Tichodrome échelette

Publié le jeudi 28 février 2008


Tichodrome échelette Tichodroma muraria

Angl. : Wallcreeper
All. : Mauerlaüfer
It. : Picchio muraiolo

De catégorie faunistique paléomontagnarde, le Tichodrome occupe la plupart des grands massifs montagneux européens, des Pyrénées jusqu’aux Carpathes et aux Balkans. En France, les massifs alpins et pyrénéens abritent les populations les plus importantes. Le massif du Jura héberge quelques dizaines de couples. L’espèce est absente des Vosges et il n’existe que quelques cas de reproduction dans le Massif central.

Dans la région Rhône-Alpes, le Tichodrome ne niche pas dans les départements de la Loire, du Rhône et de l’Ardèche. Dans l’Ain, des indices existent pour une douzaine de sites jurassiens, essentiellement dans la vallée de la Valserine et le Haut-Jura (Gauthier-Clerc 1991) mais il n’y a pas de données probantes pour le Jura méridional. Dans les Alpes, l’espèce est présente sur l’ensemble des massifs ; elle n’est pas rare dans le sud de la région, contrairement à ce qui était suggéré dans le précédent atlas ([R]). Curieusement, la moyenne des indices de reproduction est plus faible en Isère que dans les autres départements, cette particularité s’expliquant sans doute par un manque de sites favorables. Les gorges de l’Ardèche, zone d’hivernage traditionnelle, pourraient parfois accueillir des nicheurs. Dans le Jura, les altitudes des nids se situent principalement entre 1 000 et 1 500 m d’altitude. La moyenne est de 2 145 m en Vanoise (n = 14), mais des chanteurs ont été observés en mai 1996 vers 3 300 m en Maurienne (Martinot et Lebreton 1998). Le record régional pourrait être cette observation en période de nidification à 3 420 m à St Christophe en Oisans (38) en août 1994 (Coulomy 1999). Cependant, le Tichodrome se reproduit également à basse altitude, comme à Montanges (01) à 550 m ou à Boulc (26) à 700 m. Il a niché au siècle dernier au défilé de la Balme (Bailly 1852-83 vers 250 m d’altitude, et a été signalé en période de reproduction (10 mai 1982) à des altitudes similaires dans le Grésivaudan isérois (St Martin le Vinoux - 38). Malgré cette large distribution dans les Alpes, le Tichodrome reste rarement observé et pas plus de trente sites sont répertoriés par département. S’il est difficile d’évaluer précisément des effectifs, les estimations pour la période 1993-1997 suggèrent 10 à 14 couples pour la partie jurassienne de la région (Géroudet et Gauthier-Clerc 1994), 50 couples en Drôme, Isère et Savoie, 100 couples en Haute-Savoie, 100 couples en Drôme, 250 couples en Isère, 500 couples en Savoie soit une fourchette globale comprise entre 200 et 2 000 couples ; le nombre d’observations estivales et hivernales suggérerait qu’il n’y a pas plus de quelques centaines de couples. Toutefois, comme la découverte de l’espèce est peu aisée, les effectifs pourraient être sensiblement plus importants. Le Tichodrome se nourrit et se reproduit sur les parois rocheuses. Le nid est établi à l’intérieur d’une crevasse, voire sur des constructions, dans le mur d’un chalet ou encore dans une gargouille des Forts de l’Esseillon dans l’Aussois (Maurienne - 73). L’absence de l’espèce dans beaucoup de falaises est pour le moment difficilement explicable, car on ne connaît pas précisément ses exigences écologiques. Il a été suggéré que les falaises humides étaient préférées (Löhrl 1976 b), mais plusieurs études semblent montrer que ce n’est pas le cas (Saniga 1995). L’orientation de la paroi ne semble pas non plus jouer un rôle, mais l’altitude semble être un facteur important. Les falaises de basse altitude fréquentées en hiver sont rarement utilisées pour la reproduction, ce qui suggère que le Tichodrome a des exigences “ alpines ”. La disponibilité en insectes est probablement déterminante.

Le Tichodrome est présent toute l’année en Rhône-Alpes. Les chants s’entendent du 28 février (1980) au 25 juin (1980), et les quelques mentions de parades du 20 mars (1988) au 4 mai (1990). Les nourrissages sont observés durant le mois de juin (date la plus précoce : 4 juin 1983) et la première quinzaine de juillet (date tardive : 23 juillet 1978). Les pontes sont donc déposées surtout au mois de mai. Certains sites de nidification sont fréquentés toute l’année. Cependant, la plupart des tichodromes effectuent des déplacements vers les altitudes plus basses à l’automne. D’après Löhrl (1976), les populations alpines sont sujettes à des fluctuations. Dans le Jura Suisse, certaines zones ont été occupées, puis délaissées (Géroudet 1994). Les données disponibles en Rhône-Alpes ne permettent cependant pas de mettre en évidence une évolution des effectifs. Il existe des données régulières d’individus en migration à Ceyzériat (01) dans le Revermont, du 8 octobre (1978) au 9 novembre (1990). Les arrivées sur les sites d’hivernage ont lieu le plus souvent à partir de la première décade d’octobre, mais les dates sont assez variables selon les années : du 10 septembre (1986) au 05 novembre (1983) sur le même site du Salève (74 ; Maire 1987). Il est possible que ces variations soient liées aux conditions météorologiques des altitudes plus élevées. Dans le Massif central et le Jura, les tichodromes, sans doute d’origine alpine, arrivent en général au mois d’octobre et les derniers sont observés dans la première décade d’avril (Duboc et Lallemant 1987, Gauthier-Clerc 1992), ce qui est aussi généralement le cas sur les autres sites d’hivernage rhônalpins ; cependant, l’observation ardéchoise la plus tardive est du 18 avril (1980). Les mouvements de retour vers les sites de reproduction débutent sans doute dès février.

Même si l’on peut supposer un accroissement des effectifs durant l’hiver, le nombre d’observations reste faible en Rhône-Alpes à cette saison (pas plus de quelques dizaines par an) malgré l’abondance de sites favorables. Le Tichodrome est susceptible d’être observé en hivernage dans tous les départements, en plaine comme en montagne. Les massifs montagneux sont encore occupés l’hiver, mais à des altitudes plus basses. L’espèce apparaît aussi dans les gorges de l’Ardèche (07), les gorges de la Loire (42), le Bugey (01), le Revermont (01), les Monts du Lyonnais (69). Il fréquente également régulièrement les grandes agglomérations, comme Lyon, Chambéry, St Etienne, Grenoble, Annecy. Les hivernants proviennent sans doute des populations alpines. On ne sait pas quels sont les individus qui effectuent de simples transhumances à de plus basses altitudes, et ceux qui migrent véritablement vers le Massif Central ou le Jura. Certaines falaises sont occupées tout au long de l’hiver et année après année, mais beaucoup ne le sont qu’irrégulièrement et pendant de courtes périodes. Il semble qu’au cours de l’hiver les Tichodromes puissent encore effectuer des déplacements importants. La plupart des observations se rapportent à des individus isolés. Cependant, Desmet (1981) cite le cas exceptionnel d’un regroupement de 48 individus dans la haute vallée du Giffre (74).

S’il semble peu probable que l’habitat du Tichodrome subisse des modifications importantes, l’impact éventuel du développement des activités de loisirs (escalade, vol à voile) sur la dynamique de l’espèce n’a pas été étudié. Son régime alimentaire insectivore pourrait le rendre sensible aux variations de leurs populations résultant de l’action humaine, mais on connaît, il est vrai, assez peu les proies dont il dépend.

Michel Gauthier-Clerc