Tarin des aulnes

Publié le jeudi 28 février 2008


Tarin des aulnes Carduelis spinus

Angl. : Siskin
All. : Erlenzeisig
It. : Lucherino

Tarin des Aulnes, photo Nicolas Dupieux, 2008 ©
Tarin des aulnes, photo Nicolas DUPIEUX

Espèce boréale originaire du Paléarctique, le Tarin des aulnes se reproduit de la péninsule ibérique jusqu’au nord du 70ème parallèle et de la Scandinavie à l’Oural, sa répartition devenant plus lâche dans les montagnes d’Europe centrale et dans les Balkans (Cramp et Perrins 1994 b, [E], [N]). Plus des deux tiers de sa distribution mondiale sont situés en Europe (Tucker et Heath 1994). Les évaluations les plus récentes, hors population russe, situent les effectifs européens entre 1,3 et 3,7 millions de couples (Tucker et Heath 1994, [E]). Le Tarin des aulnes est un nicheur sporadique dans notre pays, son aire de répartition étant centrée sur le domaine de la taïga ([N], [R]). L’espèce est présente, de manière discontinue, dans tous les massifs montagneux du pays y compris en Corse où sa présence était ignorée par Mayaud (1936).

Sa nidification reste cependant exceptionnelle dans le Massif central, alors qu’elle est régulière dans les Vosges, le Jura, les Alpes et les Pyrénées. L’enquête nationale la plus récente ([N]) donne une estimation peut-être pessimiste, de 100 à 1 000 couples ; eu égard aux résultats régionaux de la présente enquête, la réalité doit se situer au dessus de cette estimation, avec un minimum régional de 300 couples. Les effectifs nationaux restent néanmoins inférieurs à 5 % des effectifs nicheurs européens (Tucker et Heath 1994).

Tarin des Aulnes, photo Nicolas Dupieux, 2008 ©

La distribution ponctuelle du Tarin en Rhône-Alpes a évolué depuis vingt-cinq ans et ses effectifs nicheurs semblent avoir augmenté ; il a été découvert dans les massifs des Bornes-Aravis (74) et des Bauges (73) et semble d’apparition récente à altitude modérée, voire faible en Chambarans (26-38), en Moyenne Vallée du Rhône (38), dans les Vivarais et en Tricastin (26). Le Tarin semble avoir disparu des Monts de la Madeleine (42). Les effectifs régionaux sont évalués pour la période 1993-1997 entre 300 et 800 couples soit 1 à 8 % des effectifs nationaux les plus optimistes. Hormis la Drôme qui accueillerait entre 300 et 400 couples, les autres départements n’évaluent pas leurs effectifs à plus de 100 couples. L’Ardèche n’en abriterait que 20, l’Ain moins de 10 et la Loire un seul. Depuis la fin des années 1970, son abondance a augmenté sur les Crêts du Jura (01), dans les massifs d’Arve-Giffre et du Mont Blanc (74), et dans l’Oisans et le Dévoluy (38). Dans la chaîne jurassienne et les Alpes, le Tarin niche entre 1 200 et 1 700 m (Rainoni in Sermet et Ravussin 1995). En Rhône-Alpes, c’est un oiseau de l’étage montagnard, occupant généralement une tranche d’altitude comprise entre 900 et 1 900 m. Le 1er juin 1997, il a été trouvé nicheur à 1 027 m à Villard de Lans dans le Vercors (38). En Vanoise, Lebreton et Martinot (1998) avancent une cote moyenne de 1 475 m avec des extrêmes allant de moins de 1 000 m à Villaroger (74) jusqu’à 1 900 m à St André (73). Le Tarin a désormais tendance à se montrer à plus basse altitude en période de nidification, phénomène déjà soupçonné dès les années 1970 pour les grandes vallées alpines comme le Grésivaudan (38). Il sera cependant nécessaire de rester très prudent sur les preuves de nidification de cette espèce, difficiles à rapporter car elle peut chanter et parader hors des sites de nidification, notamment lors de ses migrations.

Tarin des aulnes, photo France DUMAS © 2008
Tarin des aulnes, photo France DUMAS

Le Tarin est essentiellement granivore. Même si les aulnes exercent sur lui une forte attraction tout particulièrement en hiver, son habitat rhônalpin est essentiellement composé de forêts montagnardes de conifères. Pour nicher, il affectionne particulièrement les pessières et, à moindre degré, les mélèzeins ou les pinèdes de pins à crochets. L’abondance des graines de sapins conditionnerait la précocité de la reproduction (Géroudet 1998 b). Les variations inter-annuelles de production de graines expliquent en partie l’instabilité des populations nicheuses. Associées au caractère vagabond de l’espèce, ces variations la prédisposent à des comportements d’invasion peu prévisibles, y compris dans les massifs qui présentent régulièrement les conditions écologiques les plus favorables (Cramp et Perrins 1994 b, [E]).

