Tourterelle des bois

Publié le jeudi 28 février 2008


Tourterelle des bois Streptopelia turtur

Angl. : Turtle Dove
All. : Turteltaube
It. : Tortora

Tourterelle des bois, photo France DUMAS © 2008
Tourterelle des bois, Photo France DUMAS

De catégorie faunistique tourano-européenne, la Tourterelle des bois occupe l’ensemble de l’Europe tempérée et donc de la France (Jarry in [N]).

En Rhône-Alpes, elle occupe les plaines et les collines. La carte de répartition montre clairement qu’elle évite les altitudes élevées. Elle devient peu fréquente dès 600-700 m dans le Revermont et le Bugey (01). Il existe quelques données exceptionnelles de sites plus élevés, mais la reproduction n’y est pas prouvée : par exemple, un couple à 1 700 m vers Bessans (73) en juin 1975, ou un chanteur à 1300 m à Claix (38) le 26 mai 1973. La Tourterelle des bois présente un caractère nettement plus campagnard que les autres Colombidés. Elle occupe de préférence les zones semi-ouvertes (bocages, boisements jeunes et/ou clairsemés, bosquets, ripisylves …) et fréquente pour se nourrir les cultures, les prés et les friches.

En Ardèche, deux IPA ont été calculés en 1988 : 1,17 à Chauzon, Balazuc, Lanas, Lachapelle sous Aubenas et 0,47 à Vogüé, Saint-Alban, Auriolles. Une estimation de 7 à 9 couples pour 14 ha de boisements en Dombes (01) constitue le seul autre chiffre connu sur la densité en Rhône-Alpes (Bournaud et Ariagno 1969).
La Tourterelle des bois arrive assez tardivement dans notre région : le 12 avril en moyenne sur 31 années de 1962 à 1992 (date précoce : le 12 mars 1994 à Saint Didier au Mont d’Or - 69). Si cette date se situe une semaine plus tôt que celle indiquée dans le précédent atlas rhônalpin ([R]), il reste délicat d’attribuer cette différence à une meilleure détection des premiers migrateurs ou à leur arrivée réellement plus précoce. Le passage peut s’étendre jusqu’à la fin de mai, comme en témoigne l’observation d’une troupe de 35 oiseaux à Château-Gaillard (01) le 29 mai 1985. C’est le roucoulement caractéristique de l’espèce qui signale le plus souvent son retour. Il est généralement entendu jusqu’au début de juillet et moins fréquemment jusqu’en août (date tardive : le 26 août 1990 à la Tour de Salvagny - 69). Trois emplacements de nids rhônalpins ont été décrits : un saule, un taillis d’aulnes et un buisson de ronces et de noisetiers. La plate-forme, rudimentaire et bien dissimulée, contient presque toujours deux œufs (2,1 sur quinze nids). Les pontes sont surtout notées entre la fin de mai et celle de juin (date précoce : nid à deux œufs le 1er mai 1960 à Valence - 26). La construction d’un nid le 26 juillet 1985 à Lescheroux (01) semble tardive, même si des jeunes au nid ont été notés jusqu’au 20 août (en 1994 à Saint Romain de Jalionas - 38) et jusqu’en septembre ailleurs en France ([N]).

Tourterelle des bois, photo France DUMAS © 2008
Tourterelle des bois, Photo France DUMAS

Des rassemblements postnuptiaux s’observent parfois en août : plus de 250 oiseaux le 23 août 1986 à Bollène (26), 112 le 14 août 1988 à Saint Just Saint Rambert (42), 95 le 27 août 1998 à Marlieux (01). A cette époque, certains nicheurs rhônalpins ont déjà largement engagé leur voyage vers le sud, comme le suggère le tir en août 1967 à Salamanque (Espagne) d’un oiseau bagué dans la Loire en juin 1962. En dehors des rassemblements, l’espèce reste discrète à l’automne et sa migration postnuptiale (surtout nocturne) passe inaperçue. Les derniers oiseaux sont observés à la fin de septembre (en moyenne le 20 septembre sur 27 années entre 1962 et 1992 ; dates tardives : 9 octobre 1966 aux Plats - 07, 9 octobre 1993 à Loyettes - 01, 13 octobre 1993 à Grignan - 26). L’observation hivernale d’un oiseau le 30 janvier 1988 à Meyzieu (69) paraît extrêmement surprenante ; peut être faut-il envisager une confusion avec une tourterelle maillée (S. senegalensis) échappée (cette espèce est parfois observée en France ; son origine sauvage n’est pas établie - Dubois et al. 1998). Les tourterelles des bois françaises hivernent en grands groupes du Sénégal au bassin du Niger.

Jarry (in [N]) indique que l’espèce a subi un déclin, d’abord lent et progressif à partir des années 1970, puis brutal au cours de la décennie suivante, particulièrement à partir de 1985. Pour la région Rhône-Alpes, il évoque une diminution de 50 à 90%. Il semble effectivement que la Tourterelle des bois rencontre bien des difficultés en Europe. La détérioration de ses biotopes de nidification et d’alimentation par la suppression des haies et l’usage d’herbicides est évidente ; elle pourrait être aggravée par l’éventuelle compétition alimentaire avec la Tourterelle turque (S. decaocto) aux abords des habitations. De surcroît, la Tourterelle des bois souffre de mauvaises conditions d’hivernage en Afrique. Celles-ci sont surtout dues à la sécheresse, mais aussi à l’exploitation intensive des forêts utilisées pour les dortoirs. Enfin, une pression de chasse excessive sur les populations françaises s’exerce aussi bien pendant l’hivernage en Afrique que sur les voies de migration de retour : Maroc, Médoc.
Dans ce contexte difficile pour l’espèce, on ne peut que condamner avec la plus grande vigueur l’attitude irresponsable et archaïque des chasseurs aquitains. Leur pseudo-tradition de chasse printanière constitue à l’évidence une aberration biologique ; elle représente de plus une violation flagrante des engagements européens de notre pays. Le respect de la Directive Oiseaux et la préservation des biotopes de cette Tourterelle paraissent nécessaires au maintien de ses populations en France et en Rhône-Alpes.

Texte : Jean-Baptiste Crouzier
Photos : France DUMAS