Torcol fourmilier

Publié le jeudi 28 février 2008


Torcol fourmilier Jynx torquilla

Angl. : Wryneck
All. : Wendehals
It. : Torcicollo

De catégorie faunistique paléarctique, le Torcol possède une vaste répartition allant de l’Europe de l’ouest à la mer du Japon. En Europe, sa limite septentrionale passe actuellement par le nord de la France et la Belgique, où l’espèce devient rare ; elle atteint encore le cercle arctique en Finlande et Russie. L’espèce habite toute l’Europe centrale, où son déclin est partout signalé.

En France, Yeatman (1976) mentionnait déjà un recul vers le sud de la distribution de cet oiseau, qui s’est malheureusement poursuivi et accentué par la suite ([N]). Le Torcol ne niche plus en Bretagne, en Normandie, ni dans le Nord. Ses populations s’amenuisent en Touraine, Anjou, Ile de France et Champagne. Les effectifs nationaux, compris entre 3 000 et 10 000 couples, sont en déclin de 20 à 50 % depuis les années 1970 (Rocamora et Yeatman - Berthelot 1999).

Bien qu’une importante érosion affecte les effectifs régionaux, Rhône-Alpes reste un bastion privilégié pour cette espèce en France. Sa répartition est homogène sur toute la bordure de l’arc alpin, de la Drôme à la Haute Savoie et au Jura méridional. Le Torcol niche jusqu’à 900 m dans l’Ain, plus de 1 000 m en Haute Savoie et des chanteurs ont été entendus en 1979 jusqu’à 1 400 m au Grand Bornand et à Talloires (74). La carte fait toutefois apparaître une présence plus sporadique sur les territoires à l’ouest de la région (plateau ardéchois, plaine du Forez, Roannais, Monts du Beaujolais). Hormis en Dombes (01), l’espèce était présente dans les régions de plaine (Bresse, plaines de l’Ain et de l’Isère, vallée du Rhône ; [R]). Depuis, elle a disparu de ces secteurs de basse altitude. Le Torcol fait partie des 10 espèces qui ont le plus régressé en Rhône-Alpes depuis 20 ans : les effectifs sont estimés, pour la période 1993-1998, entre 500 à 3 000 couples (soit 17 à 30 % des effectifs nationaux), en régression moyenne de plus de 20 %, tout comme sa distribution ; la faible fiabilité de l’estimation laisse envisager un déclin encore plus important.

Le Torcol peut trouver dans notre région tous les habitats qu’il affectionne et qui lui permettent de se reproduire ; il y recherche surtout des milieux à tendance xérothermophile, semi-ouverts, qui possèdent de bonnes populations de fourmis. On peut le trouver dans les parcs, à la lisière des bois de feuillus, les landes, le bocage. Il n’hésite pas à s’installer près des maisons et peut occuper des jardins, vergers ou zones de friches dans de petites villes (Bellegarde, Belley - 01). Tous ces milieux doivent aussi fournir les cavités nécessaires à la nidification de l’espèce. Celles-ci peuvent se situer dans des trous d’arbres (anciennes niches de pics, car le Torcol ne creuse pas), plus rarement dans des murs, et l’oiseau s’installe régulièrement dans les nichoirs mis à sa disposition. Discrète, l’espèce est le plus souvent trahie par son chant nasillard bien particulier. Les premiers retours de ce migrateur transsaharien s’observent à partir de la mi-mars (6 mars 1989 à Aime - 73, 15 mars 1985 à Allinges - 74, 15 mars 1988 à Saint Maurice de Gourdans - 01). Pour la vallée du Haut Rhône dans l’Ain, la date moyenne des arrivées sur 10 ans (1989 à 1998) est le 7 avril avec un écart type de 3,5 jours. La date moyenne en Rhône-Alpes est le 1er avril (n = 16, [R]). Bien que la plupart du temps les évaluations de densité soient rendues très délicates, comme ailleurs en France, par les mœurs discrètes de l’espèce en période de reproduction, des estimations assez correctes peuvent être avancées. C’est le cas aux alentours du Léman (74) : 0,14 couples à Anthy et 0,12 à Margencel pour 10 ha en 1994 (Prévost, données non publiées). En milieu bocager, 4 couples pour 10 ha ont été dénombrés en 1992 sur la Michaille (01).

Les sites de reproduction peuvent se trouver proches les uns des autres et les territoires contigus, avec plusieurs chanteurs par village ou par commune sur les districts bugistes (01) et ceux de l’avant pays savoyard (73). Actuellement, ces régions des étages collinéen et montagnard accueillent une population encore homogène. Des regroupements de plusieurs individus ont été mentionnés à l’arrivée des oiseaux et la formation des couples semble assez longue et complexe. La défense territoriale se manifeste par le chant des deux partenaires (celui de la femelle est plus rauque). Des individus célibataires s’installent puis se décantonnent soudainement. De même, des couples se forment puis disparaissent ou encore les pontes sont abandonnées (dérangements, prédations par les étourneaux, les petits mammifères ou les chats).

Le baguage a permis de constater des changements de partenaires sur des périodes courtes ; cette espèce constitue sans doute des colonies lâches, dont les échanges et interactions entre individus sont indécelables pour nous, ce qui pourrait en partie expliquer le déclin rapide des populations constaté en Rhône-Alpes : les colonies ne pouvant plus se constituer, le processus de régression spatiale serait accéléré. Une femelle qui possédait des plaques incubatrices a été contrôlée deux ans de suite à Seyssel (01), seul cas connu de fidélité à un même site. Tous ces caractères d’instabilité expliquent sans doute l’étalement des dates de ponte puisque l’on peut trouver des œufs depuis la mi-mai jusqu’en juillet (9 œufs le 21 mai 1988 à Crozet - 01). Les pontes sont souvent de 7 à 9 œufs, avec un taux de réussite très lié aux conditions météorologiques. Une ponte de 9 œufs le 30 mai 1989 a donné 9 jeunes à l’envol à Chanay (01), celle de Crozet en a donné 8. La nidification est quelquefois tardive : 7 œufs le 7 juillet 1988 à Roussillon (38) ; un couple nourrissait dans un trou de mur le 31 juillet 1989 à Génissiat (01).

Il est difficile d’estimer le début de la migration postnuptiale, qui dure d’août à octobre, car l’erratisme des jeunes est important après leur émancipation. Les observations automnales restent peu nombreuses. Les dernières dates normales se situent pour la région vers le 20 septembre, les plus tardives vers le 10 octobre, les dernières le 17 octobre 1987 à Dardilly (69) et le 23 octobre 1967 à Valence (26). Le passage d’oiseaux scandinaves est certifié par les reprises début septembre d’individus bagués au nid en Finlande et Suède, trouvés morts en Isère et en Ardèche. Un oiseau marqué en Bavière le 27 août 1969 et retrouvé en janvier 1970 à Nyons (26) demeure la seule donnée hivernale de cette espèce dans notre région.

La disparition du Torcol dans les districts de plaine peut s’expliquer par la modification du milieu : disparition du bocage, des haies, des arbres creux, de l’entomofaune. Sa régression dans les régions collinéennes et montagnardes pourrait être liée à des phénomènes démographiques mal connus. Il serait souhaitable de s’y intéresser dans la décennie à venir, afin de comprendre les causes du déclin actuel et de trouver les solutions pour y remédier.

Daniel Goy