cette estimation.

La quasi totalité des oiseaux se reproduisent aux basses altitudes, entre 170 m dans le Val de Saône (01 - 69) et 600 m (Sévelinges - 69). Des nicheurs ont parfois été notés à des altitudes nettement plus élevées : 730 m à Aranc (01) en 1981, 780 m à Saint Maurice en Gourgois (42) en 1973, 800 m à St Didier en Velay (42) en 1983 et à Brénod (01) en 1987 et même 1 100 m à Hugons (07) en 1979. Plus haut encore, seuls des stationnements sans reproduction apparente ont parfois été signalés : cantonnements d’un ou 2 couples à 1 400 m à Saint Bonnet le Courreau (42) en 1983 et 1986, apparente parade de deux oiseaux sur la neige à 2 000 m à Val d’Isère (73) le 20 mai 1980. Les biotopes originels de l’espèce sont sans doute les milieux humides, encore occupés de nos jours en Dombes, dans le Val de Saône et en plaine du Forez. Ces habitats primitifs sont les rives boueuses des étangs, les zones herbacées fraîches ou humides. En Dombes, l’espèce habite des formations ouvertes où poussent la Littorelle (Litorella lacustris), l’Agrostide des chiens (Agrostis canina), la Cicendie fluette (Cicendia pusilla), des landes à genêts (Cytisus scoparius) et joncs (Juncus conglomeratus), des prairies de bordure d’étangs caractérisées par la Houlque laineuse (Holcus lanatus), la Flouve odorante (Anthoxanthum odoratum), la Renoncule rampante (Ranunculus repens), etc (Lebreton et al. 1991). Autrefois, au marais des Echets (01), Vaucher (1954) a observé la nidification du Vanneau dans les parties surélevées à carex (Carex sp.) et joncs (J. conglomeratus). Partout où des milieux herbacés sont occupés, ceux-ci sont caractérisés par une végétation rase ou clairsemée. Ces zones originelles ont été très largement remplacées par des cultures. En contradiction avec la plus grande partie des espèces de limicoles, le Vanneau a semblé s’adapter à cette transformation. En bien des endroits, l’espèce n’est apparue comme nidificatrice que lorsque les labours ont supplanté les prairies, trop élevées et denses à son goût. Les champs apprêtés pour la culture du Maïs ou du Tournesol, laissée nus jusque tard en saison, semblent avoir sa préférence. En Rhône-Alpes, des reproductions ont aussi été constatées dans des céréales (Blé et Orge), en très faibles effectifs.

Vanneau huppé, photo Rémi RUFER © 2008

Au printemps, une part importante des vanneaux s’installe sur les sites de reproduction au début de mars. Des pontes complètes ont été signalées tôt dans ce mois : le 10 dans les gorges de la Loire en 1977, le 18 à Feurs (42) en 1972. Toutefois, des poussins âgés d’une semaine notés à Boisset les Montrond (42) les 11 avril 1977 et 1980 indiquent des pontes déposées aux environs des 7-9 mars. De même, des jeunes de quelques jours observés au marais des Echets le 13 avril 1991 suggèrent une ponte autour du 15 mars. La plupart des premières pontes sont effectuées de la dernière décade de mars à la fin d’avril. Ensuite, les couvées observées sont de toute évidence des pontes de remplacement. Celles-ci peuvent se prolonger tard dans la saison puisque de jeunes poussins peuvent encore être vus en juillet : 3 jeunes de 10-15 jours au Plantay (01) le 22 juillet 1990, jeunes non volants fin juillet 1972 à Lentigny (42) et le 1er août 1992 à Saint André le Bouchoux (01). Dans tous les milieux, le pourcentage de réussite est infime. Dans les labours, nids et jeunes sont fréquemment détruits par les passages des engins agricoles mais sont aussi très exposés à la vue des prédateurs au premier rang desquels figure la Corneille noire. En Dombes, entre 1990 et 1993, le nombre de jeunes à l’envol par femelle ayant pondu était en moyenne de 0,21 - 0,24 sur les sols cultivés, de 0,58 - 0,82 sur les vasières d’étangs et de 0,95 à 1,40 sur les chaumes de maïs laissées incultes (Broyer 1997). Dans des sites cultivés de la plaine de l’Ain (01), ce taux était de 1,0 pour la période 1981-1983 (Bernard 1984) et 0,93 en 1988 (Broyer 1988). Ces chiffres sont tous en retrait de la valeur (1,40) calculée par Imboden (1974) pour seulement assurer le maintien des populations.

Des mouvements postnuptiaux peuvent être observés dès la mi-juin. La migration proprement dite est notée à partir de septembre. Sur des sites favorables, des vasières d’étangs en pêche le plus souvent, des troupes pouvant parfois compter plusieurs milliers d’individus sont observées occasionnellement avec des maximums de 5 à 10.000 à Feurs (42) les 20 novembre 1964 et 12 mars 1966, 8 000 à Birieux (01) le 19 novembre 1989. L’importance des effectifs d’hivernants est liée aux conditions climatiques. L’origine des vanneaux transitant en Rhône-Alpes est connue par 10 reprises, dont 6 en période de reproduction (2 en Hongrie, 1 en Tchécoslovaquie, Suisse, Italie et aux Pays-Bas) ; les autres oiseaux provenaient des Pays-bas, de Belgique et d’Italie (dont un a porté une bague durant 13 ans). En dehors des reprises locales, les poussins marqués en Dombes ont fourni des reprises dans les Pyrénées Orientales, les Yvelines et l’Allier (Broyer 1983).

Le Vanneau huppé est considéré comme espèce-gibier dans la plupart des départements français et dans tous ceux de la région Rhône-Alpes. L’apparente progression des populations rhônalpines (1 050 à 2 300 couples durant la présente enquête contre 510-910 en 1986 - Dubois et Maheo 1986) résulte vraisemblablement d’une sous-estimation des effectifs de la Loire en 1986. L’espèce n’a pas réussi à se maintenir dans la plaine de l’Ain ou dans le Pays de Gex mais a progressé dans le Rhône et s’est même implantée dans les départements savoyards et en Ardèche. La faiblesse de la réussite de sa reproduction incite à penser que les effectifs rhônalpins ne se maintiennent que grâce à l’apport régulier d’oiseaux exogènes. Cette situation pourra-t-elle durer ?

Texte : Alain Bernard
Photo : Rémi RUFER