Tarin des Aulnes, photo Nicolas Dupieux, 2008 ©

Le cycle annuel du Tarin est complexe et il s’avère très délicat d’une part de certifier sa nidification, d’autre part d’évaluer ses densités. Les nicheurs rhônalpins côtoient les migrateurs prénuptiaux qui regagnent leurs sites nordiques de reproduction. Dans les Alpes internes, le Tarin peut être observé toute l’année sans qu’il soit possible de faire la distinction entre oiseaux indigènes et migrateurs (Lebreton et Martinot 1998). Pour les migrateurs, la date moyenne de retour est le 2 avril (n = 24). Le passage peut être conséquent : 4 424 oiseaux du 23 mars au 14 avril 1984 au col de l’Escrinet (07). Des attardés sont observés jusqu’au début du mois de mai : un individu tardif le 1er mai 1989 à la Tour de Salvagny (69). Bien qu’il s’agisse d’une espèce protégée, dont la capture et le maintien en activité sont interdits, le Tarin des aulnes est un oiseau apprécié des "ornithophiles" et sa reproduction en captivité est connue avec précision. Ce n’est pas le cas dans la nature, où son suivi se heurte à de puissantes contraintes. Nous avons vu que les années où les graines de conifères sont abondantes il niche de manière précoce dès la fin de l’hiver. Dans ces conditions l’accessibilité aux sites de reproduction est difficile pour les ornithologues. Par ailleurs, même à cette période de l’année, la sociabilité et l’instabilité caractérisant l’espèce perdurent (Géroudet 1998b). Des colonies lâches et temporaires, de tailles variables, sont établies. Le nid est élaboré à grande hauteur sur une banche latérale. Il n’existe aucune donnée régionale sur la taille de ponte et le nombre moyen de jeunes à l’envol. La reproduction est étalée entre la fin de février et la fin de mai, les chants se poursuivent jusqu’au début de l’été. A cette période les jeunes tarins commencent à se rassembler en bandes post-nuptiales : troupes de 10 à 30 entre le 20 juillet et le 31 août 1994 à Samoens (74).

Tarin des Aulnes, photo Nicolas Dupieux, 2008 ©

Les modalités de la migration d’automne du Tarin sont délicates à mettre en évidence. Les premiers mouvements sont perceptibles sur les sites de montagne dès la fin du mois d’août : le 1er août 1980 au lieu-dit Argentières (Chamonix - 74), le 7 août 1989 à Loex sur Taninges (74). Ces premiers mouvements ne semblent concerner que des regroupements post-nuptiaux ne présageant pas de déplacements migratoires. La date moyenne de passage postnuptial est le 12 octobre (n = 26). Conformément à ce qui est observé dans d’autres pays européens (Cramp et Perrins 1994 b), il bat son plein aux cols entre la mi-septembre et la mi-novembre : 1 324 oiseaux du 10 octobre au 15 novembre 1991 à Ceyzériat (01), 2 257 individus entre le 10 septembre et le 17 novembre 1991 dans le Revermont (01), premiers individus méridionaux observés le 3 novembre 1990 à Grignan (26). Ces migrateurs au long cours, originaires de Scandinavie, restent inaperçus en plaine et vont hiverner dans la péninsule ibérique (Cramp et Perrins 1994 b). Les bandes pré-hivernantes, composées sans doute d’autres oiseaux, apparaissent en plaine à la fin du mois d’octobre ou au début de novembre de manière plus précoce au nord qu’au sud de la région. Il y a quinze ans, Bournaud (1986) considérait qu’en Rhône-Alpes le Tarin est essentiellement un hivernant, observable en plaine d’octobre à avril. Depuis cette date nous avons mentionné son apparition récente dans des zones de basses altitudes en période de reproduction, justifiant la modification de son statut. Aujourd’hui, le Tarin des aulnes peut être considéré comme un migrateur partiel, présent toute l’année et nicheur précoce. En hiver, des bandes - monospécifiques ou non - de plusieurs centaines d’individus peuvent être observées : une centaine d’individus dans la Basse Vallée du Rhône le 3 décembre 1992, un maximum de 600 dans la Plaine de l’Ain le 16 décembre 1991, puis 300 le 17 décembre 1992 à Château Gaillard (01).

Tarin des aulnes, photo France DUMAS © 2008
Tarin des aulnes, photo France DUMAS

Passereau attachant, volubile et sociable, le Tarin des aulnes n’est pas menacé à l’échelle européenne (Tucker et Heath 1994) ; il est toutefois considéré comme particulièrement rare en France et inscrit, à ce titre, dans le livre rouge de la Faune de France (Maurin 1994). Son instabilité et son vagabondage, entre autres facteurs, limitent la connaissance des caractéristiques de sa reproduction, alors qu’il serait pourtant intéressant d’en clarifier les modalités régionales.

Texte : Olivier Iborra / CORA
Photos : Nicolas DUPIEUX, France DUMAS